Pas toujours facile de prendre sa place de grand-parent

Dernière mise à jour 15/10/22 | Article
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Tensions familiales intergénérationnelles, éloignement géographique ou encore divorce font partie des situations qui peuvent mettre à mal la grand-parentalité. Comment gérer ces situations et maintenir le lien avec la dernière génération? Réponses de spécialistes.

Il n’y a pas si longtemps, le simple fait d’être âgé impliquait le respect de la part des plus jeunes, enfants et petits-enfants inclus. Ces dernières années, la donne a changé et les adultes ne courbent plus l’échine lorsqu’un conflit les oppose à leurs aînés. La grand-parentalité est parfois contrariée, voire niée. Les seniors en souffrent, sans forcément savoir comment y remédier. 

«Lorsque j’ai créé mon association, il y a vingt ans, j’étais loin de me douter que cette problématique allait surgir, explique Norah Lambelet-Krafft, fondatrice de l’École des Grands-Parents à Lausanne. J’ai depuis été confrontée à des situations dramatiques. Mon association a parfois reçu plus de 200 appels par année de grands-parents qui relatent des problèmes. Lorsqu’il y a des conflits entre eux et les parents, le lien avec les petits-enfants est parfois coupé. Malheureusement, les seniors n’ont aucun droit vis-à-vis d’eux.» L’article 274a du Code civil stipule néanmoins que: «Dans des circonstances exceptionnelles, le droit d’entretenir des relations personnelles peut aussi être accordé à d’autres personnes, en particulier à des membres de la parenté, à condition que ce soit dans l’intérêt de l’enfant.» Qu’en est-il de l’intérêt des plus jeunes? Vittoria Cesari Lusso, docteure en psychologie et autrice de plusieurs livres sur les grands-parents[1], explique: «Ce qui est important pour un enfant, c’est d’être entouré d’adultes aimants et capables de lui apporter des soins physiques et psychologiques. Un seul adulte n’est pas l’idéal pour remplir ce rôle, deux adultes, c’est mieux. Et la présence des grands-parents est aussi importante pour autant qu’il y ait un dialogue constructif avec les parents des plus jeunes.» 

Se souvenir des parents qu’ils étaient

Un divorce ou un déménagement peuvent bien sûr altérer le lien entre les aînés et leurs petits-enfants, mais ce sont parfois de petites tensions récurrentes qui sont responsables de la rupture entre la première et la dernière génération. «La relation entre le grand-parent et le parent change à l’arrivée de l’enfant, précise Vittoria Cesari Lusso. Les deux générations ont désormais une tâche commune, celle de veiller au bien-être du bébé. Lorsque, par exemple, une grand-mère cherche à devenir une super maman de substitution, cela engendre forcément des tensions avec la mère. Pour que la nouvelle relation d’adultes puisse se construire de manière respectueuse et apaisée, je suggère aux grands-parents de se souvenir des parents qu’ils étaient et de ne pas hésiter à valoriser les nouveaux père et mère par des compliments sincères et des remarques constructives.» 

Un avis partagé par Marie-Thérèse Erard, de l’association neuchâteloise «Être grands-parents aujourd’hui»: «Les grands-parents doivent apprendre à se mettre en retrait et éviter de vouloir donner trop de conseils. Dans les faits, aujourd’hui, certains aînés marchent clairement sur des œufs! La naissance d’un petit-enfant provoque parfois la résurgence de problèmes passés entre le parent du bébé et le grand-parent. Mon association conseille des seniors qui se trouvent dans une situation délicate pour les aider à rétablir un lien harmonieux avec leurs enfants et petits-enfants.» Parmi les conseils prodigués: chercher de l’aide auprès d’associations spécialisées, ne pas réagir à chaud, écrire aux parents une lettre reconnaissant qu’on a peut-être commis des erreurs… «Les tensions ne vont pas passer toutes seules, mais il est contre-productif d’essayer de brusquer les choses», poursuit Marie-Thérèse Erard. 

Et Vittoria Cesari Lusso de conclure: «Si un grand-parent a tissé un lien avec son petit-enfant pendant une certaine période, un éloignement momentané ne devrait pas rompre définitivement la relation. Parfois, les petits-enfants reprennent contact à l’âge adulte. Il ne faut donc pas perdre espoir et essayer de maintenir le contact, aussi faible soit-il, en fonction de la situation.»

«Mon ex-belle-fille a choisi un prétexte pour couper les ponts avec moi»

Élisabeth était l’heureuse grand-mère des trois enfants de son fils aîné. Était, car après des années de relations agréables avec sa belle-fille, les choses se sont envenimées bêtement. «Tous les mercredis, je prenais avec moi l’un de mes petits-enfants, à tour de rôle. Les deux autres passaient l’après-midi chez les parents de leur mère. Mon fils est séparé de sa femme depuis plusieurs années, mais j’ai continué à aller chercher ses enfants. Un jour, cependant, je suis arrivée avec quinze minutes de retard et mon ex-belle-fille a choisi ce prétexte pour couper les ponts avec moi.» Élisabeth a trouvé de l’aide auprès d’une association de grands-parents et a appris à laisser passer un peu de temps. Elle se réjouit désormais que ses petits-enfants viennent la voir de leur propre chef, car ils sont devenus suffisamment grands pour faire le déplacement.

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Paru dans Générations, Hors-série «Comment rebondir… dans son corps, dans sa tête, dans son couple, dans sa famille, dans sa vie», Octobre 2022.

[1] Son dernier ouvrage s’intitule Lettres aux nouveaux grands-parents, Éd. Loisir et pédagogie, 2021.

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