L'obésité frappe les pauvres en premier

Dernière mise à jour 18/02/13 | Article
L'obésité frappe les pauvres en premier
Dans le canton de Genève, on observe un rapport entre poids et salaire. Ce résultat montre l'importance des facteurs venant de l'environnement dans l'épidémie d'obésité.

Un habitant du canton de Genève sur deux est obèse ou en surpoids. Ce constat frappe à deux égards: d'une part il ne provient pas d'un sondage mais de mesures effectuées sur plus de 10000 personnes. De l'autre, il ne concerne pas un continent ou un pays mais un territoire local bien délimité. Difficile donc pour les habitants et les politiques dudit territoire de se défiler en invoquant que «mais chez nous ce n'est pas si grave».

Plus saisissant encore, on peut montrer avec les données de l'étude «bus santé» des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) que certaines zones du territoire sont plus touchées par le surpoids et d'autres plutôt protégées. Le responsable de l'étude, le docteur Idris Guessous, présentait ces résultats au grand public en février 2013 dans le cadre d'un cycle de conférences sur l'obésité de la Fondation Culture & Rencontre.

Le téléphone pèse (mal)

Le médecin épidémiologiste a commencé par détailler la provenance de ces données: l'étude Bus santé se déroule depuis 1993 et elle examine chaque année 1000 nouvelles personnes de plus de 35 ans représentatives de la population genevoise.

S'ils acceptent de participer à l'étude, les participants remplissent plusieurs questionnaires sur leur santé, puis sont examinés selon divers critères: taille, poids, tour de taille et de hanches, tension artérielle, taux de cholestérol et de sucre dans le sang, force, équilibre et mémoire.

Pour étudier le poids, cette méthode est beaucoup plus fiable que les sondages téléphoniques pratiqués au niveau suisse. Au bout du fil, les personnes interrogées se voient généralement plus grandes et minces qu'elles ne le sont.

Arbre des moyennes

Que trouvent donc le docteur Guessous et son équipe en examinant le poids de ces 10000 personnes?

Premièrement, on l'a dit, la moitié de la population genevoise est soit en surpoids, soit obèse. Pour le déterminer, on utilise l'indice de masse corporelle: le poids (en kilos), divisé par la taille au carré (en mètres). Entre 18,5 et 25, le poids est bon, entre 25 et 30 il y a surpoids, au-delà de 30 obésité. «Nous n'essayons pas d'imposer une silhouette, nous parlons ici d'un facteur de risque cardiovasculaire et de cancer», insiste le chercheur.

Pour autant, même sur un territoire réduit comme celui de Genève, considérer une telle moyenne peut amener à contempler un arbre qui cache la forêt. On peut ainsi imaginer qu'en moyenne, la population ne grossisse pas mais qu'en même temps une portion de la population voie son poids s'accroître tandis qu'une autre maigrisse.

L’aisance allège

C'est pour répondre à une question de ce type que le poids est examiné au prisme du revenu. Et là, on observe «une relation parfaitement linéaire entre votre revenu et votre risque d'être obèse». Si votre revenu mensuel brut est dans la couche la plus basse (moins de 3000 francs pour le ménage), vous avez trois fois plus de chance d'être obèse que si vous êtes dans la couche la plus haute (plus de 13000 francs par mois). Un rapport qui se vérifie pour le surpoids comme pour l'obésité. Et il existe un rapport similaire entre niveau de formation et poids.

Qu’en déduire? En tous cas que les messages de prévention contre l'obésité sont très bien passés dans une catégorie de la population, mais pas dans une autre. Aux promoteurs de la santé du public d'adapter leur message.

Pour autant, vous aurez beau convaincre la population de bouger plus, encore faut-il qu'elle le puisse. Dans le cadre d'un groupe de recherches GIRAPH (Geographic information research and analysis in public health) créé notamment par les Drs Guessous et Joost et impliquant les HUG, l’EPFL et l'UNIGE, les données de l'étude Bus Santé ont été croisées avec des données géographiques.

Impact environnemental

On découvre alors sur la rive gauche du canton un «couloir de minceur» peu étonnant dans la mesure où les hauts revenus s'y concentrent. De manière plus surprenante par contre, on observe aussi des agrégats (clusters) d'obésité dans certaines zones, au sein d'une même commune.

Pour essayer de comprendre leur origine au-delà du seul revenu (un levier difficilement activable), les chercheurs comparent actuellement  ces agrégats avec la desserte en transports publics, les installations de loisirs sportifs et les services de santé 

Derrière tous les résultats présentés ici, une conviction: chaque situation d'obésité ou de surpoids est une conséquence à la fois du comportement de l'individu et de l'environnement dans lequel il évolue. En l'occurrence, pour l'obésité, il semble pourtant que les forces en jeu dans l'environnement (produits de l'industrie agroalimentaire, marketing des boissons sucrées, obstacles à la mobilité douce et à la pratique de l'activité physique) sont si puissantes qu'une régulation et des mesures sont nécessaires de la part des politiques s’ils veulent protéger leur population.

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