Critères diagnostiques du trouble de la personnalité borderline?

Dernière mise à jour 11/11/15 | Article
reflet d'un visage dans un miroir
Neuf critères diagnostiques sont utilisés pour diagnostiquer le trouble de la personnalité. Ils vous sont présentés dans cet article.

Le diagnostic du trouble de la personnalité borderline s’établit à l’aide de neuf critères diagnostiques. Afin de faciliter leur compréhension, nous les illustrons avec des témoignages de personnes concernées. Ces critères ne conviennent pas à un autodiagnostic, puisque les conduites et les états qu’ils décrivent peuvent être vécus sous une forme atténuée par un grand nombre de personnes nullement concernées par la maladie.

Dans sa dernière édition, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV) distingue neuf critères diagnostiques pour le trouble de la personnalité borderline, cinq d’entre eux devant au moins se manifester pour que le diagnostic de la maladie puisse être établi. C’est donc seulement lorsqu’on a affaire à plusieurs symptômes simultanés de forte intensité que la problématique du trouble de la personnalité borderline doit être envisagée. Il est important que le diagnostic soit établi par un thérapeute expérimenté. Nous reprenons ci-après les critères tels qu’ils sont formulés dans le DSM-IV. Afin de rendre plus saisissable la réalité décrite par le langage scientifique, nous avons illustré chacun d’eux avec le témoignage d’une personne concernée.

Efforts effrénés pour éviter les abandons réels ou imaginés

« Je passais de plus en plus souvent mes soirées à l’aéroport, isolé et seul au milieu de la foule. L’intense activité qui régnait m’évitait de sombrer. Je m’agrippais aux bruits du hall de départ et fixais les lumières sur la piste d’atterrissage, juste pour ne pas devoir tourner mon regard vers moi-même. »

Mode de relations interpersonnelles instables et intenses caractérisées par l’alternance entre les positions extrêmes d’idéalisation excessive et de dévalorisation. 

« Presque toutes les relations que j’ai eues étaient de courte durée, surtout lorsqu’elles étaient intenses. Dès que je commençais à faire confiance à quelqu’un, je m’engageais beaucoup, sans attendre. Puisque je m’ouvrais à l’autre, j’attendais qu’il réagisse en conséquence. Je ne lui cachais aucune de mes émotions, mais cela ne durait pas longtemps et la relation stagnait. C’est à ce moment-là que mon partenaire montrait ses limites, ce qui fait que je rompais rapidement la relation. »

Perturbation de l’identité: instabilité marquée et persistante de l’image ou de la notion de soi. 

« Déjà quand j’étais jeune, je ne savais pas ce que je voulais devenir ou ce que je préférais. A cela s’ajoute le fait que, jusqu’à aujourd’hui, je ne suis toujours pas sûr de mon orientation sexuelle. Je n’ai pas de projets à long terme et, surtout, je n’arrive pas à m’occuper longtemps d’une chose parce que je change toujours d’idée. Je papillonne d’une personne à une autre. Je ne choisis pas mes amitiés en fonction de ce qui me conviendrait, mais laisse les autres se lier d’amitié avec moi. »

Impulsivité dans au moins deux domaines potentiellement dommageables pour le sujet (dépenses, sexualité, toxicomanie, conduite automobile dangereuse, crises de boulimie).

«J’ai plus de 150 000 francs de dettes. J’ai détourné de l’argent, perdu mon emploi, emprunté de l’argent que je n’ai pas remboursé, obtenu des avances sur des prestations du chômage en inventant des histoire extravagantes. Après chaque nouveau recommencement, je me remettais à jouer, même si je savais exactement ce qui allait m’arriver. J’ai tellement démoli mon corps à force de sport extrême et d’automutilations que je suis maintenant obligé de me déplacer en chaise roulante. Mais je referais exactement la même chose, rien que pour me sentir, moi et mon corps, pour m’assurer d’une chose : que je suis là. »

Répétition de comportements, de gestes ou de menaces suicidaires, ou d’automutilations.

