L’urine en six questions

Dernière mise à jour 04/11/15 | Article
L’urine en six questions
Notre corps en produit plus d’un litre chaque jour. Pourtant, l’urine n’a rien d’anodin, puisqu’elle reflète notre état de santé et le fonctionnement de nos organes. C’est pourquoi son analyse est l’un des examens médicaux de base. Le Dr Arachk de Gorski, spécialiste en urologie aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), répond à six questions pour mieux comprendre la nature de ce fluide.

Comment l’urine est-elle produite?

L’urine est produite après le filtrage du sang par les reins. Le sang arrive dans les reins qui reçoivent 20% du débit sanguin par minute, et filtrent environ 180 litres de sang par jour. Ce nettoyage est réalisé au sein des glomérules, qui sont des petites usines de filtration. Sous l’effet de transporteurs et de pressions (phénomène osmotique), les constituants en sont extraits. Une partie d’entre eux, utiles pour l’organisme, sera réabsorbée et rendue au système sanguin. Tandis que tous les éléments présents en excès seront éliminés dans les urines afin que les taux sanguins et l’équilibre hydrique soient maintenus dans l’organisme.

Quel est le trajet de l’urine?

Une fois produite par les reins, l’urine va passer dans ce qui ressemble à un grand ensemble de conduits. Elle va d’abord être récoltée dans les calices, puis le bassinet et le pyélon, s’écouler le long des uretères et enfin être stockée dans la vessie.

La vessie est un réservoir capable de contenir entre 300 et 500 ml d’urine. Plus elle se remplit, plus sa paroi se tend. Une fois pleine, des récepteurs commandent au système nerveux central de déclencher le mécanisme complexe de la miction. La vessie se contracte alors, tandis que les sphincters se relâchent pour permettre l’évacuation des urines.

Combien en produit-on par jour?

Un adulte produit environ 1,5 litre d’urine par jour. On considère qu’un adulte sans aucune pathologie se rend aux toilettes entre quatre et six fois par jour, avec éventuellement une miction la nuit. Ce sous réserve de la quantité d’apport hydrique. Car plus on boit, plus on sera amené à éliminer. Pour rappel, s’hydrater régulièrement, soit 1,5 à 2 litres par jour (un verre d’eau par heure environ) permet de bien soutenir les reins dans leur activité.

Que contient l’urine?

L’urine contient des milliers de composants différents. Elle est constituée majoritairement d’eau, de minéraux (sodium, potassium, chlore, phosphore, etc.) et de déchets organiques. On y trouve également de la créatinine, qui permet d’évaluer la fonction rénale. Si son taux s’élève, cela indique que les reins dysfonctionnent. De même, on retrouve de l’urée, produit de la dégradation des protéines. Un taux anormal peut également être signe d’une pathologie.

Parmi les déchets, on peut également retrouver des traces de médicaments et d’hormones (prise d’un contraceptif hormonal).

Si les reins ont bien fait leur travail, on ne devrait pas y retrouver de sang, de glucose, d’albumine, ni de protéines. Dans de tels cas, des analyses urinaires devront être réalisées pour comprendre et poser un diagnostic.

D’où vient sa couleur?

L’urine est un liquide jaune clair, à l’odeur neutre. La couleur et l’odeur peuvent néanmoins varier. Plus on boit, plus l’urine sera diluée et claire, et inversement. La présence d’une infection, d’autres pathologies ou l’ingestion de certains aliments (asperges, betterave, etc.) peuvent en modifier l’apparence et l’odeur.

C’est la bilirubine, un pigment jaune issu de la dégradation de l’hémoglobine ainsi que d’autres protéines et éliminé par le foie via les voies biliaires, qui va colorer les selles et l’urine. La bilirubine va d’abord passer dans le tube digestif. Une partie ira colorer la flore intestinale. Une autre se retrouvera dans le sang et formera l’urobiline qui donnera sa couleur caractéristique à l’urine.

L’apparence et l’odeur de l’urine sont de bons indicateurs du fonctionnement de nos organes. Un changement et un inconfort au moment d’uriner sont des motifs de consultation. L’urine ne doit pas sentir mauvais, ne doit pas être rouge, ne doit être ni purulente, ni mousseuse et ne doit pas contenir de glucose ou de protéines.

Quelles sont les principales pathologies urinaires?

Les pathologies rénales et urinaires sont nombreuses. Elles peuvent toucher les différents organes de l’arbre urinaire qui comprend les reins, l’uretère, la vessie, la prostate et l’urètre.

Pour les urologues, les trois diagnostics à exclure en premier sont les infections, les calculs des voies urinaires et les cancers (prostate, vessie, rein, uretères et urètre). Parmi les autres pathologies existantes, l’insuffisance rénale et tous les problèmes liés à la miction (hyperactivité vésicale, troubles mictionnels et incontinence, etc.).

Pour ce faire, un échantillon d’urine sera prélevé pour réaliser une analyse urinaire, en marge de l’anamnèse. Cet examen permet de diagnostiquer de nombreuses pathologies. Il peut être complété dans un second temps et selon les suspicions par d’autres investigations (échographie, bilan uro-dynamique, etc.).

Tabac et cancer de la vessie

On ne s’en doute pas forcément, mais 50% des cancers de la vessie et de l’urothélium en général sont dus au tabac. En effet, une part des substances toxiques du tabac est éliminée par les reins et stockée dans la vessie entre chaque miction, où elles seront dégradées avant d’être éliminées dans les urines. Mais, durant ce temps de stockage, le contact des toxiques avec les cellules qui tapissent la vessie (l’urothélium) aura le temps de faire des dégâts. Plus on fume longtemps et beaucoup, plus les effets du tabac sont néfastes.

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