Votre espérance de vie est cachée dans votre tour de taille

Dernière mise à jour 21/05/12 | Article
Mesure du tour de taille avec un mètre de couturière
Bonne nouvelle: vous pouvez échanger votre balance contre un mètre de couturière. Une étude britannique vient bouleverser la définition traditionnelle du surpoids et de l’obésité. On peut abandonner le difficile calcul de l’«indice de masse corporelle» et se limiter à la mesure du tour de taille. Vous saurez alors comment prolonger votre existence terrestre.

Comme beaucoup d’entre nous,vous vous inquiétez peut-être de l’impact de votre (sur)poids sur votre santé présente et à venir. Si l’inquiétude gagne vraiment vous avez sans doute déjà découvert un jour les charmes de l’indice de masse corporelle (IMC ou BMI en anglais pour Body Mass index). Sinon cela ne devrait guère tarder. A dire vrai, nous allons ici bientôt changer d’époque. L’obésité ne sera plus ce qu’elle était: l’heure est venue de tourner la page de l’IMC pour revenir à des données nettement plus simples.

Avant de faire état de la bonne nouvelle, rappelons sur quoi il conviendra bientôt de faire une croix.

IMC/BMI?

Nous avons tous (ou presque) oublié que cet outil a été inventé par Adolphe Quetelet (1796-1874), un illustre scientifique belge, astronome, mathématicien et l’un des fondateurs de la statistique moderne. C’est pourquoi on parlait jadis de l’indice de Quetelet. Rien n’interdit d’user à nouveau de cette formule, nettement plus chic car plus discrète.

Obtenir le résultat réclame le parfait maniement de quelques opérations de calcul qui ne sont pas toujours maîtrisée à la sortie d’un cursus scolaire normal. Il s’agit en substance de diviser votre masse (exprimée en kilogramme) par le carré de votre taille (exprimée en mètre). Calculez si vous ne l’avez déjà fait. Cela donne généralement un résultat compris entre 17 (maigreur extrême) et plus de 40 (dangers multiples). Vous pouvez également faire faire ce calcul sur la Toile par un site marchand spécialisé. A vos risques et périls. Ainsi alors que vous n’étiez pas particulièrement inquiet cela peut vous donner brutalement:

«Aie! Si vous avez entré les bonnes données vous concernant, votre poids lui-même est devenu une maladie. Votre poids met votre santé en danger. Prenez-les choses en mains sans crispation. Faites-vous aider par votre médecin et par une diététicienne. Il n’est pas question de devenir un martyr du régime: ce qui peut vous aider, c’est une gestion tranquille de vos habitudes de vie (alimentation et exercice). Mais il est vital de prendre la situation en main et de parvenir à un poids plus proche de la normale. N’attendez pas trop longtemps avant d'entreprendre les démarches nécessaires.»  

En fait cet indice était jusqu’à présent tenu pour mettre d’emblée en évidence certains facteurs de risques. Une augmentation de l’IMC a ainsi pu être corrélée avec une hausse de la mortalité toutes causes confondues, mais on constate particulièrement une hausse des décès dus aux maladies cardio-vasculaires, aux cancers ou  au diabète. L’IMC est toutefois un examen assez grossier qui ne détermine pas, par exemple, les répartitions respectives de masses graisseuses musculaires et osseuses. Il faut aussi tenir compte de notables différences ethniques qui interdisent d’en faire un outil de portée universelle.  

En fait, voici que le tour de taille (TT) apparaît aujourd’hui à l’échelon international comme étant un meilleur marqueur prédictif du risque cardiaque et de l’espérance de vie dans la mesure où il met plus l’accent que l’IMC sur les risques principaux associés à l’obésité centrale. Et le rapport tour de taille-poids apparaît également un meilleur marqueur du risque dit «cardiométabolique». Tel est le fruit résumé des recherches exposées lors du 19ème congrès de l’Association européenne pour l’étude de l’obésité qui vient de se tenir à Lyon; des recherches menées par deux spécialistes britanniques: les Drs Margaret Ashwell et  Sigrid Gibson. Reste désormais à comprendre comment et pourquoi, comme l’ont souligné le Dr Ben Rickayzan et le Pr Les Mayhew de la Cass Business School, City University de Londres.

