Cannabis et migration: facteurs de risques de la psychose?

Dernière mise à jour 16/02/12 | Le saviez-vouz
Joint de cannabis
On parle parfois de vulnérabilité psychique liée au cannabis ou au statut de migrant. Le point avec le Prof Philippe Conus qui dirige la psychiatrie générale du CHUV.

Que dit la recherche actuelle sur les facteurs de risque de la psychose? En particulier, quel est le rôle du cannabis?

De nombreuses études montrent qu’une consommation régulière de cannabis avant l’âge de quatorze ans augmente de trois à quatre fois le risque de développer une psychose, même sans risque héréditaire. Probablement parce qu’il interfère avec la maturation du cerveau dans une phase de remaniement.

Plus tard, les psychotiques qui consomment du cannabis sont pénalisés par une amélioration plus difficile de leurs symptômes. Une étude que nous avons réalisée en Australie a montré que chez des psychotiques traités, 63% de ceux qui ne fumaient pas de cannabis étaient en rémission des symptômes après dix-huit mois contre seulement 25% des fumeurs. De plus, 75% de ceux qui fumaient à l’entrée dans les soins et étaient parvenus à arrêter n’avaient plus de symptômes. Nous avons donc développé des outils d’information pour les patients et un programme de motivation à l’arrêt.

Autre élément de risque: les traumatismes au sens large. En particulier, les abus physiques et sexuels sont plus fréquemment trouvés dans l’histoire des gens qui ont une psychose que dans la population générale. Il y a là une corrélation mais un lien de cause à effet est plus difficile à prouver.

Le statut de migrant représente-t-il aussi un risque?

Oui, un travail de master a été écrit là-dessus par une étudiante en médecine de Lausanne. Il s’agissait d’observer si les patients psychotiques migrants connaissaient une évolution différente des autres patients. Or, en substance, ils se rétablissent aussi bien mais rechutent beaucoup plus souvent.

En reprenant les dossiers, nous nous sommes rendu compte que les personnes en rechute étaient généralement hébergées dans des foyers. Cela pose une question éthique: lorsqu’un migrant souffre d’une psychose, a-t-on le droit de continuer à l’héberger dans un lieu qui est complètement inadapté à sa maladie?

Extraits de l’interview du Prof. Conus réalisée par Benoît Perrier et Bertrand Kiefer pour la Revue Médicale Suisse, 2012;8:83-85, 18 janvier 2012.

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Favoriser le diagnostic précoce de la psychose (extraits du même interview)

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