« Ensuite je me suis mis à m’entailler les bras. J’utilisais des couteaux, des lames de rasoir, des tessons de verre. Je l’ai fait pendant plusieurs mois, presque chaque jour. Je le faisais pour me punir. Parce que j’étais là. Parce que j’étais qui j’étais. Je le faisais aussi pour me sentir. Pour sentir que j’étais là, que j’existais, peut-être comme la personne qui se pince le bras pour s’assurer qu’elle est bien réveillée. »

Instabilité affective due à une réactivité marquée de l’humeur (état de malaise épisodique intense, irritabilité ou anxiété durant habituellement quelques heures et rarement plus de quelques jours).

« Il y a des jours où je me réveille avec le sentiment que l’existence me pèse comme une chape de plomb. Tout me semble vain, sans issue, et tout ce que j’entreprends est voué à l’échec. En même temps, il suffit que pendant ce genre de journée je reçoive un compliment, que quelqu’un m’approuve ou m’encourage, et j’ai alors l’impression que je pourrais soulever des montagnes, résoudre n’importe quelle difficulté avec le sourire. Dans l’autre sens, c’est la même chose. Il suffit d’une critique, d’un seul mot ou d’un seul regard, pour me faire tomber au fond du trou. Alors je me retire complètement, je débranche le câble du téléphone, je romps tous mes contacts, je ne dis plus rien, on ne peut plus m’atteindre. »

Sentiments chroniques de vide et d’ennui

« Ma vie est assombrie par une succession incessante de dépressions, de colère et de vide. J’ai essayé de remplir le vide en regardant la télévision, mais la télévision m’ennuie. Tout m’ennuie. Pourtant, il fallait bien que je remplisse le vide!... Pour éloigner l’ennui. J’ai tout essayé. Rien n’a marché. Alors j’ai recommencé à me couper. Le sang, lui, remplit rapidement le vide... »

Colères intenses et inappropriées ou difficulté à contrôler sa colère (p. ex. fréquentes manifestations de mauvaise humeur, colère constante ou bagarres répétées).

« En rentrant à la maison après ma séance de thérapie, mon humeur a basculé: alors que je roulais sur la piste cyclable, j’ai crié : “Espèce de salopard!” à un piéton qui passait sur le trottoir. Arrivé à la maison, j’ai laissé tombé mon vélo et lui ai donné un coup de pied. Dans l’appartement, j’ai frappé du pied la cage du lapin qui courait affolé d’un bout à l’autre de la cage. Je me suis ensuite attaqué aux plantes vertes. J’en ai pris une, l’ai sortie de son pot, ai écrasé ses feuilles et déchiré ses racines. Après quelques minutes, le sol de la pièce était jonché de débris de pots cassés. »

Apparition transitoire dans des situations de stress d’une idée persécutoire ou de symptômes dissociatifs sévères.

« Même quand je suis avec d’autres personnes, il y a des moments où ma peur fait ce qu’elle veut. J’ai alors peur des autos, ou bien des gens dans le métro. Je vois des objets s’approcher de moi, je n’arrive plus à respirer. Tout me devient brusquement étranger. La peur me domine complètement et fait disparaître toute forme de réalité. Quand tout semble vous menacer, vous êtes vraiment dans un tout autre monde. Je me sens agressé, sans protection. Et je ne peux pas simplement m’enfuir, car ce sont mes propres perceptions qui sont confuses. »

Sur le même sujet

Texte extrait d'une publication Pro Mente Sana

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Autres articles également disponibles:

  • Qu’est-ce que le trouble de la personnalité borderline?
  • Comment apparaît le trouble de la personnalité borderline?
  • Personnalité borderline : trouver l’aide adéquate
  • Borderline : un trouble qui affecte aussi les proches

Article original: http://www.promentesana.org/upload/application/59-brochureborderline2008.pdf

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