Comment le cerveau gère-t-il la peur?

Dernière mise à jour 26/03/18 | Article
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Des chercheurs lausannois étudient ce qui se passe dans notre cerveau lorsque nous avons peur. Leurs recherches ouvrent de nouvelles pistes, notamment pour le traitement des phobies.

Soudain, au détour d’un chemin, nous nous trouvons face à un animal dangereux. Aussitôt, nous nous figeons, notre cœur bat à tout rompre et notre respiration s’arrête. Puis nous évaluons la situation, afin de décider comment agir au mieux: fuir, affronter l’adversaire, ou nous cacher en espérant qu’il ne nous repérera pas.

Le rôle central de l’amygdale

Que se passe-t-il dans notre cerveau quand nous avons peur? «Deux structures cérébrales sont impliquées, l’amygdale et le noyau du lit de la strie terminale», explique Ron Stoop, chef de l’unité de l’anxiété et de la peur au Centre de neurosciences psychiatriques du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). L’amygdale, qui n’a rien à voir avec les organes situés en arrière de la langue, est un noyau cérébral en forme d’amande localisé dans le lobe temporal (derrière les tempes). Elle reçoit des messages de nos sens (vue, ouïe, etc.) qui préviennent: attention, danger! Elle s’active alors, provoquant «cet état de choc dans lequel nous pouvons nous trouver et pendant lequel nous ne savons pas quoi faire», souligne le chercheur. Vient ensuite une deuxième étape: après une évaluation approfondie de la situation, les structures corticales peuvent envoyer à l’amygdale un signal qui l’inactive, ce qui nous permet de prendre une décision afin d’agir au mieux et de nous sortir de ce mauvais pas.

Relations sociales

«Le cerveau possède différents systèmes internes qui peuvent diminuer le niveau de la peur en cas de besoin», souligne Ron Stoop. Parmi eux figure l’ocytocine, une hormone inhibant l’activité de l’amygdale. Fabriquée par le cerveau, elle est impliquée dans de nombreux aspects de notre vie, notamment la peur, mais aussi la lactation et l’attachement aux autres.

L’équipe lausannoise a mené une expérience avec des rats chez lesquels elle a réussi à activer le relâchement de l’ocytocine interne et ainsi à diminuer la peur. Dans la mesure où la libération de cette hormone peut être stimulée par le contact direct avec des congénères, les chercheurs tentent maintenant d’aider un rongeur à surmonter sa frayeur en le mettant en compagnie d’un animal qui n’a pas été exposé à l’apprentissage de la peur et qui, lui, restera calme. Appliquée aux êtres humains, cette hypothèse impliquerait que, grâce à la libération de l’ocytocine, le soutien social pourrait contribuer à mieux vaincre sa peur. Ron Stoop et ses collègues cherchent maintenant à savoir si «certains individus, moins sensibles que d’autres aux relations sociales, produisent moins d’ocytocine quand ils sont en contact avec autrui». Chez eux, suggère le chercheur, «on pourrait éventuellement utiliser des sprays à l’ocytocine, déjà employés pour favoriser la lactation des jeunes mères».

Effacer les traces des frayeurs

Une autre solution pourrait venir des nouvelles connaissances accumulées sur la peur et sur la mémoire. «On a longtemps cru que, de la même manière qu’on ne peut pas effacer un CD que l’on a gravé, on ne pouvait pas se débarrasser de la peur que l’on avait éprouvée dans une situation donnée», dit Ron Stoop. En fait, cela n’est pas le cas. On sait que les souvenirs non-émotionnels ne sont pas figés. À chaque fois que l’on se remémore un événement de sa vie, on le «réécrit» et on modifie la trace qu’il a laissée dans le cerveau. On peut se demander si, de la même façon, «il existe, dans les minutes ou les heures qui suivent l’épisode effrayant, une période critique pendant laquelle on pourrait modifier la mémoire émotionnelle». Sans doute, puisque, en utilisant des médicaments, la spécialiste néerlandaise de neurosciences Merel Kindt est parvenue, pendant ce laps de temps, à effacer les traces d’une mauvaise expérience dans la mémoire. Elle a réussi à guérir des personnes ayant la phobie des araignées en les obligeant à toucher un arthropode tout en leur donnant un bêtabloquant. Pas question pour autant de faire de l’automédication, prévient le chercheur du CHUV, car «un traitement de ce type doit être fait sous contrôle médical».

Dans bien d’autres situations, «on devrait pouvoir tirer parti de cette période critique pour prescrire un médicament, tout en retravaillant le souvenir émotionnel traumatisant pour l’effacer de la mémoire». La piste mérite d’être explorée.

Des rats débarrassés de leur peur

Pour montrer que l’ocytocine, une hormone endogène, diminue la peur, Ron Stoop et ses collègues du CHUV se sont livrés à une étonnante expérience sur des rats. Ils ont d’abord modifié génétiquement des cellules productrices d’ocytocine pour les rendre sensibles à la lumière bleue. Puis ils les ont éclairées avec un laser de cette couleur, ce qui a stimulé la production d’ocytocine dans le cerveau des animaux. Quelques secondes plus tard, les rongeurs qui étaient figés par la frayeur ont recommencé à agir. Le laser faisant office d’interrupteur de la frayeur, l’effet est rapide et réversible.

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Paru dans Planète Santé magazine N° 29 - Mars 2018

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