L’acné, le cauchemar des ados

Dernière mise à jour 13/11/18 | Article
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Points noirs, boutons blancs, kystes… L’acné juvénile se décline sous différentes formes et couleurs, mais bouleverse toujours l’estime de soi des adolescents. Tour d’horizon des comportements et traitements pour limiter cette maladie de la peau.

Qui n’a jamais redouté l’apparition d’un bouton au milieu du front le matin d’un premier rendez-vous? Ou pesté contre une colonie de points noirs au coin du nez? L’acné juvénile touche 80% des adolescents. Cette maladie est d’autant plus difficile à vivre à l’époque du règne de l’apparence. Sur les réseaux sociaux, des visages souriants à la peau parfaite mettent les ados face à leurs boutons, alors qu’ils sont en pleine construction de leur identité.

«La première chose à rappeler est que l’acné juvénile n’est qu’une maladie transitoire, souligne le Dr Olivier Gaide, responsable de l’unité de dermatologie interventionnelle du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Il n’y a absolument aucun risque, à part celui des cicatrices.» Une mauvaise phase à passer donc. Ce qui ne signifie pas qu’il n’y a rien à faire pour lutter contre ces boutons d’adolescence. Selon le type d’acné, la solution à choisir varie. Il faut donc savoir avant tout de quelle acné on parle.

A chaque acné son bouton

A la puberté, l’afflux d’hormones transforme les glandes sébacées. Ces glandes sont chargées de produire le sébum, substance huileuse qui protège notre peau des agressions extérieures. L’acné résulte de leur stimulation. Elles produisent un excès de sébum, lequel obstrue les pores cutanés. Apparaissent alors les points noirs et blancs, qui relèvent de l’acné rétentionnelle. Lorsque la bactérie Propionibacterium acnes s’en mêle, les boutons s’enflamment et rougissent. Parfois ces boutons se transforment en pustules blanches contenant du pus. On appelle cette forme acné papulo-pustuleuse. Quand la situation s’aggrave, on parle d’acné nodulo-kystique, qui se caractérise par de petites boules sous la peau.

L’acné ne touche pas tout le monde de la même façon. La génétique joue un rôle important. Observez les photos de classe de vos parents: si leur visage était couvert de boutons à l’adolescence, il y a de fortes chances pour que le vôtre le soit aussi! Quant au rôle de l’alimentation, certains médecins accusent le lait et le sucre, d’autres sont plus modérés. C’est le cas du Dr Gaide: «Seuls les régimes draconiens ont un effet. Une consommation excessive de suppléments protéinés par exemple. Comme cela représente l’équivalent de 60 litres de lait par jour, aucun risque avec le bol de céréales du matin.»

Do-It-Yourself?

Premier conseil qu’on ne répète jamais assez: laissez votre acné tranquille! Percer ses boutons entraîne des cicatrices qu’on ne peut pas faire disparaître facilement. Certaines pratiques permettent de minimiser l’acné. Même si les boutons ne révèlent aucune mauvaise hygiène, se laver le visage une fois par jour permet de se débarrasser du surplus de sébum. Pour l’hydratation, évitez les crèmes BB et CC à la mode, et tournez-vous vers des produits non comédogènes et prévus pour les peaux grasses. Même chose pour le maquillage. En fin de journée, toujours bien se démaquiller, puis se rincer le visage à l’eau pour enlever les restes de produit.

Sur internet, les recettes de Grand-Mère pullulent. Recouvrir les boutons de dentifrice, tamponner les pustules de jus de citron, et même se couvrir le visage d’une lotion de jus de poireau. «Ces conseils n’ont aucune efficacité prouvée, tempère la Dre Anne-Marie Calza, dermatologue pédiatre au centre Skinpulse et médecin associée aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Le dentifrice, par exemple, contient du titane et du zinc, qui ont un effet absorbant. Mais il renferme aussi du menthol, très allergène. Un masque d’argile est par contre une bonne idée, si on n’a pas la peau sèche.» Les huiles essentielles sont à approcher avec prudence. Il s’agit de produits très concentrés, dont on oublie souvent les effets secondaires. Un mauvais dosage, et on risque d’ajouter d’autres soucis à son acné.

Prise en charge dermatologique

Quand les produits sans ordonnance ne font pas effet, il est temps de consulter un dermatologue. Pour les réticents aux médicaments, le laser et la luminothérapie agissent sur les acnés légères à moyennes, mais ne sont pas remboursés par l’assurance. Sinon, différentes solutions médicamenteuses existent: des rétinoïdes (dérivés de la vitamine A) pour l’acné rétentionnelle, du peroxyde de benzoyle, des antiseptiques ou des antibiotiques pour l’acné inflammatoire. Le développement de résistance bactérienne a toutefois été constaté avec les crèmes antibiotiques.

Pour les jeunes femmes, on propose parfois la pilule, mais avec précaution. «Les pilules qui fonctionnent contre l’acné sont celles qui présentent des risques de thromboses, explique la Dre Calza. Leur prescription se fait donc en collaboration avec les gynécologues, qui dépistent les patientes pour éviter tout problème.» Finalement, face à une acné sévère ayant résisté aux autres traitements, le patient se voit proposer de l’isotrétinoïne, comme le fameux Roaccutan (lire encadré).

Quel que soit le traitement adopté pour traiter l’acné, il ne faut pas perdre de vue son impact sur l’estime de soi de l’adolescent. Les boutons peuvent représenter une véritable source de stress. Or, le stress est un facteur aggravant de l’acné. Pour briser ce cercle vicieux, le Dr Gaide conseille de se diriger vers la relaxation, l’hypnose ou même le théâtre. Des activités permettant à l’ado de se concentrer sur autre chose que ses boutons. Dédramatiser et garder en tête le caractère provisoire de cette maladie: voilà le meilleur moyen de passer à travers cette phase compliquée.

Roaccutan, ami ou ennemi?

Le Roaccutan a un gros avantage: sa substance active, l’isotrétinoïne, est considérée comme le traitement le plus efficace en cas d’acné sévère. Mais il a plusieurs inconvénients. Le premier n’est contesté par personne: pris durant la grossesse, il peut causer de graves malformations fœtales. Chez les femmes en âge de procréer, il doit donc être prescrit avec une immense prudence, et seulement si une contraception sûre –voire deux moyens de contraception– est utilisée. Ensuite, on l’a accusé d’être à l’origine, chez certaines personnes, de dépressions, voire de suicides. Les études restent à ce sujet contradictoires. Mais il faut être attentif aux changements d’humeur chez les personnes qui en prennent, et rapidement consulter en cas de dépression. Enfin, le Roaccutan est connu pour entraîner toutes sortes d’effets secondaires gênants. La situation est cependant en train de changer. «Malgré les polémiques, le médicament est bien toléré, estime le Dr Gaide. Auparavant, on relevait des effets secondaires marqués, comme un assèchement sévère de la peau et des muqueuses du visage, ainsi que des maux de tête. Aujourd’hui, les doses prescrites sont bien plus basses. Ces effets secondaires ne sont plus à craindre.» Toujours est-il que ce médicament n’est pas à banaliser et n’est prescrit qu’en dernier recours, quand les autres traitements ont échoué.

En cas de changement d’humeur, le spécialiste doit être immédiatement averti. Pour les femmes en âge de procréer, seules des ordonnances pour un mois de médicament sont données. Une contraception sûre doit être garantie, de préférence avec deux méthodes contraceptives.

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Paru dans Le Matin Dimanche le 02/09/2018.

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