Douleurs chroniques: quel rôle pour les médecines complémentaires?

Dernière mise à jour 18/11/20 | Article
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En Suisse, on estime que 20% de la population souffre de douleurs chroniques. Rarement visibles ou exprimées lors des examens médicaux, elles n’en ont pas moins un effet dévastateur sur le quotidien. Pourquoi les médecines complémentaires peuvent être utiles pour y faire face ? Le point avec la professeure Chantal Berna Renella, Responsable du Centre de médecine intégrative et complémentaire du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

Douleurs aiguës vs douleurs chroniques

La douleur est un phénomène universel qui sert généralement de système d’alarme face à un événement menaçant. Les spécialistes distinguent la douleur aiguë de la douleur chronique. La première est soudaine et intense, apparaissant avec une problématique spécifique, dite aiguë, comme un accident, et disparaissant soit spontanément après résolution de l’atteinte à la santé, soit après un traitement spécifique de la cause. «La douleur chronique est une douleur persistant au-delà de trois à six mois après son apparition, dans certains cas sans qu’une lésion soit visible, ce qui rend sa réalité encore plus complexe, explique Chantal Berna Renella. Il s’agit d’une souffrance individuelle d’autant plus dramatique pour la personne. Elle dépasse le modèle biomédical classique parce que de nombreux facteurs – spirituels, socio-économiques, environnementaux – la composent.» Bien loin d’être irréelles, ces douleurs, qui sont modulées par le vécu de la personne, rendent le quotidien de ceux qui en souffrent difficilement supportable. Et surtout: on touche aux limites des thérapies conventionnelles. «Les médecines complémentaires n’offrent pas de solution miracle, avertit la professeure Berna Renella. Par contre, des techniques comme l’hypnose, l’acupuncture ou la méditation peuvent aider les personnes à vivre avec des douleurs chroniques.»

Devenir maître de sa douleur

Une douleur qui s’est installée ne va pas s’évanouir du jour au lendemain. Comme le dit la professeure Berna Renella, il faut la «travailler au corps». On peut s’en distancier ou gagner un certain contrôle sur elle. Au mieux, elle va disparaître et ne revenir que de façon épisodique. «Peu importe la technique choisie, ce qui change le quotidien des gens est de trouver une manière de se mettre à distance ou de ne percevoir cette sensation pénible que de manière momentanée», ajoute la spécialiste. Ce qui signifie que le corps et l’esprit ne reviendront pas à ce que la personne connaissait avant la douleur. Par contre, savoir qu’on a des compétences pour y faire face change la donne. « Par exemple, si la douleur apparaît dans une réunion, on ne se dit plus qu’elle va durer pour le reste de la semaine», note la professeure vaudoise. Au fonds, les médecines complémentaires peuvent offrir des outils pour se mettre en mouvement. Même si ces approches ne marchent pas pour tout le monde, elles peuvent ouvrir des portes, redonner de l’énergie et permettre de sortir d’une situation décrite comme un cul-de-sac.

Opter pour une stratégie multimodale

Les principes de traitement des douleurs aiguës ne s’appliquent souvent pas aux douleurs installées depuis longtemps. Reconnaître cette différence est essentiel pour gérer les frustrations face à un soulagement partiel ou des progrès parfois lents ou fluctuants. Devant la complexité des douleurs chroniques et rebelles, la réponse ne peut être que globale et combiner plusieurs types d’approches. Même si cela demande du temps et des ajustements, les efforts sont le plus souvent payants en termes d’amélioration de la qualité de vie. «La meilleure façon de choisir son traitement est d’en parler à son médecin traitant ou à un spécialiste en antalgie, insiste Chantal Berna Renella. Avoir un avis neutre face à un trajet complexe est souvent une aide précieuse, tant certains thérapeutes pourraient être tentés de favoriser la technique qu’ils maîtrisent. Cela dit, construire sa propre boîte à outils face à la douleur est un processus de maturation et d’apprentissage en soi.»

En pratique: quelques douleurs chroniques et leurs traitements complémentaires

Les recommandations spécifiques d’une médecine complémentaire pour un type de pathologie commencent à émerger. Cependant, les études sont encore trop peu nombreuses et réalisées sur des petites populations. La recherche doit donc encore se développer dans le domaine. Pour Chantal Berna Renella, «en attendant, ce qui prime pour l’individu est sa propre évaluation de l’effet de la technique sur son quotidien.»

Lombalgie chronique. Plusieurs études ont montré que les manipulations de la colonne et l’ostéopathie, le yoga et le tai-chi ont un effet bénéfique pour lutter contre ce type de douleur.

Côlon irritable. Selon des études récentes, l’hypnose apporterait une amélioration des symptômes dans 50 à 80% des cas. L’efficacité du traitement se maintiendrait par ailleurs sur le long terme.

Douleurs postopératoires. L’acupuncture et l’hypnose permettraient de réduire l’inconfort faisant suite à une opération, notamment en diminuant la douleur, le stress et les nausées.

Pour en savoir plus

J'ai envie de comprendre… Les douleurs chroniques et rebelles

Suzy Soumaille, Dre Valérie Piguet, Ed. Planète Santé, 2018

Ce petit guide pratique répondra à toutes les questions que vous vous posez sur les douleurs chroniques. Quel est le rôle des émotions dans les symptômes? Comment contrôler soi-même les douleurs? Et faire face aux douleurs neuropathiques ou à la fibromyalgie? En plus de donner des clés de compréhension de la douleur, il propose une série d’outils pour redevenir pilote de sa vie.

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Paru dans L’Illustré le 30/09/2020.

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