Etes-vous, oui ou non, un véritable altruiste?

Dernière mise à jour 25/07/12 | Article
Tirelire cassée sous le regard de tirelires entières
Des chercheurs de Zurich viennent d’identifier la zone de notre cerveau qui est le siège de notre capacité à nous dévouer pour autrui. Une occasion de réfléchir à la nature et aux causes de nos comportements vis-à-vis d’autrui.

«Une charité froide». C’est ainsi qu’Anatole France (1844-1924) définissait l’altruisme. Altruisme? On nomme généralement ainsi cette disposition plus ou moins naturelle à nous intéresser à notre prochain, ce mouvement réflexe spontané d’empathie et de dévouement gratuit. Si on voit généralement de quoi il retourne, on était jusqu’ici bien en peine d’en situer l’origine. Les philosophes en discutaient depuis des siècles et les religieux, notamment d’obédience chrétienne, priaient pour qu’il devienne enfin contagieux. L’affaire sépare toujours Rousseau (qui naissait il y a trois cents ans à Genève) et Voltaire (au centre d’un récent et croustillant polar scientifique parisien signé de Franck Nouchi).

On ignorait tout ou presque, en fait. Jusqu’à la découverte qui vient d’être faite à Zurich. Elle concerne une zone du cerveau connue des spécialistes de cet organe sous l’appellation jonction (ou carrefour) temporo-pariétale (TPJ). Comme ce nom l’indique, elle se situe précisément à la réunion du lobe temporal et du lobe pariétal. Soit un peu au dessus et en arrière de chaque oreille, sous le crâne. Quant à la découverte, elle vient d’être publiée sur le site de la revue Neuron. Elle est signée Yosuke Morishima, Daniel Schunk, Adrian Bruhin, Christian et C. Ruff, tous dirigés par Ernst Fehr du laboratoire universitaire de recherche sur les systèmes neuronaux et sociaux. Un laboratoire étrangement situé dans le département de l’Université de Zurich qui se consacre, si l’on comprend bien, à l’économie.

C’est la première fois, nous explique-t-on, que l’homme parvient à identifier l’existence d’un lien entre l'anatomie et l’activité du cerveau d’une part et, de l’autre, l'altruisme. La première fois aussi où l’on parvient à expliquer comment les neurones humains contribuent à conserver (chez certains d’entre nous) la stabilité d’une propension à l’altruisme au fil du temps.

Ernst Fehr nous rappelle que le développement de l'altruisme peut se faire soit par un apprentissage actif, soit par des influences sociales, soit par les deux. Mais dans tous les cas, ce processus implique des changements dans la structure du cerveau et l’activation de certains neurones. Et c’est précisément cette cartographie fine et vivante de la charité froide de France que son étude a permis de dresser. Si l’on en croit le chercheur zurichois, celles et ceux qui, parmi nous, excellent spontanément dans la compréhension des intentions et des pensées des autres sont nettement plus altruistes que ceux qui, coûte que coûte, s’efforcent de l’être.

Il faut ici, pour comprendre, se pencher sur la taille et la capacité d'activation de la jonction temporo-pariétale. Cette étonnante capacité qu’ont certains à comprendre les intentions (plus ou moins cachées) de leurs semblables avait déjà été associée à une activité particulière dans le territoire de la JTP. Pour sa part, l’équipe zurichoise démontre l’importance de la taille et des possibilités d'activation de la JTP sur les différences individuelles dans l'altruisme. Dans cette étude, les sujets volontaires ont subi une série de visualisation de leur activité cérébrale alors qu’ils participaient à un jeu: ils devaient décider comment répartir de l'argent entre eux et des partenaires anonymes. Or, il est vite apparu que celles et ceux qui prenaient les décisions les plus généreuses avaient une plus grande JTP dans l'hémisphère droit du cerveau que celles et ceux qui ne parvenaient pas à masquer leur avarice. Et l’activité électrique de la région cérébrale apparaît, en outre, proportionnelle au montant de sommes que la personne est prête à mettre pour augmenter le paiement de son partenaire.

Au fond, c’est assez simple: la structure (le volume) de la JTP permet de prédire assez fidèlement le comportement altruiste, tandis que son activité prédit l’ampleur de ce même comportement. Question: seriez-vous partant(e) pour que l’on mesure vos caractéristiques dans ce domaine? Aujourd’hui irréaliste, la question pourrait bien, demain, devenir d’actualité, compte-tenu du développement des techniques de neuro-imagerie. On pourrait d’ailleurs dès aujourd’hui poser la question autrement: quelle somme seriez vous prêt(e) à débourser pour savoir si vous être un(e) altruiste véritable? Hasard ou pas, des chercheurs ont déjà montré que la stimulation électrique de cette région peut déclencher des illusions perceptives et, notamment, des expériences extra-corporelles. Les vrais altruistes sont-ils si proches des autres qu’ils auraient tendance à quitter leur propre corps?

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