Quand la douleur devient une maladie
La douleur chronique est un mal plus fréquent qu’on ne l’imagine. «D’après une étude menée par le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) sur la santé de la population lausannoise, 43% des personnes en souffrent, précise le PrMarc Suter, directeur du Centre d’antalgie du Service d’anesthésiologie du CHUV. Cela est considérable.» Selon l’Organisation mondiale de la santé, la douleur est considérée comme chronique –et alors classée comme une maladie– lorsqu’elle dure plus de trois mois. Cette définition, qui résulte d’un consensus clinique, a l’avantage d’être universelle, mais le médecin souligne l’importance d’une prise en compte au cas par cas: «Il s’agit surtout d’une douleur qui persiste après la résolution attendue du problème. Par exemple, qui dure plus d’une semaine après une intervention chirurgicale peu lourde.» Il est alors nécessaire de consulter.
RECOURIR À L’AUTOHYPNOSE
L’hypnose consiste à induire par la parole un état de conscience modifié chez une personne qui devient alors plus réceptive aux suggestions. Durant ce temps, l’hypnothérapeute peut aider sa patiente ou son patient à modifier des perceptions négatives et pénibles. «L’hypnose incite à se réfugier dans une bulle en laissant la douleur à l’extérieur», résume le PrMarc Suter, directeur du Centre d’antalgie du Service d’anesthésiologie du CHUV. Cette technique est utilisée en milieu clinique, notamment lors d’anesthésies, mais on peut aussi apprendre à la pratiquer seul. «Le stade chronique se caractérise souvent par des douleurs modérées, ponctuées de pics plus intenses. C’est dans ces périodes que les personnes qui le vivent peuvent avoir recours à l’autohypnose», explique le spécialiste. Comme les autres approches non médicamenteuses, cette technique peut entraîner une diminution des doses de médicaments nécessaires.
Douleur aiguë d’abord
Comment atteint-on le stade de la chronicité? Tout commence par la douleur aiguë, «qui est en fait une sonnette d’alarme utile à la survie des espèces», indique Marc Suter. En effet, nos organes et tissus renferment des capteurs spécifiques à la température, à la pression, etc. Ces derniers réagissent lorsqu’un événement comme une brûlure ou une piqûre leur semble potentiellement dangereux. Ils envoient alors un signal qui est transmis par les nerfs à la moelle épinière. Cette étape est indolore. Ce n’est qu’ensuite, lorsque les impulsions arrivent dans différentes zones du cerveau (notamment dans celles liées aux émotions), que celui-ci donne à la sensation une connotation négative et pénible.
Plusieurs situations peuvent rendre cette douleur chronique. «Lorsque les récepteurs continuent d’être stimulés, par exemple en cas d’inflammation, elle n’a pas de raison de s’arrêter», explique l’expert. C’est aussi le cas lorsque des terminaisons nerveuses sont lésées, notamment à la suite d’une intervention chirurgicale.
Terrains propices
Certaines personnes sont plus à risque que d’autres de développer des douleurs chroniques. Les troubles psychiques (comme la dépression ou l’anxiété) et les situations de vulnérabilité (chômage par exemple) créent des terrains propices à cette évolution. «C’est pourquoi la douleur chronique doit être considérée comme un phénomène biopsychosocial», souligne l’expert.
Pour la traiter, divers médicaments antalgiques existent, en particulier les opioïdes, face auxquels la prudence s’impose. «Ils sont efficaces au début mais, à long terme, leurs effets secondaires (accoutumance, tolérance, nausées, somnolence) prennent le pas sur leurs bienfaits», rappelle le spécialiste. Les personnes concernées peuvent aussi avoir recours à des dérivés d’antidépresseurs ou d’antiépileptiques, notamment pour les douleurs neuropathiques, ou à des infiltrations quand la douleur est localisée. La neurostimulation électrique transcutanée (TENS) est quant à elle une alternative qui consiste à poser sur la peau deux électrodes entre lesquelles un courant électrique circule. «Cette technique donne de bons résultats pour certains types de céphalées, de douleurs au dos ou au genou», constate le médecin.
D’autres pratiques, non médicamenteuses, peuvent contribuer à apporter un soulagement. À commencer par l’activité physique. «Elle est bénéfique pour l’organisme et a un réel effet antalgique», poursuit le PrSuter. S’y ajoutent les thérapies cognitivo-comportementales, la méditation en pleine conscience ou encore l’hypnose (lire encadré).
«Il n’existe pas de baguette magique pour traiter la douleur chronique, insiste l’expert. La prise en charge doit être multidisciplinaire et les soins sont à orienter vers des objectifs fonctionnels, concrets et adaptés à chaque cas. Pour certaines personnes, ce sera reprendre progressivement le travail, pour d’autres pouvoir marcher quinze minutes. Les résultats doivent être non seulement mesurables, mais aussi motivants et valorisants.»
Et s’il s’agissait d’une maladie artérielle périphérique?
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