Comprendre l’anxiété pour mieux la gérer

Dernière mise à jour 21/04/22 | Article
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Si l’anxiété est une émotion commune, elle peut parfois devenir si intense et envahissante qu’elle nous fait perdre pied. Phobies, attaques de panique, troubles obsessionnels compulsifs, etc. Dans la population, 5 à 10% des personnes sont la proie de troubles anxieux.

«Je suis celle qu’on ne voit pas, je suis celle qu’on n’entend pas, je suis cachée au bord des larmes, je suis la reine des drames» sont les mots de l’artiste Pomme pour décrire l’anxiété dans sa chanson éponyme. S’inquiéter à l’égard d’une situation nouvelle, nous le faisons toutes et tous. La peur est une réaction instinctive qui nous protège, nous permet d’anticiper et de faire face aux dangers. Elle prend tout son sens dans un contexte de stress ponctuel ou de menace réelle en nous aidant à mieux les affronter. Mais parfois, elle n’a rien à voir avec la réalité, devient autonome et prend des proportions démesurées. L’anxiété, cette émotion pourtant si propre à l’être humain, devient alors pathologique. La ligne rouge est franchie lorsque la menace semble être partout, que les pensées anxieuses s’emballent sans que la raison ne parvienne à les relativiser. Un reproche au travail et nous craignons de perdre notre emploi. Des maux de tête banals et nous nous voyons déjà avec une maladie grave. Pour d’autres, c’est l’idée de monter dans un ascenseur ou de se retrouver dans la foule qui déclenche des sueurs froides…

L’anxiété maladive s’appuie sur des croyances catastrophistes: «C’est une tendance à imaginer le pire, à surestimer le danger et à sous-estimer ses capacités à faire face», explique le Pr Guido Bondolfi, médecin-chef du Service de psychiatrie de liaison et d’intervention de crise et du programme troubles anxieux des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Au niveau biologique, l’anxiété s’explique par un dérèglement du système d’alarme dans le cerveau, en particulier de l’amygdale, siège de la peur: «À l’image du système immunitaire de l’allergique qui s’emballe pour un rien ou presque (pollen, poils de chat…), le système de la peur des personnes anxieuses est déréglé et en fait clairement trop. Leur seuil de tolérance est bas en raison d’une amygdale hypersensible qui réagit (ou anticipe) de manière exagérée à un objet, une situation, un animal», décrit le psychiatre dans un ouvrage* consacré à ce sujet.

Différents visages

Une expertise unique

Le programme troubles anxieux des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) est unique en Suisse romande. Les patients et patientes y sont adressées par leur médecin ou par un ou une psychologue. Tous et toutes bénéficient d’une évaluation approfondie par le biais d’entretiens, d’échelles diagnostiques et de questionnaires spécifiques. Lorsque le diagnostic est posé, une prise en charge médicopsychiatrique est proposée: psychothérapie individuelle ou de groupe, traitement pharmacologique si nécessaire et groupes fondés sur la pleine conscience. «Nous avons un réseau compétent de psychiatres et psychologues vers lequel nous adressons une partie des patients et patientes après un bilan», indique le Pr Bondolfi, médecin-chef du Service de psychiatrie de liaison et d’intervention de crise et du programme troubles anxieux des HUG. La palette thérapeutique est large et les chances de s’en sortir réelles. «Les troubles anxieux se soignent efficacement aujourd’hui, mais on n’en guérit pas complètement. L’approche consiste avant tout à atténuer les symptômes et à aider à vivre avec», note le psychiatre. Il s’agit de remettre l’anxiété à sa place: «Elle peut faire partie du décor, mais ne doit pas être au centre de la vie», conclut Paolo Cordera, psychologue au sein du programme des HUG.

L’anxiété est reconnue comme un véritable trouble, répertorié dans les classifications diagnostiques internationales. «Les troubles anxieux se caractérisent par une triade de symptômes physiques, psychiques et comportementaux», relève le Dr Andrea Cremasco, chef de clinique au sein du programme troubles anxieux des HUG. Sur le plan physique, l’anxiété peut se manifester par une boule au ventre, des maux de tête à répétition, des lombalgies chroniques, etc. Elle peut prendre plusieurs visages et donner ainsi lieu à différents diagnostics (lire plus loin). Diffuse, sourde et permanente dans le trouble anxieux généralisé (TAG), elle est centrée sur un objet précis dans les phobies ou les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) (peur des microbes, par exemple). Mais elle peut également être soudaine et brutale, comme dans l’attaque de panique: «Une situation anxiogène déclenche un cortège de réactions (palpitations, tachycardie, pic de tension artérielle, vertiges, vision floue, fourmillements, crampes, troubles digestifs), ressenties de façon si intense que la personne se rend aux urgences. Il y a alors une prise de conscience de l’origine psychique de ces symptômes», poursuit le psychiatre.

