Cap sur les nouvelles applications de la stimulation cérébrale profonde

Dernière mise à jour 26/01/16 | Article
Cap sur les nouvelles applications de la stimulation cérébrale profonde
Les progrès dans le domaine des neurosciences ont permis à d’anciennes méthodes de refaire surface. L’une d’entre elles, la stimulation cérébrale profonde, voit son champ d’application s’élargir pour traiter les maladies du système nerveux.

Mise au point en 1987 par des médecins de Grenoble pour soigner les symptômes de la maladie de Parkinson – tels que les tremblements, la rigidité et la lenteur –, la stimulation cérébrale profonde (ou SCP) est une méthode neurochirurgicale invasive. Elle consiste à implanter des électrodes dans le cerveau d’un patient (généralement éveillé) et de les relier à un boîtier mis en place sous la peau. Celui-ci délivre un courant électrique à haute fréquence (80-150Hz) dans des structures nerveuses localisées en profondeur dans l’organe. Ceci afin d’augmenter ou de réduire l’activité neuronale et tenter de manipuler les dysfonctions des réseaux cérébraux.

Même si ses mécanismes d’action ne sont pas encore bien connus (et que son application est encore éthiquement discutable dans le domaine de la psychiatrie), cette méthode est en cours de réévaluation dans de nombreuses études scientifiques. Dans le futur, elle pourrait s’avérer bénéfique pour le traitement de différentes maladies psychiatriques et neurologiques. De plus, elle permettrait de cibler les structures nerveuses et les réseaux neuronaux récemment découverts par les neuroscientifiques comme étant responsables du développement de ces maladies.

Traiter les tics, le TOC et la dépression

Parmi les pathologies que l’on peut traiter avec la SCP, on trouve par exemple le syndrome de Gilles de la Tourette et le trouble obsessionnel compulsif (ou TOC). Ces maladies sont souvent considérées comme apparentées et présentent des similarités dans les symptômes ; en effet, le syndrome de Gilles de la Tourette présente des tics moteurs, des actions et impulsions répétitives et des idées obsédantes qui sont à l’origine de troubles obsessionnels compulsifs. Le syndrome de Gilles de la Tourette apparaît le plus souvent pendant l’enfance alors que le TOC peut aussi bien se développer à l’âge adulte.

Les tics sont le plus souvent traités à l’aide de neuroleptiques et le TOC par des antidépresseurs. Etant parfois résistantes aux traitements médicamenteux, les personnes atteintes pourraient bénéficier de la SCP pour diminuer les symptômes qui rendent leur vie difficile, avec dans certains cas une tendance au suicide. Près d’une centaine de patients souffrant de syndrome de Gilles de la Tourette ont déjà été opérés à l’aide de la SCP.

La dépression peut aussi bénéficier d’un traitement par SCP. Prenant une place de plus en plus importante dans notre société, ayant un profond retentissement sur la santé publique, ce fléau touche près de 300 millions de personnes dans le monde. Pour soigner la maladie, les médecins prescrivent à leurs patients des antidépresseurs et des stabilisateurs d’humeur ainsi que des séances de psychothérapie. Cependant, 10 à 30% des patients atteints résistent aux différents traitements existants. Les connaissances scientifiques sur les voies neuronales qui régulent l’humeur et les émotions étant développées soit par des études cliniques, soit à l’aide de modèles animaux, la SCP trouve alors une nouvelle voie d’application. Plusieurs régions cérébrales impliquées dans cette pathologie ont ainsi été testées: après traitement par la SCP, les scientifiques voient une amélioration des symptômes chez des patients dépressifs hautement sélectionnés. Chez ceux-ci, l’on observe notamment une réduction de l’activité neuronale dans une région impliquée dans la tristesse.

Arrêter la drogue et oublier l’anorexie?

L’addiction et les troubles du comportement alimentaire touchent également des millions de personnes. Malgré les nombreuses alternatives thérapeutiques, ces patients sont malheureusement enclins à la récidive. Dans le domaine de l’addiction aux substances (nicotine, héroïne, cocaïne ou alcool), la SCP fait l’objet de très peu d’études chez l’humain et est encore testée chez l’animal. A ce jour, la méthode a été indiquée à quelques rares reprises pour certains patients atteints d’autres pathologies et a permis de manipuler des réseaux neuronaux responsables de l’addiction. Ceci a suscité chez quelques patients opérés un arrêt de la consommation de drogue/cigarettes.

Des études ont montré que la SCP peut aussi être indiquée pour traiter certains patients souffrant de troubles alimentaires. En effet, des scientifiques ont manipulé des régions cérébrales responsables de la dépression chez des patients anorexiques. A la suite de leur opération, les patients ont amélioré leurs symptômes dépressifs et ont bénéficié en outre d’une augmentation ou une stabilisation de leur poids.

Perspectives

Au vu des connaissances acquises sur le fonctionnement du cerveau, la SCP est de plus en plus envisagée en médecine comme alternative thérapeutique pour soigner les dysfonctionnements de réseaux cérébraux à l’ origine de nombreuses maladies affectant des millions de personnes. La méthode pourrait également s’appliquer à des pathologies pour lesquelles un traitement est encore inexistant, comme la maladie d’Alzheimer. Pour l’heure, et en attendant sa réévaluation éthique concernant les maladies psychiatriques et de très prometteuses améliorations techniques, la méthode de SCP a déjà été indiquée pour le traitement de plus de 100 000 patients dans le monde, principalement atteints de maladie de Parkinson, de tremblement ou de dystonie (troubles de la posture d’un membre), suggérant qu’elle a un futur très prometteur.

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Référence

Adapté de «Stimulation cérébrale profonde: nouvelles cibles et nouvelles indications», Dr Julien Bally, Movement Disorders Research Center of the Toronto Western Hospital, Canada. Prs Christian Lüscher, Pierre Pollak, Service de Neurologie, Département des neurosciences cliniques, HUG, Genève. Dr Joao Santos, Service de liaison et intervention de crise, Département de Psychiatrie, HUG, Genève. Dr Alexandre Berney, Service de Liaison, Département de Psychiatrie, CHUV, Lausanne. Pr Luc Mallet, Pôle de psychiatrie et d’addictologie, Service de neurochirurgie, Hôpitaux Universitaires Henri Mondor, Créteil. In Revue Médicale Suisse, 2015:11 :977-82.

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