Ce n’est pas la première fois que des travaux sont menés sur ce thème. Ainsi en 2005 une étude internationale avait révélé que six médecins sur dix estimait déjà que la graisse abdominale représentait un facteur important de risque cardiovasculaire. Mais la même étude avait aussi démontré que (de manière bien étrange) moins d’une personne sur cinq se voyait mesurer son tour de taille par son médecin. L’hypertension artérielle oui; le périmètre abdominal non. Baptisée «Shape of the Nations», cette étude avait été menée à l’initiative de la multinationale Sanofi-Aventis sur la base d’entretiens téléphoniques auprès de la population générale, des patients à risque et des médecins généralistes. Avaient participé à l’étude les pays suivants: Australie, Autriche, Belgique, Brésil, Canada, Chine, Danemark, Finlande, France, Allemagne, Grèce, Inde, Italie, Japon, Mexique, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Russie, Afrique du Sud, Corée du Sud, Espagne, Suède, Suisse, Turquie, Royaume-Uni, Etats-Unis.
«Nous savons que les patients dont l’obésité abdominale augmente sont susceptibles de présenter des troubles cardiovasculaires si cette obésité s’accompagne d’autres facteurs de risque comme une dyslipidémie, une hypertension artérielle et une glycémie élevée avait alors expliqué le Pr Sidney Smith, président du comité scientifique de la Fédération mondiale du cœur. Le tour de taille constitue un paramètre très important du risque cardiovasculaire. La mesure du tour de taille représente par conséquent un indicateur de risque peu onéreux, de réalisation simple, qu’il convient d’associer à l’évaluation d’autres facteurs de risque cardiovasculaire comme la tension artérielle, les taux de lipides et la glycémie. Malheureusement, les données recueillies révèlent que l’indicateur du tour de taille et son lien au risque cardiovasculaire restent inconnus du grand public.»

On expliquait que la zone de risque commençait sérieusement avec un TT supérieur à 88 cm chez la femme et 102 cm chez l’homme (en Amérique du Nord). Ce seuil est respectivement de 80 cm chez la femme et 94 cm chez l’homme en Europe, 80 cm et 90 cm en Amérique Centrale, en Amérique du Sud, au Moyen-Orient, en Inde et dans le reste de l’Asie, à l’exception du Japon où il est de 90 cm chez la femme et 85 cm chez l’homme. Dans le reste du monde, la valeur-seuil est de 80 cm chez la femme et 94 cm chez l’homme.

Mais l’heure est aujourd’hui venue d’affiner sérieusement tout ceci. Un simple complément pour généralistes, diront les internistes blasés. Certes, mais aussi un paramètre que chacun peut établir et en contrôler (s’il le souhaite) l’évolution puisque rien n’est ici définitif. Les auteurs britanniques présents à Barcelone se sont attachés à relire et à passer systématiquement au crible tout ce qui a été écrit et publié sur les valeurs prédictives de l’IMC (qu’il s’agisse d’hypertension artérielle, de diabète de type 2, des anomalies sanguine des graisses ou d’accidents cardiovasculaires). Soit au total 31 publications médicales et scientifiques réunissant plus de 300 000 personnes dans différents pays et de différents groupes ethniques. Ils ont ainsi pu comparer la valeur de l’IMC d’une part à celle du rapport entre le TT et le poids.

Il suffit ici de diviser (dans la même unité) votre tour de taille (par exemple 90 centimètres) par votre taille (par exemple 180 centimètres). Et selon les auteurs de la publication présentée à Lyon aucun doute n’est permis: ce résultat est (pour l’ensemble des affections et accidents étudiés) d’une meilleure précision que la seule mesure du périmètre abdominal. Et c’est ce paramètre qui devrait selon eux désormais devenir le standard international dans ce domaine.

Comme dans l’exemple donné ci-dessus l’idéal absolu serait de 0,5. En d’autres termes un tour de taille de la moitié du poids. On peut aller sans grand danger jusqu’à 0,6. Ce n’est qu’au-delà que les risques médicaux émergent que la réduction de l’espérance moyenne de vie est une très sérieuse menace. Pour le Dr Margaret Ashwell il semble acquis qu’un citoyen britannique âgé de 30 ans (et qui ne fume pas) a une espérance de vie statistiquement réduite de 14% si son rapport TT/poids est de 0,7. Cette réduction est d’un tiers si ce rapport passe à 0,8. Aucune information ne nous est donnée pour un rapport qui atteint 1 (voire qui dépasse l’unité).

Simple et gratuit

Il ne vous reste plus qu’une simple division à faire pour savoir où vous en êtes. Et ce qui (pour partie) vous attend; étant bien entendu que rien n’interdit de prendre, si l’on ose écrire, les mesures qui s’imposent pour tendre vers l’Eldorado du 0,5. Les auteurs de ces travaux ont déclaré n’avoir ici aucun conflit d’intérêts. On peut les croire.   

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