Un cercle vicieux

Anthony, 29 ans: «Je ne suis pas anxieux, mais je traverse des moments d’anxiété»

«J’ai débuté le programme de méditation de pleine conscience ciblé sur l’anxiété* en octobre dernier. Dans le groupe, il y a des personnes de tout âge qui ont une vie tout à fait normale. Avant, j’avais l’impression d’être le seul à vivre un trouble panique. Mais comme nos histoires se recoupent, cela amène un peu de normalité dans ce qui se passe en nous. Il y a une partie méditation et une partie thérapie cognitive et comportementale. L’alliance des deux, avec la synergie du groupe en plus, fait vraiment progresser. Notre instructrice, Frédérique Tettamanti, a une capacité d’écoute incroyable. Le lien avec elle aide beaucoup. La méditation est très complémentaire à la psychothérapie. C’est un outil magique qui permet de faire face à l’anxiété, mais qui s’inscrit aussi dans une hygiène de vie.

Ce programme m’a apporté beaucoup de confiance dans ma capacité à “être avec” des sentiments d’anxiété et à ne plus le voir comme quelque chose d’affolant. Je connais mieux mon corps et mes sensations. Je ne me sens plus submergé, j’arrive à couper court. J’ai appris que je ne suis pas anxieux, mais je traverse des moments d’anxiété. C’est très différent.»

* Mindfulness Based Intervention for Anxiety.

Sur le plan psychique, l’anxiété, surtout lorsqu’elle est généralisée, est «une véritable intolérance à l’incertitude», décrit le Pr Bondolfi. Elle s’exprime par une hypervigilance de tous les instants et conduit à des comportements de sécurité et d’évitement. Par crainte de ne pas être à la hauteur ou d’être anéanties par leur peur, les personnes souffrant d’anxiété recourent à toutes sortes de stratégies: déléguer une présentation en public, renoncer à sortir de chez elles si elles ne sont pas accompagnées ou mettre au point des rituels pour se rassurer, par exemple. Même si elles en ont conscience, il leur est difficile de s’extirper de ce fonctionnement: «Elles savent qu’elles exagèrent, mais elles ne peuvent pas faire autrement. Elles deviennent alors prisonnières de leur anxiété», commente le Pr Bondolfi. Si, à court terme, les stratégies d’évitement calment les angoisses, à long terme, elles restreignent la liberté. Quant aux ruminations anxieuses, qui sont une vaine tentative de garder le contrôle sur les événements, elles sont, à la longue, source d’épuisement. Peu à peu, c’est toute une vie qui est conditionnée par le trouble.

L’entourage, bien souvent, n’est pas épargné: «Lorsqu’une personne empêche toute sa famille de partir en vacances par peur de prendre l’avion ou qu’elle embarque ses proches dans des systèmes de rituels et de vérifications, elle prend les autres en otage et devient malgré elle un tyran», alerte le Pr Bondolfi. Mais surtout, ajoute Paolo Cordera, psychologue au sein du programme des HUG: «En évitant les situations que nous redoutons, nous risquons de nous éloigner de nous-mêmes et de ce qui nous importe. Par exemple, les personnes en proie à une phobie sociale évitent les contacts sociaux alors qu’elles leur accordent en réalité beaucoup d’importance.»

À force de renoncements, un sentiment de dévalorisation s’installe. Lorsque l’anxiété devient souffrance, qu’elle nous rend irritable, qu’elle nous empêche de vivre et de travailler normalement, il faut demander de l’aide. Une absence de prise en charge peut mener à une chronicisation des troubles, voire à la dépression.

Cartographie des troubles anxieux

La phobie sociale – 2 à 4% de la population: C’est l’appréhension de situations sociales ordinaires, comme téléphoner en public, être regardé en train de dîner au restaurant, prendre la parole devant les autres, etc. Cette peur du ridicule et du jugement peut conduire à l’adoption de comportements de sécurité pour éviter l’attention sur soi. Le risque de dépression et d’addiction à l’alcool pour se désinhiber est élevé.

Le trouble anxieux généralisé (TAG) – 4 à 6% de la population: La personne appréhende sans relâche les événements à venir, quels qu’ils soient. Sourde aux signaux rassurants, elle s’enlise dans une anticipation anxieuse. Ses projections négatives et son besoin constant de réassurance l’épuisent elle et son entourage. Le TAG s’accompagne souvent de tensions musculaires, d’agitation, d’insomnie, d’irritabilité, de ruminations, etc.

Les phobies – 10% de la population: La peur se fixe sur un objet spécifique (chats, araignées, chiens, clowns, aiguilles, etc.). L’angoisse, irrationnelle, peut ou non être liée à une expérience traumatisante. La confrontation avec la situation redoutée, ou son anticipation, provoque des symptômes similaires à ceux d’une attaque de panique.

L’attaque de panique et le trouble panique – 2 à 3% de la population: Cet état de peur très intense (accélération des rythmes cardiaque et respiratoire, sueurs, etc.) survient brutalement, sans raison apparente, et s’accompagne d’un sentiment de mort proche et de perte de contrôle de soi (jambes en coton, vertiges, etc.), en l’absence de danger vital. Tout le monde peut faire une attaque de panique une fois ou l’autre dans sa vie. Lorsque ces crises se répètent, on parle de trouble panique.

Les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) – 2 à 3% de la population: Pour tenter de calmer les pensées angoissantes, les personnes souffrant de TOC se sentent obligées d’accomplir des rituels et des vérifications qui ne leur apportent en réalité aucun soulagement, puisqu’elles les reproduisent sans cesse. C’est une incertitude qui tourne en rond, nourrie par un sentiment de responsabilité exagérée.

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Article repris du site  pulsations.swiss

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