Se libérer des mauvais souvenirs

Dernière mise à jour 10/11/16 | Article
liberer_mauvais_souvenirs
Parfois, un épisode douloureux vécu dans le passé empêche d’apprécier pleinement le présent. Pour éviter de ruminer ou de déprimer… il faut agir!

Tout le monde a connu, dans sa vie, des moments difficiles. Deuil, rupture amoureuse, accident, maladie, viol, licenciement ou échec personnel sont autant d’épreuves qui restent gravées dans la mémoire. Dans certains cas, la souffrance reste envahissante pendant des années après la survenue de l’événement douloureux. Cela peut se traduire par une tristesse persistante ou des angoisses qui gâchent la vie au quotidien.

Alors, que faire pour reprendre goût à l’existence? Chercher à oublier? Inutile. Même enfouis, les mauvais souvenirs risquent de continuer d’influencer notre manière d’être… et, d’ailleurs, ils finissent toujours par remonter à la surface. Les neurosciences ont montré qu’ils s’incrustent plus profondément dans la mémoire que les bons souvenirs. Cela s’explique par l’intensité des émotions qu’ils ont suscitées. Dans certaines situations qui rappellent un événement du passé, ces émotions violentes peuvent se réveiller, parfois même accompagnées de manifestations physiques (palpitations, tremblements, transpiration, cauchemars).

Dépasser les blocages

Pour surmonter les souvenirs mal digérés, il existe des techniques qui ont fait leurs preuves. Ainsi, la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) aide à modifier les idées négatives et les comportements issus du passé qui ne sont plus adaptés à la réalité présente. Utilisée afin de traiter le stress post-traumatique dans les cas les plus graves, elle s’avère efficace pour toutes sortes de blocages, y compris ceux qui paraissent anodins, mais empêchent l’épanouissement de la personnalité. En voici un exemple, cité par Emmanuelle Carruzzo Evéquoz, psychologue-psychothérapeute pratiquant la TCC et spécialisée en psychotraumatologie: «Un enfant peut se sentir dévalorise si ses parents se montrent critiques envers lui et ne le trouvent jamais à la hauteur de leurs attentes. Parvenu à l’âge adulte, il risque de souffrir d’un manque d’estime de soi susceptible de s’aggraver dramatiquement à la suite d’un événement comme un licenciement, au point de développer des troubles anxieux et d’être terrorisé a l’idée de se présenter à un entretien d’embauche. Même si, autrefois, ses parents n’avaient pas l’intention ou pas conscience de le faire souffrir, c’est son ressenti d’enfant qui compte. Un ressenti qui persiste et lui pose des problèmes aujourd’hui, parfois jusque dans sa vie sociale ou amoureuse. Il a gardé la peur d’être jugé et de ne pas se montrer à la hauteur, alors qu’il a, depuis longtemps, mûri, conquis son indépendance et développé des compétences.

«Derrière la raison qui pousse une personne à consulter, poursuit la psychologue, il y a souvent d’autres souffrances plus anciennes qui expliquent les difficultés actuelles. Il est important de distinguer entre l’événement du passé, dans lequel on s’est senti impuissant, et la situation présente, sur laquelle on peut agir. En consultation, nous évaluons les ressources du patient et l’aidons à prendre conscience de tous les éléments positifs qui lui permettront d’avancer ainsi qu’à entreprendre des actions pour améliorer sa qualité de vie.»

Renouer avec le positif

Le pire, quand les idées noires se font obsédantes, c’est le repli sur soi. La rumination, qui ne fait qu’aggraver la souffrance. Pour se libérer de l’emprise d’un souvenir pénible, il faut accepter de bouger, en prenant des initiatives personnelles. Cela ne se fait pas du jour au lendemain. Passer à une vision plus positive de l’existence, c’est un travail sur soi qui nécessite quelques efforts.

Les expériences négatives font partie de la vie. Elles peuvent même rendre plus fort si on en tire des leçons. Nous ne pouvons changer un événement douloureux, qui appartient au passé. Ce que nous pouvons changer, en revanche, c’est notre regard sur la vie, nos propres émotions, qui peuvent évoluer et qu’il est possible d’apprivoiser. En commençant par oser parler de son problème à une personne de confiance, à un groupe de soutien, à un psychothérapeute.

Tenir un journal est un exercice qui a fait ses preuves: on y dépose ses souvenirs et son chagrin, on s’interroge sur leur impact aujourd’hui, sur son ressenti. Cela permet de voir plus clair et de prendre de la distance. On peut aussi faire une liste de souvenirs agréables, décrire la vie qu’on voudrait mener, détailler des projets. Car c’est de cela qu’il s’agit: se projeter dans l’avenir. Comment? En sortant de sa coquille, en s’entourant de personnes positives, en reprenant une vie sociale, en se faisant plaisir, en pratiquant un hobby ou en découvrant de nouveaux loisirs. Il est important de s’occuper l’esprit. Et n’oublions pas l’activité physique, recommandée aux personnes déprimées, car elle stimule la production d’endorphines, des hormones qui procurent une sensation de plaisir et de bien-être!

________

Paru dans Générations, Hors-série «Tout savoir sur notre mémoire», Novembre 2016.

A LIRE AUSSI

Libido
libido_femme_frequent

Problèmes de libido chez la femme: un trouble sexuel fréquent mais mal connu

Alors que la médecine actuelle reconnaît l’importance du désir sexuel féminin, ses troubles sont souvent...
Lire la suite
Libido
libido_femme_traitements

Problèmes de libido chez la femme: diagnostic et traitements

Bonne nouvelle, il existe plusieurs remèdes à un trouble du désir! Grâce au diagnostic médical et à certaines...
Lire la suite
Borderline
Enfant triste

Comment apparaît le trouble de la personnalité borderline?

Ces dernières décennies, des recherches approfondies ont été consacrées aux origines du trouble de la...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
Puls_junior_memoire

Comment se forme un souvenir dans notre mémoire?

Déguster une glace à la pistache, caresser un chaton, écouter de la musique, regarder un film… Comment ces moments passés deviennent-ils des souvenirs?
Puls_soigner_memoire

Prendre soin de sa mémoire aujourd’hui

Les troubles de la mémoire affectent durement le quotidien de la personne concernée. Lorsqu’ils sont graves, la vie des proches est aussi touchée. Poser des diagnostics plus précoces, offrir des traitements ciblés, améliorer la prévention et avancer dans la recherche: ce sont les objectifs du nouveau Centre de la mémoire des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG).
Puls_soigner_memoire

Mémoire et santé psychique, quels liens?

Les réponses du Pr Julius Popp, chef du service de psychiatrie gériatrique des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG).
Videos sur le meme sujet

Des neurones qui réécrivent les souvenirs traumatiques

Des neuroscientifiques de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) ont localisé les cellules permettant de reprogrammer des souvenirs d’expériences traumatiques en souvenirs de sécurité.

Transplantation de mémoire réussie… entre deux escargots

Des chercheurs américains ont réussi à transplanter de la mémoire d’un individu à un autre.

Rencontre avec Armin Schnider, un spécialiste de la confabulation

Tous les vendredis, "CQFD" reçoit un homme ou une femme de science pour parler de son travail et de ses recherches.