Pesticides au jardin, «le flou total»

Dernière mise à jour 25/03/13 | Article
Pesticides au jardin, «le flou total»
Jardiniers, les produits que vous manipulez ne sont pas anodins! Le point avec l’écotoxicologue Nathalie Chèvre.

Pas de pucerons sur mes roses et des pommes sans tache! Vouloir une nature nette (et donc forcément artificielle) ne s’obtient pas en claquant des doigts mais plutôt par l’application de produits chimiques. Les pesticides, pourtant, sont loin d’être anodins: il faudrait les employer en portant des protections, à un dosage correct, et en éliminant avec soin leurs résidus. Alors que le sujet a fait l’objet d’une conférence à Lausanne le 22 mars 2013[1], trions le bon grain de l’ivraie avec Nathalie Chèvre, écotoxicologue à l’Université de Lausanne.

J'ai la main verte, je me mets donc en danger?

Nathalie Chèvre: Pas forcément. On peut tout à fait jardiner sans employer de pesticides. Mais si vous en utilisez, vous devriez vous protéger: gants, lunettes et protections pour le nez. Il s'agit de produits dangereux.

De quels produits parle-t-on?

D'insecticides (contre les pucerons par exemple), d'herbicides contre les «mauvaises herbes» ou de fongicides contre les champignons. Parmi eux, on peut citer, entre autres, le glyphosate (le fameux Roundup de Monsanto), l'herbicide le plus vendu en Suisse. Dans les insecticides, mentionnons le diazinon ou le chlorpyrifos.

Il faut savoir que certains insecticides utilisés dans les jardins ont été abandonnés en agriculture et peuvent, pour certains d'entre eux, être passablement toxiques.

Mais que risque-t-on précisément ?

Au jardin, si vous ne portez pas de protections, un coup de vent peut rabattre le produit sur vous, irritant votre peau et vos yeux. Ce sont des effets aigus mais peu préoccupants à long terme lorsqu'on utilise ces substances sporadiquement.

Ce qu'on devrait par contre étudier de plus près, c'est ce qui se passe quand les gens produisent des légumes. Dans les potagers, on utilise souvent beaucoup de pesticides et on peut se demander si cette production n'est pas plus contaminée que ce que l'on trouve sur le marché.

Vous mettez vraiment en cause les courgettes que je fais amoureusement pousser?

Des étudiants de notre équipe ont interrogé des personnes dans des jardins communautaires. La plupart ne faisaient pas la différence entre un engrais et un pesticide. Il y a clairement un manque d'information sur ces substances et donc très certainement un surdosage.

Cela représente-t-il donc un danger à long terme?

Un danger pour qui? Le rendement relativement faible d'un potager fait que, même si les légumes sont très contaminés, l'exposition aux pesticides reste basse.

En tant que scientifiques, c'est plutôt la contamination de l'eau qui nous inquiète. Sur ces petites parcelles, souvent en milieu urbain, on applique chaque année des pesticides qui se concentrent et aboutissent dans les lacs et les rivières. Il s'agit d'une source ponctuelle de pollution de l'environnement.

En France, cinq pour cent des pesticides sont utilisés dans les jardins, une quantité importante que l’on imagine semblable en Suisse. Si le cycle de l'eau est relativement court comme à Lausanne, on boira ce qu'on a rejeté dans le sol.

Fabricants, usagers, à qui la faute?

Il faudrait une meilleure formation des vendeurs. Parce qu'il faut le dire: pour un profane, il est difficile de «faire le tri» entre les substances. Les professionnels doivent pouvoir mettre en garde les jardiniers amateurs, leur expliquer comment ces produits s'utilisent et s'éliminent. Qui sait, par exemple, que les résidus doivent être collectés et amenés en déchetterie?

Il existe des alternatives plus naturelles (le savon noir ou le purin d'orties contre les pucerons). Si cela ne fonctionne vraiment pas, utilisez un pesticide, mais en dernier recours.

Et du côté des agriculteurs?

Ils font beaucoup d'effort depuis une dizaine d'années et l'on observe une prise de conscience et des actions. A l'opposé, dans les jardins, c'est encore le flou total.

[1] Conférence publique et table ronde, le 22 mars 2013 à l’Institut de hautes études en administration publique à Lausanne, UNIL, quartier Mouline.
17 h 45: Diminution des abeilles: causes multiples? Quelles conséquences pour nos jardins?
18 h 15-19 h 00 Table ronde: Conséquences des pesticides sur la santé humaine et l’environnement urbain. Comment en modérer l’usage.

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