Parler du suicide, oui. Mais comment?

Dernière mise à jour 28/08/12 | Article
Un mur en brique
La prévention du suicide passe par une communication subtile qui, sans minimiser ni stigmatiser, ramène le geste fatal à ce qu’il est: le reflet d’une impasse.

Métamorphose du corps, émancipation sociale, débordement hormonal: l’adolescence constitue souvent une étape de vie tumultueuse. Dans des moments de crise, le jeune adulte, déstabilisé, peut vouloir quitter le monde, juste un instant... pour oublier les problèmes.

«Je ne voulais pas mourir, je voulais juste me tuer», témoigne Violaine dans l’ouvrage «No Suicide», édité par Children Action. Mais comment éviter d’en arriver là? Un pan important du travail de prévention passe par la famille et l’entourage social: la sensibilisation du réseau de proximité ou proximal, dans le jargon des professionnels de santé.

Ce n’est pas un choix

«Le suicide, il faut en parler. Mais pas n’importe comment», préviennent la Dre Anne Edan, responsable de l’unité de crise, rattachée au service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, et Nathalie Schmid Nichols, psychologue responsable du centre d’étude et de prévention du suicide.

«Lorsqu’on aborde ce thème, évitons la fascination. Se suicider n’est pas romantique. On y songe dans un état de détresse. Ce n’est pas un choix ni un acte de courage. C’est au contraire l’absence de choix face à une situation perçue comme une impasse», explique Nathalie Schmid Nichols.

«S’ils perçoivent un danger pour leur enfant, il est important que les parents abordent le sujet avec l’adolescent. Ils doivent se manifester, être présents. Ils peuvent très bien dire: "Nous avons vu quelque chose. Tu n’es pas seul. Nous sommes là, et il existe des professionnels qui peuvent t’entendre". Si l’adolescent reste muré dans son silence, il faut solliciter une consultation, par exemple à l’unité de crise», souligne la Dre Anne Edan.

Eviter la contagion

«Après un passage à l’acte, abouti ou non, il faut s’assurer que le réseau proximal – les proches, le médecin de famille ou les assistants sociaux – ait un effet contenant pour éviter la récidive… ou la contagion», reprend la Dre Anne Edan.

Là encore, le contact avec la famille joue un rôle important dans la prise en charge du patient. Les soignants évaluent la qualité de la relation entre le jeune et ses parents. Ils essaient de comprendre aussi la façon dont sont perçus le discours et les actes de l’adolescent.

«Penser à la mort est humain. Penser au suicide n’est pas banal. Si un jeune exprime des pensées suicidaires, il faut lui montrer qu’on est à l’écoute. On peut également lui rappeler l’existence de la HelpAdoLine gérée par le centre d’étude et de prévention du suicide», rappelle Nathalie Schmid Nichols.

Pulsations - septembre-octobre 2012

A LIRE AUSSI

Borderline
Enfant triste

Comment apparaît le trouble de la personnalité borderline?

Ces dernières décennies, des recherches approfondies ont été consacrées aux origines du trouble de la...
Lire la suite
Troubles bipolaires
masques

Médicaments pour le traitement des troubles bipolaires

Ces médicaments psychotropes sont utilisés pour traiter les fluctuations extrêmes de l’humeur telles...
Lire la suite
Psycho et cerveau
LED: lumière sur leur danger

LED: lumière sur leur danger

Alors que les lampes fluorocompactes se sont généralisées depuis les années 1990, elles vont être remplacées...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
Fin de vie: «Ne pas tomber dans la lourdeur bureaucratique»

Fin de vie: «Ne pas tomber dans la lourdeur bureaucratique»

«L'assistance au suicide en EMS pose des questions déontologiques cruciales, notamment de savoir comment un médecin peut signer une ordonnance pour un produit qui va tuer le patient.»
Fin de vie: comment concilier la loi, l'éthique, et les droits de la personne?

Fin de vie: comment concilier la loi, l’éthique, et les droits de la personne?

La question de l’assistance au suicide a beaucoup occupé les professionnels de la santé et l’opinion publique ces derniers mois, avec d’une part un projet de loi très restrictif du Conseil fédéral (enterré depuis), et d’autre part la votation vaudoise du 17 juin 2012 sur l’initiative de l’association EXIT.
Maladies neurologiques: plus de risques de suicide

Maladies neurologiques: plus de risques de suicide

D’origine psychique, traumatique et même biologique, les conduites suicidaires résultent de la combinaison de plusieurs facteurs. Les troubles neurobiologiques et leurs conséquences favoriseraient notamment le passage à l’acte.
Videos sur le meme sujet

Du fou au malade mental, une histoire de la psychiatrie: la médicalisation de la folie au XVIIIe siècle

Du 15 au 18 août 2016, Anne Baecher vous propose de découvrir l'histoire de la psychiatrie.

Du fou au malade mental, une histoire de la psychiatrie: le XXe siècle

Du 15 au 18 août 2016, Anne Baecher vous propose de découvrir l'histoire de la psychiatrie.

Du fou au malade mental, une histoire de la psychiatrie: les traitements psychiatriques à travers l’histoire

Du 15 au 18 août 2016, Anne Baecher vous propose de découvrir l'histoire de la psychiatrie.