La neuroscience au service des couples

Dernière mise à jour 31/10/11 | Article
regards partagés
Plusieurs études scientifiques montrent que certaines caractéristiques comme l’échange de regard, le partage d’émotions, les points communs, et le partage d’informations personnelles peuvent augmenter le désir sexuel.

Partage d’informations personnelles, prise de conscience de points communs, regards, émotions, ces facteurs contribuent chacun à augmenter le désirs sexuel, selon plusieurs récentes études en neuroscience. Elles sont destinées à aider les médecins à prendre en charge les couples qui souffrent d’un manque de désir sexuel.

Qui se ressemble s’assemble

 Depuis Platon, il est admis que l’être humain cherche dans le désir de l’autre une façon de se compléter. Selon ce modèle, dit d’expansion de soi, un des moyens de “s’étendre” est de former un couple avec un partenaire afin d’intégrer, d’un point de vue cognitif, ses qualités et ses caractéristiques dans sa sphère personnelle. Le partage d’informations intimes et la prise de conscience de points communs entre les deux partenaires peuvent ainsi accroître le désir de l’autre. Les couples qui partagent un nombre grandissant d’informations personnelles ont plus de probabilité de perdurer et de se désirer que les couples qui n’ont rien à se dire.

Des travaux en électrophysiologie suggèrent une tendance significative entre la ressemblance entre deux individus et leur attraction réciproque, mais d’autres études ont montré le contraire. Un des facteurs influençant la désidérabilité, est le souhait de développer une relation intime durable. Lors d’une telle relation, le modèle d’expansion de soi suggère que le soi et les autres se chevauchent cognitivement. Autrement dit, qui se ressemble s’assemble.

Un index d’attraction sexuelle

Des scientifiques estiment que la distance subjective et/ou physique entre deux individus peut servir d’index d’attraction sexuelle. Par exemple, les recherches montrent en effet que plus deux individus se désirent, plus ils se tiennent proches l’un de l’autre. Au sein du couple, il a ainsi été noté que les deux individus s’inclinent souvent l’un vers l’autre. Selon le modèle d’expansion de soi en effet, on cherche à intégrer son partenaire dans sa sphère personnelle.

Les signes explicites du désir sexuel sont clairs (e.g., s’embrasser), les signes implicites, eux, sont plus subtils. Les personnes qui se regardent souvent dans les yeux éprouvent plus de sentiments d’attachement l’un envers l’autre. De même, lorsqu’une personne désire une autre personne, elle cherche constamment son regard. Seuls les couples qui se désirent ont ces longs échanges de regards fixes. En moyenne, un couple se regarde 30 à 60% du temps.

Ces résultats comportementaux vont dans le sens de récentes études en imagerie cérébrale qui montrent que l’attirance envers quelqu’un, quand les deux personnes se regardent, augmente l’activité cérébrale dans une région du cerveau impliquée dans les mécanismes de récompense. Cette activité cérébrale diminue lorsque la personne n’échange plus de contacts visuels avec l’autre personne.

Sexe et peur

Des travaux en neuroimagerie montrent que le désir sexuel active les aires du cerveau impliquées dans l’excitation.

Le développement des neurosciences permet au médecin d’avoir des mesures objectives des mécanismes inconscients qui ont lieu lorsque deux personnes se désirent. Bien que ces travaux n’ouvrent pas toutes les portes des mécanismes de la relation de couple, il est important de prendre en compte leurs résultats de manière complémentaire aux approches classiques. L’appréciation du trouble du désir dont souffre le couple n’en sera que meilleure. Les enjeux sont importants: les experts de l’Office fédéral de la statistique estiment que 49% des mariages en Suisse se termineront par un divorce, or le nombre de consultations de couples en crise ne cesse d’augmenter. Le problème du désir sexuel est même l’une des plus fréquentes souffrances chez le couple.

Références

Adapté de « Inconscient et désir sexuel : évidences en IRMf et EEG de la théorie d’expansion de soi aux neurones miroirs », Pr Stephanie Ortigue, department of Psychology, Syracuse University and University of Geneva, Dr Francesco Bianchi-Demicheli, département de gynécologieobstétrique, HUG, in Revue médicale suisse, 2010; 6: 620-4, en collaboration avec les auteurs.

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