Cannabis: conséquences pour la santé et possibles usages à des fins médicales

Dernière mise à jour 24/11/14 | Article
Cannabis: conséquences pour la santé et possibles usages à des fins médicales
Que faut-il savoir, en 2014, sur l’impact de la consommation de cette substance sur le corps humain?

Le cannabis (la marijuana) n’est pas seulement un produit utilisé à des fins dites «récréatives». Son principe actif peut aussi avoir des effets utiles en médecine. Ces deux facettes d’une même substance sont rarement réunies dans une seule analyse objective, tant les passions sont vives au sujet de la dépénalisation de l’usage du cannabis. La célèbre revue américaine New England Journal of Medicine vient de faire œuvre utile sur ce sujet avec la publication d’une équipe du National Institute on Drug Abuse (NIDA) américain, qui fait le point sur les connaissances actuelles.(1)

Il s’agit d’abord d’informer les médecins. Les auteurs expliquent que dans un paysage qui évolue rapidement «dans le sens d’une légalisation de la marijuana pour raisons médicales et récréatives», les patients vont vraisemblablement les interroger davantage sur ses potentiels effets défavorables et favorables sur la santé.

Pour l’heure le risque immédiat le plus évident de la marijuana est l’accident de voiture: il s’agit d’ailleurs de la drogue illicite la plus fréquemment impliquée dans des accidents de la circulation, y compris les accidents mortels. Selon les dernières données disponibles, le risque d’être impliqué dans un accident de la circulation est multiplié par deux peu après avoir fumé de la marijuana. Et les risques associés à l’alcool et à la marijuana se potentialisent.

Pour les effets à court terme, les auteurs soulignent également des troubles mnésiques, ce qui peut rendre l’apprentissage plus difficile mais aussi altérer le jugement, et ainsi augmenter notamment les comportements sexuels à risque (pouvant faciliter par exemple la transmission d’infections sexuellement transmissibles).

A plus long terme, une addiction au cannabis peut se développer. Les chiffres dans ce domaine sont variables, compris entre 9 et 17%  chez les utilisateurs qui ont commencé à l’adolescence et entre 25 et 50% chez les consommateurs quotidiens. La marijuana est aussi soupçonnée d’être une porte d’entrée vers d’autres drogues.

Sur le plan neurologique

La vulnérabilité du système nerveux central humain à l’action du tétrahydrocannabinol (ou THC, le principe actif du cannabis) est élevée durant toute l’enfance et l’adolescence. Les adultes qui ont régulièrement fumé de la marijuana durant l’adolescence peuvent ainsi avoir des modifications de connectivité neuronale dans des régions cérébrales impliquées dans la vigilance et la conscience de soi, l’apprentissage et la mémorisation.

«Les effets négatifs de la marijuana sur la connectivité cérébrale sont particulièrement importants lorsque la consommation a commencé à l’adolescence ou chez le jeune adulte, ce qui pourrait expliquer l’observation d’une association entre usage fréquent de la marijuana durant l’adolescence et jusqu’à l’âge adulte, et un déclin significatif du QI», résument les auteurs. Au conditionnel.

Sur le plan psychiatrique

La consommation de cannabis semble associée à un risque accru d’anxiété et de dépression, sans que la causalité puisse être véritablement établie. Il en va de même avec les psychoses, y compris la schizophrénie. Mais d’une manière générale, il semble difficile d’associer un risque accru de maladie mentale à la seule consommation de cannabis. Il en va de même pour les différents risques psychosociaux qui sont souvent associés au cannabis: échec scolaire des adolescents, faibles revenus à l’âge adulte, recours accru aux services sociaux, chômage, criminalité… En effet, il est toujours difficile de distinguer ce qui est de l’ordre des causes et ce qui est de l’ordre des conséquences.

Les possibles indications médicales

Les nausées. Ce fut historiquement la première utilisation médicale du THC. Plusieurs données suggèrent que le cannabis surpasserait en efficacité les autres agents anti-émétiques.

Le glaucome. Le cannabis aurait une action contre le glaucome, mais les traitements standards seraient plus efficaces. Des travaux se poursuivent sur divers dérivés du THC, notamment pour essayer de réduire la pression intraoculaire.

L’anorexie chez les malades du sida. Une amélioration de l’appétit, un gain de poids et une amélioration de l’humeur et de la qualité de vie ont été rapportés grâce à la consommation de cannabis (fumé ou ingéré). «Toutefois, il n’y a pas de données rigoureuses, à long terme, montrant un effet durable du cannabis sur la morbi-mortalité du sida et un profil de sécurité acceptable, qui justifierait son incorporation en routine au traitement des patients recevant un traitement antirétroviral», indiquent les auteurs de la publication du New England Journal of Medicine.

La douleur chronique. Le cannabis est utilisé depuis longtemps contre les douleurs chroniques. On connaît aujourd’hui les bases neurologiques de cette action. Des essais menés contre les douleurs neuropathiques montrent une efficacité avec des doses très faibles de THC. Le dronabinol, un dérivé du THC, semble avoir une durée d’action plus longue, avec moins de problèmes de sevrage que le cannabis.

L’inflammation. Les cannabinoides présentent des propriétés anti-inflammatoires médiées par leur effet pro-apoptotique, l’inhibition de la prolifération cellulaire et de la production de cytokines. Le cannabidiol, dépourvu d’effets psychoactifs, pourrait devenir un traitement dans un éventail d’affections allant de l’arthrite rhumatoïde à la maladie de Crohn.

La sclérose en plaques (SEP). Le nabiximols (Sativex®, GW Pharmaceuticals), spray de THC et de cannabidiol, est déjà indiqué dans divers pays comme traitement des douleurs neuropathiques, des troubles du sommeil et de la spasticité des patients atteints de SEP.

_________

(1) Le texte complet de cette étude peut être obtenu à l’adresse suivante:

Volkow ND, Baler RD, Compton WM et coll. Adverse Health Effects of Marijuana Use. N Engl J Med2014; 370:2219-2227.

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