Incontinence urinaire: oser en parler

Dernière mise à jour 11/07/17 | Article
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Les fuites d’urine sont souvent associées à une honte qui empêche de consulter. Et pourtant, la plupart du temps, un traitement est possible

La crainte de soulever un pack d’eau, d’éternuer ou de rire, la réticence à prendre les transports en commun, l’angoisse de ne pas trouver de toilettes à proximité, l’envie de se tenir à distance des autres par crainte d’être imprégné d’une odeur désagréable: l’incontinence urinaire peut transformer le quotidien en cauchemar et réduire la vie sociale au strict minimum.

Dès lors que le problème survient, une seule démarche à entreprendre: consulter. D’abord parce que l’incontinence urinaire, une fois présente, ne disparaît généralement pas d’elle-même, ensuite parce qu’elle peut être le résultat d’une multitude de causes que seul un spécialiste pourra déceler. «La phase de diagnostic est cruciale et ne doit pas être faite à la va-vite», alerte le Dr Julien Renard, urologue aux Hôpitaux universitaires de Genève et à l’Ente ospedaliero cantonale du Tessin. Le risque est de partir sur une mauvaise piste, d’aggraver le problème ou, pire, de passer à côté d’une pathologie sérieuse à l’origine des pertes.

Prendre soin de sa vessie, c’est possible !

Si l’incontinence urinaire est une pathologie à prendre en charge à part entière, certains réflexes du quotidien peuvent être salutaires pour notre fonction urinaire. En voici quelques-uns, détaillés avec le Dr Julien Renard, urologue aux Hôpitaux universitaires de Genève et à l’Ente ospedaliero cantonale du Tessin.

● Après une grossesse, ne pas négliger les séances de rééducation du périnée et de physiothérapie, avant une reprise d’une activité sportive, tout en douceur.

● Lutter contre le surpoids, qui est une charge supplémentaire pour les muscles du plancher pelvien entourant la vessie et l’urètre.

● Réduire café, jus de citron, boissons alcoolisées et gazeuses, limiter la nourriture épicée et traiter les éventuels problèmes de constipation.

● Penser à contracter les muscles du plancher pelvien en cas d’effort physique, lors d’une quinte de toux ou au moment de soulever un objet lourd.

● Apprendre aux enfants les bons réflexes aux toilettes: prendre le temps de bien vider la vessie, ne pas se retenir trop longtemps, ne pas «pousser» la sortie de l’urine en forçant avec le ventre.

Deux catégories

Touchant 5 à 15% de la population, l’incontinence urinaire n’est pas forcément grave et surtout peut, le plus souvent, être contrée par un traitement. La toute première étape: savoir de quelle incontinence on parle. En effet, si la formule décrit simplement la perte involontaire d’urine, deux catégories de troubles se distinguent.

La première est l’incontinence dite «d’effort». Elle se caractérise par des pertes d’urine au moment où les muscles du ventre et du bas-ventre sont sollicités, ne serait-ce qu’en toussant ou en soulevant un poids par exemple. Elle survient dans 90 % des cas chez les femmes, souvent en cas de grossesses multiples, de poids élevé des bébés à la naissance, de ménopause ou de surpoids. La cause commune à ces situations est l’affaiblissement des muscles du plancher pelvien, des moyens de soutien de l’urètre (le canal conduisant l’urine de la vessie à l’extérieur) ou une perte de force du sphincter (muscle permettant de retenir les urines). Les hommes peuvent être exposés à cette incontinence après un traumatisme, un problème neurologique ou une intervention sur la prostate.

L’autre cas de figure est l’incontinence dite «d’urgence». En cause: la vessie qui se contracte trop souvent, intimant l’ordre de se ruer aux toilettes, parfois pour quelques gouttes d’urine seulement. L’incontinence d’urgence peut être uniquement le fait de la vessie, on parle alors de vessie hyperactive ou «hypersensible idiopathique». Mais elle peut également provenir d’un trouble neurologique, en cas de maladie de Parkinson ou de sclérose en plaques, être liée à une tumeur de la vessie ou de la prostate, ou au diabète.

Vaste palette de traitements

Au premier abord, distinguer l’une de l’autre n’est pas évident. «Il y a la part de subjectivité – l’impression de perdre beaucoup d’urine quand il ne s’agit que de microgouttes par exemple – et puis il arrive que les deux types d’incontinence cohabitent chez un même patient, révèle le Dr Renard. La première consultation médicale, souvent combinée à un «calendrier mictionnel» listant sur quelques jours les mictions et les fuites d’urine survenues, débouche sur des examens qui vont se succéder en fonction des résultats.» Parmi les plus fréquents: examen gynécologique pour repérer une éventuelle descente d’organes, débitmétrie pour évaluer la capacité de vidange de la vessie, échographie, cystoscopie à la recherche d’une tumeur et enfin, examen urodynamique, sorte d’«électrocardiogramme de la vessie», qui permet de comprendre son éventuel dysfonctionnement.

«A l’issue des examens, une multitude de cas de figure sont donc possibles et une palette toujours plus vaste de traitements permet d’y faire face», se réjouit l’urologue. Pour de nombreux patients chez qui une incontinence d’effort est confirmée, des séances de physiothérapie suffiront. Pour d’autres, un traitement médicamenteux, la pose d’une bandelette prothétique ou encore l’injection d’agents de comblement à proximité de l’urètre seront proposés. En cas d’incontinence d’urgence, la vessie «hyperactive» s’apaise par des médicaments spécifiques ou l’injection de toxine botulique directement dans le muscle de la vessie. Des traitements plus invasifs, comme la neuromodulation, basée sur la modulation par impulsions électriques de la vessie, sont envisagés si besoin.

LA MÉNOPAUSE, UN TOURNANT À RISQUE

A la ménopause, les ovaires réduisent leur production d’hormones, et notamment d’œstrogènes. Or, cette hormone a une influence directe sur la santé osseuse et musculaire des femmes. Conjuguée aux conséquences sur le long terme de grossesses par voie basse, la période de la ménopause est particulièrement propice à la survenue d’une incontinence dite de «stress». Autrement dit, de pertes urinaires liées à un plancher pelvien ayant perdu son tonus. «Le traitement le plus fréquent est, pendant un temps au moins, de combiner la prise d’œstrogènes de substitution avec des séances de physiothérapie», indique le Dr Julien Renard, urologue aux Hôpitaux universitaires de Genève et à l’Ente ospedaliero cantonale du Tessin.

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Référence :

- Paru dans le Quotidien de La Côte, 22 mars 2017.

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