Contre la rechute dépressive, la méditation en pleine conscience

Dernière mise à jour 12/02/13 | Article
Contre la rechute dépressive, la méditation en pleine conscience
Que faire après une dépression si les pensées négatives sont de retour? A la place ou en parallèle des traitements médicamenteux, il existe des thérapies faisant appel à la méthode de méditation en pleine conscience, ou mindfulness. Entretien avec le Pr Guido Bondolfi, psychiatre-psychothérapeute responsable du programme Troubles anxieux du Département de santé mentale et psychiatrie aux HUG.
En quoi consiste la méditation en pleine conscience?

Il s’agit d’une approche dans laquelle on apprend à modifier sa propre attitude face aux symptômes de la dépression – et non d’une énième technique curative visant à éliminer ces symptômes. Dans une situation engendrant de la peine ou de la douleur, nous avons tous, d’habitude, deux types d’attitudes automatiques: soit tenter d’éviter la souffrance, soit essayer de la contrôler. Mais chez les personnes ayant déjà souffert de dépression, ces deux réactions automatiques facilitent les rechutes. Et alors, comment s’y prendre? C’est pour répondre à cette question qu’ont été développées des pratiques méditatives appliquées à des problèmes psychologiques, comme alternative aux traitements antidépresseurs de longue durée. La méthode de la pleine conscience, ou mindfulness, est un entraînement de l’esprit pour focaliser son attention, intentionnellement, sur les sensations douloureuses avec bienveillance, voire avec curiosité. Cela peut se représenter ainsi: Si vous jetez une pierre dans un étang et que vous êtes à proximité, vous serez éclaboussé. Si, dans un panorama plus large, cette pierre tombe au loin, vous ne serez pas touché. C’est ce que peut amener la pleine conscience.

Quand ce genre de thérapie est-il prescrit?

Cette méthode sert à prévenir la rechute dépressive – car la dépression est une maladie récidivante. Elle est proposée après plusieurs épisodes de dépression, quand les personnes concernées sont guéries de la phase aigüe, en rémission et donc davantage conscientes du moment où la machinerie dépressive est sur le point de se remettre en place, presque automatiquement sans qu’il y ait besoin d’un facteur de stress important. C’est face à cet automatisme que la pleine conscience est utile. Plutôt que de lutter contre la dépression en «ruminant» pour la chasser, le patient apprend à adopter une attitude paradoxale: accueillir ce phénomène en faisant l’expérience que tout passe, y compris la tristesse ou la douleur. Ce concept se rapproche de la psychologie bouddhiste.

La méditation en pleine conscience fait donc référence à la tradition spirituelle, à des pratiques d’épanouissement de soi. Comment avez-vous surmonté les réticences du milieu médical pour amener cette technique en psychiatrie?

Il a fallu adopter une attitude rigoureuse. L’efficacité de la pleine conscience contre la rechute dépressive a été scientifiquement prouvée, ce qui lui a donné de la crédibilité et nous a permis d’intégrer en pratique psychiatrique une tradition venant d’ailleurs, en particulier de la philosophie bouddhiste. Il existe une demande phénoménale d’approches moins conventionnelles pour aborder les problèmes médicaux. Nos données, conjointement à celles d’études similaires menées dans différents pays, montrent qu’une approche de huit semaines de méditation en pleine conscience réduit de moitié le risque de rechute. Des modifications de l’activité cérébrale peuvent d’ailleurs être observées durant les séances de méditation. Il existe dans la dépression une hyperactivité cérébrale, dans la zone dédiée aux émotions, qui s’atténue chez les méditants «novices» ayant suivi nos huit semaines de formation, voire s’éteint chez les méditants expérimentés.

Comment se déroule un programme de mindfulness?

Dans les programmes de prévention de la rechute dépressive, nous proposons des exercices de pratique informelle pour être pleinement conscient de ce que l’on fait quand on le fait. Par exemple: écouter quelqu’un en ne faisant rien d’autre que l’écouter; cuisiner en ne pensant à rien d’autre que cuisiner. Dans nos programmes, généralement dispensés en groupes, nous pratiquons en gros 80% de pleine conscience et 20% de psychoéducation, dont quelques éléments viennent plutôt de la tradition de la «thérapie cognitive» qui vise à modifier ses pensées via des techniques précises. Le traitement consiste en huit séances hebdomadaires de deux heures, plus 45 minutes de méditation quotidienne six jours sur sept. Quatre séances supplémentaires sont ensuite proposées sur l’année qui suit. Après ce programme, nous encourageons nos patients à poursuivre la méditation quotidienne.

Référence

Adapté de «Dépression: la méthode de «pleine conscience», une nouvelle approche de la rechute», M. Casselyn, B. Kiefer, G. Bondolfi, in Revue médicale suisse 2013;9:91-93, en collaboration avec les auteurs.

Pour en savoir plus

J'ai envie de comprendre... la dépression
Suzy Soumaille - Guido Bondolfi, Gilles Bertschy

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