Pourquoi s’intéresser à l’apport de protéines après un bypass gastrique?

Dernière mise à jour 30/05/13 | Article
Pourquoi s’intéresser à l’apport de protéines après un bypass gastrique?
Certaines personnes souffrant d’obésité peuvent bénéficier d’un bypass gastrique afin de perdre du poids, dans un cadre de prise en charge pluridisciplinaire. Après cette opération, le patient souffre inévitablement de carences nutritionnelles. Il est donc indispensable de l’informer, de le former et de le préparer pour adapter son alimentation à sa situation.

Le bypass gastrique consiste à réduire le volume de l’estomac en une petite poche gastrique. C’est une opération lourde mais bénéfique pour les personnes obèses. Considérée comme une méthode de référence, cette approche induit dans le meilleur des cas une perte de poids significative sur le long terme.

La malabsorption intestinale que cause le bypass et la réduction par le patient de son apport alimentaire causent des carences en protéines chez le patient les premiers mois après son opération. Ces carences en protéines peuvent être responsables de complications après l’opération comme une immunité diminuée, une perte musculaire trop importante, ou encore une ostéoporose (fragilité des os). Il est donc important de les prévenir, ce à quoi s’efforcent les équipes pluridisciplinaires qui prennent en charge le patient avant et après son opération.

Les protéines, à quoi ça sert?

Les protéines sont essentielles à la vie d’une cellule. Elles se composent de différents acides aminés qui contribuent au développement des muscles.

Il existe deux sources de protéines alimentaires: les protéines animales (viande, poisson, œufs et laitages) et les protéines végétales (céréales et légumineuses). Les premières sont de meilleure qualité car elles fournissent tous les principaux acides aminés indispensables pour le corps.

Le bypass gastrique, responsable du manque d’apports de protéines

Le service d’endocrinologie, de diabétologie et métabolisme du CHUV a étudié les carences en protéines causées par un bypass gastrique durant la première année après l’opération. Sur un suivi de seize patientes, les médecins et diététiciennes ont mesuré la diminution de l’apport alimentaire en protéines.

Durant le premier mois après l’opération, cet apport ne couvrait plus que 30% de leurs besoins protéiques, remontait légèrement dès le troisième mois (entre 45% et 50%) pour se stabiliser par la suite.

Il existe plusieurs raisons pour expliquer cette diminution. La baisse de la quantité de nourriture avalée à cause du petit volume de la poche gastrique en est une. Soumis à un régime mixé-lisse (sous forme de purée) durant le premier mois postopératoire, le patient consomme moins volontiers des aliments riches en protéines comme la viande. De plus, il ressent moins la sensation de faim et se sent vite rassasié.

Pour combler les besoins en protéines, la consultation d’obésité et des troubles du comportement alimentaires du CHUV propose un cours d’alimentation entre le deuxième et le troisième mois après l’opération ou une prise en charge diététique en consultation individuelle.

Informations nutritionnelles

Le bypass gastrique implique un changement radical des habitudes alimentaires du patient. Le cours d’information et le cours de préparation alimentaire sont donc très importants. Ils fournissent des conseils pratiques pour arriver à avoir notamment un apport en protéines satisfaisant. Le patient apprend donc à connaître les aliments riches en protéines, les portions de nourriture à avaler ainsi que la fréquence de leur consommation. Pour combler le manque de protéines, il reçoit au besoin des compléments nutritifs à boire ou des poudres de protéines au cours des trois premiers mois postopératoires.

L’intolérance au lactose est possible après l’opération. Comme le lait et ses produits dérivés sont riches en protéines, il est donc conseillé de consommer des aliments sans lactose en remplacement si nécessaire.

Conseils pour améliorer la tolérance alimentaire 

Comme le volume de l’estomac est réduit en une petite poche gastrique, il est nécessaire de manger par petites bouchées et de bien mastiquer pour faciliter la tolérance alimentaire, afin d’éviter blocages ou vomissements – si la nourriture n’est pas transformée en purée dans la bouche, elle ne passera pas dans le tube digestif. Enfin, il est primordial de prendre son temps pour manger et de compter trente minutes par repas.

Tout cela s’apprend et ce sont ces éléments de changements de comportement alimentaire qui sont les plus difficiles pour le patient: les anciennes habitudes reviennent très vite! L’objectif est que la personne ayant subi un bypass arrive à consommer une assiette normale à un an après l’opération, le dessert étant pris ultérieurement dans le cadre d’une collation, la boisson étant prise entre les repas.

Si le patient ne parvient pas à prendre le temps nécessaire au moment des repas pour s’alimenter correctement, il consommera plus facilement de petites quantités d’aliments tout au long de la journée. Le bypass agit sur la faim et non l’envie; il a un effet sur la quantité aux repas et non sur les grignotages qui sont souvent la cause des reprises de poids à deux ans après l’opération.

Un suivi régulier par une équipe pluridisciplinaire avant et après l’opération est donc essentiel pour que l’effet du bypass puisse durer, et ainsi assurer une vie plus saine et plus harmonieuse au patient.

Référence 

Adapté de «Comment faciliter la consommation de protéines après un bypass gastrique?», par M. Clarisse, V. Di Vetta, C. Siegrist, diététiciennes, Dr V. Giusti, Service d’endocrinologie, diabétologie et métabolisme, CHUV. In Revue médicale suisse; 2013;9:670-3, en collaboration avec les auteurs.

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