Arrêt du tabac: comment faire dans la «vraie vie»?

Dernière mise à jour 08/01/14 | Article
Arrêt du tabac: comment faire dans la «vraie vie»?
Parvenir au sevrage tabagique est souvent une affaire de longue haleine. Substituts nicotiniques ou consultations chez un spécialiste? Voici les précieux conseils d’une équipe de chercheurs britanniques.

Fumeurs, quand allez-vous arrêter de fumer? Vous savez mieux que d’autres que ce n’est pas seulement une question de volonté, comme le rappelle planetesante.ch. Les résultats d’une étude britannique fournissent ici de nouveaux conseils, à la fois précieux et documentés. Cette étude vient d’être publiée1 dans la revue Addiction. Que nous apprend-elle?

Aucun bénéfice sans suivi

Ce travail est signé Daniel Kotz, Jamie Brown et Robert West (Health Behaviour Research Centre, University College de Londres). Ces chercheurs ont travaillé sur les données de l’enquête britannique Smoking Toolkit Study. Cette dernière porte sur 10 335 personnes qui avaient essayé d'arrêter de fumer au cours des douze mois précédents. Toutes les données techniques (en anglais) sur cette étude sont disponibles ici.

Il apparaît au final que l’obtention tant désirée du sevrage tabagique est avant tout obtenue en s’adressant à des services ou consultations spécialisées. Mais il apparaît aussi que les fumeurs ne tirent, en moyenne, aucun bénéfice à l’achat de substituts nicotiniques dès lors que cet achat est disjoint de conseils suivis de spécialistes. En pratique, dans la «vraie vie», les meilleurs résultats sont obtenus à partir d’un soutien comportemental spécialisé associé, le cas échéant, à un substitut nicotinique ou à un médicament.

Six heures de vie de plus par jour de tabac en moins

Les chances de succès sont nettement améliorées avec l’accompagnement d’un professionnel. A l’inverse, l’achat «en solitaire» de substituts nicotiniques ne permet pas d’obtenir de meilleurs résultats que l’absence totale d’aide. C’est là une conclusion primordiale que devraient connaître toutes celles et ceux qui ont recours à cette méthode.

Il importe ici de rappeler, comme le fait le Pr Robert West, que l'arrêt du tabac permet de gagner six heures d’espérance de vie supplémentaire par jour de tabagisme évité. C’est dire l’importance qu’il y a à «dépenser» quelques heures, sur une période de six semaines, dans le cadre d’une consultation spécialisée. Le spécialiste pourra également prescrire le bon médicament ou le bon substitut et pourra conseiller sur la meilleure utilisation possible.

L’univers de la nicotine

Ce travail conduit à soulever une nouvelle fois la question de l’efficacité réelle des substituts nicotiniques dans l’optique d’un sevrage tabagique – un sujet traité ici sur planetesante.ch. Si la nicotine est généralement considérée comme le principal composant responsable des propriétés addictives du tabac, certains spécialistes des neurosciences estiment que les mécanismes de la dépendance au tabac sont nettement plus complexes.

C’est notamment le cas en France du Pr Jean-Pol Tassin, directeur de recherche à l’Inserm. Il estime, contre l’avis de nombreux tabacologues, que la nicotine seule ne suffit pas à déclencher l'état de dépendance chez les fumeurs. Ce qui expliquerait selon lui que près de 80% des utilisateurs de patchs à la nicotine recommencent à fumer.

Et c’est ce qui expliquerait également que fréquemment la cigarette électronique ne permet pas aux vapoteurs de sortir de l’univers de la nicotine.

1. Un résumé (en anglais) de cette étude est disponible ici.

A LIRE AUSSI

Addiction au travail
Qu’est-ce que la dopamine?

Qu’est-ce que la dopamine?

C’est le New York Times qui l’écrit: notre cerveau «regorge de substances chimiques», et l’une de ces...
Lire la suite
Alcool
Trouble du rythme cardiaque

Quand l’alcool fait que vous battez la chamade

C’est établi: une consommation de boissons alcooliques est susceptible de déclencher des palpitations...
Lire la suite
Tabac
Arrêt du tabac et prise de poids: qui est concerné et qui ne l’est pas?

Arrêt du tabac et prise de poids: qui est concerné et qui ne l’est pas?

La prise de poids associée à l’arrêt du tabac représente un obstacle chez les fumeurs qui envisagent...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet

Comment l’addiction modifie le cerveau

Neuroscientifique à l’Université de Genève, Christian Lüscher a élucidé les mécanismes cérébraux qui conduisent à l’addiction et a trouvé le moyen de les neutraliser chez les souris. Le chercheur a reçu le prix Théodore Ott 2017 pour ses travaux qui pourraient avoir d’importantes implications cliniques.
immunotherapie_poumon

L’immunothérapie, une arme contre le cancer du poumon

De tous les cancers, celui qui touche les poumons est le plus mortel. Chaque année en Suisse, 3000 personnes y succombent. L’immunothérapie, visant à renforcer les défenses naturelles, donne à espérer.
smokefree_selfie

«Smokefree»: un selfie salutaire

Personne n’aime se voir vieillir. Or, entre autres méfaits, la cigarette accélère le processus de vieillissement de la peau. Pour en avoir un aperçu, un photomaton propose aux fumeurs et aux non-fumeurs de se projeter en 2036. Souriez, c’est par ici!
Videos sur le meme sujet

Cigarettes électroniques : il est urgent d'attendre

La cigarette électronique fait un véritable tabac en Europe avec plus de 7 millions d’utilisateurs et un marché évalué à 500 millions d’euros.

Gros plan sur la BPCO

Le bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) est une maladie des poumons qui donne lieu à une journée de sensibilisation à Lausanne.

Gros plan sur l'herbe à Nicot

Sarah Dirren s'intéresse à la culture d'une plante de la famille des solanacées, comme la tomate ou la patate.
Maladies sur le meme sujet
Radio des poumons

Cancer du poumon

Chaque année en Suisse, on dénombre environ 4100 nouveaux cas de cancer du poumon (carcinome bronchique), ce qui représente 10 % de toutes les maladies cancéreuses. Le cancer du poumon touche plus souvent les hommes (62 %) que les femmes (38 %). C’est le deuxième cancer le plus fréquent chez l’homme, et le troisième chez la femme. C’est aussi le plus meurtrier, avec 3100 décès par an.