Anxiété: l’affronter pour se libérer

Dernière mise à jour 19/04/22 | Article
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Les thérapies cognitives et comportementales (TCC) sont le traitement de choix pour soigner les troubles anxieux.

Germain, 30 ans: «Il ne faut pas hésiter à se faire aider»

«Je souffre d’une anxiété généralisée avec une agoraphobie qui s’exprime par une peur de m’éloigner de mon domicile. Cela s’est déclenché en 2015, à l’époque des attentats de Paris. Je traversais une période difficile. Un dimanche soir, j’ai eu une grosse crise d’angoisse, avec des palpitations cardiaques, une sensation de perte de contrôle et de mort imminente. Ma mère m’a emmené aux urgences psychiatriques des HUG. Depuis, il y a des hauts et des bas. En période de crise, je suis dans un contrôle permanent et me prépare constamment au pire. Je rumine beaucoup, cela ne s’arrête jamais. Mon état s’est de nouveau dégradé avec la pandémie. Au début c’était très oppressant, je n’osais plus sortir car j’avais peur de voir des gens et de tomber malade. Aujourd’hui, je vais mieux grâce au suivi du Programme troubles anxieux. L’objectif de ma thérapie avec le psychologue est de reprendre une vie normale et des décisions sans que mon anxiété dicte mes choix. Je prends également des médicaments pour atténuer les symptômes. Lorsqu’on souffre d’anxiété, on a tendance à se rabaisser, mais il ne faut pas culpabiliser et ne pas hésiter à se faire aider.»

Les TCC visent la réduction des symptômes de l’anxiété, voire leur disparition complète. Cela passe d’abord par une meilleure compréhension de ses mécanismes (éducation thérapeutique), puis par une désensibilisation grâce notamment aux thérapies d’exposition à la situation crainte. L’approche est collaborative et personnalisée. Les objectifs de la thérapie sont définis d’un commun accord avec le ou la thérapeute (psychiatre, psychologue, infirmier ou infirmière en psychiatrie) et actualisés au fil du suivi. Pour une personne, le but sera de participer à des soirées entre amis, pour une autre, être capable d’aller seule au supermarché ou monter au dixième étage d’une tour, par exemple. «Chaque personne a sa problématique propre. Nous cherchons à comprendre son fonctionnement, pourquoi son système d’alerte se déclenche aussi facilement et quels sont les facteurs de maintien», explique Paolo Cordera, psychologue au sein du programme troubles anxieux des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Grâce à un accompagnement bienveillant, la personne va pouvoir, par le biais d’une exposition progressive, rapprivoiser ses peurs, poursuit Frédérique Tettamanti, infirmière spécialisée en psychiatrie aux HUG: «Sur le terrain, nous l’aidons à prendre conscience de ses pensées, de ses émotions, de son ressenti corporel et de son niveau d’anxiété. Et à assumer l’inconfort dans lequel la confrontation la place.» En effet, plutôt que de vouloir à tout prix éteindre les symptômes désagréables, il s’agit d’augmenter sa tolérance à les supporter. Au gré des expériences positives, la personne voit qu’elle est capable de faire face aux situations qui la mettent en alerte et regagne peu à peu confiance en elle. «Le but étant qu’elle devienne à terme sa propre thérapeute», commente Paolo Cordera. Bien que pragmatiques, les TCC n’éludent pas pour autant la question du sens, souligne le psychologue: «Il est plus facile d’exprimer son anxiété que sa tristesse. Il est important de regarder ce qui se cache derrière, sa signification et sa fonction dans la vie de la personne.»

Médicaments: avec ou sans

Les TCC peuvent ou non être associées à la prise de médicaments selon le souhait des patients et patientes et les recommandations scientifiques. «Pour le trouble panique et l’agoraphobie, les études montrent qu’il est plus efficace de combiner les deux», illustre le Pr Guido Bondolfi, médecin-chef du Service de psychiatrie de liaison et d’intervention de crise et du programme troubles anxieux des HUG. Les antidépresseurs agissent sur les symptômes et les ruminations. Quant aux benzodiazépines, souvent prescrites, elles sont certes très efficaces à court terme, mais entraînent une dépendance dont il peut être difficile de sortir. «Elles ne sont pas un traitement de choix contre l’anxiété et leur prescription doit être limitée», insiste le psychiatre.

Prévenir les rechutes grâce à la méditation

Des événements de vie difficiles peuvent réactiver une anxiété. Pour prévenir la rechute, les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) proposent un programme pour apprendre à mieux reconnaître l’anxiété.

«Même après un traitement, il peut y avoir une anxiété résiduelle et une tendance à s’inquiéter. Grâce à la méditation de pleine conscience, les personnes apprennent à ne pas se laisser emporter dans les mécanismes de la maladie, tels que l’évitement », déclare Paolo Cordera, psychologue au sein du programme troubles anxieux des HUG. Au travers de neuf séances, intégrant des éléments de psychothérapie cognitive, de psychoéducation et de méditation, les participants et participantes apprennent à reconnaître les attitudes anxieuses et à revenir à la sérénité du moment présent, sans jugement. Mais aussi à ne pas surréagir lorsque le système d’alerte se déclenche. «Les pensées influencent notre ressenti. L’anxiété se nourrit de fantasmes. L’approche proposée consiste à en prendre conscience et à revenir à la réalité», explique Frédérique Tettamanti, infirmière spécialisée en psychiatrie et instructrice du programme des HUG. Au fil de différentes expériences, chacun et chacune est invitée à évaluer son degré d’anxiété, ses effets physiques et psychiques et ses ressources pour y faire face. Il s’agit, au fond, de sortir des pensées automatiques pour être plus présent et présente à soi-même et aux émotions qui nous traversent dans le but de gérer autrement les moments d’angoisse. Un programme au terme duquel les personnes parviennent à mieux reconnaître l’anxiété et ses rouages, et à en faire leur cartographie personnelle.

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Article repris du site  pulsations.swiss

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