La chirurgie pour les nez à problèmes

Dernière mise à jour 11/07/18 | Article
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En cas de gênes esthétiques ou respiratoires, la chirurgie du nez peut améliorer les choses.

Droit, bien proportionné et symétrique, en trompette, ou à l’inverse épaté, aquilin ou bossu, le nez a, sur le visage, l’art de se faire remarquer. Ses défauts, qu’ils soient esthétiques ou fonctionnels, peuvent être corrigés grâce à la chirurgie. Il existe plusieurs cas de figure. Celui d’abord des personnes qui n’aiment pas l’apparence de leur nez, voire qui ont un vrai complexe. La rhinoplastie permet de remodeler un nez jugé disgracieux par son propriétaire: ablation d’une bosse, correction de la déviation nasale, nez trop grand ou pointe du nez perçue comme inélégante sont les plaintes les plus courantes. Il arrive aussi qu’un traumatisme ait provoqué une déformation du nez. On peut alors recourir à la chirurgie esthétique reconstructive. «Nous voyons les patients à deux reprises pour bien comprendre leurs motivations et s’assurer que la demande ne cache pas de souffrance psychologique importante», explique la Dre Eva Rüegg, chirurgienne plastique aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Un visage harmonieux

Le saviez-vous ?

Lorsqu’on regarde son nez ou celui des autres, on n’imagine pas la complexité de cet organe, dont on ne voit que la partie visible. En réalité, le nez renferme entre 150 et 200 structures internes différentes. Celles-ci assurent à l’organe ses fonctions respiratoires et olfactives. Il faut voir notre nez comme un filtre qui conditionne l’air (10’000 litres par jour) que l’on inspire et qui le prépare à pénétrer dans notre organisme. L’air est d’abord nettoyé de ses impuretés (poussières, particules, etc.), il est ensuite humidifié au contact des muqueuses, puis réchauffé pour être à la température du corps. Mais le nez a aussi des fonctions sensorielles. Il permet bien sûr de percevoir les odeurs, mais aussi les saveurs. Car nous ne pouvons sentir et reconnaître les goûts que si l’olfaction fonctionne !

Lors de la consultation, il s’agit d’évaluer le caractère réaliste des attentes exprimées: «Il faut rester dans les limites du faisable. Nous tenons aussi à bien informer nos patients des conséquences d’une telle intervention, la rhinoplastie changeant inévitablement le visage», souligne la spécialiste. «J’étais adolescente, alors les chirurgiens ont d’abord vérifié que ce n’était pas une envie soudaine. Ils ont été d’accord d’enlever ma bosse, mais m’ont prévenue qu’un trop grand changement risquait d’être difficile à accepter», raconte Marina, qui a un nouveau nez depuis cinq ans. Pour faciliter la discussion préopératoire, les chirurgiens font des simulations sur photo ou à l’aide animations sur ordinateur. Le nez doit rester en harmonie avec la physionomie du visage.

L’intervention, technique, exige une grande précision: «le nez est au centre du visage, et la peau qui recouvre le cartilage est fine, explique la chirurgienne. Aussi, il s’agit d’être le plus conservateur possible pour assurer le côté fonctionnel du nez et pour qu’il vieillisse bien». Finis donc les petits nez américains en trompette, signes d’une chirurgie ablative.

Les complications (saignements, hématomes, infections) existent, mais sont rares. Eva Rüegg recommande par ailleurs de s’adresser à un chirurgien au bénéfice d’une spécialisation FMH en chirurgie plastique, reconstructive et esthétique, et qui a une pratique régulière. La phase post-opératoire nécessite une antalgie et des soins locaux pour soigner les cicatrices (internes ou externes selon la technique chirurgicale). «Les suites postopératoires durant les premiers jours peuvent être douloureuses avec la présence de mèches dans le nez, d’un plâtre, des bleus et d’œdèmes», poursuit-elle. Il faut d’ailleurs patienter plusieurs mois avant que le nez prenne sa forme définitive et que les gonflements disparaissent.

Opérer pour mieux respirer

Un remodelage peut aussi être pratiqué en complément d’une septoplastie, c’est-à-dire une chirurgie fonctionnelle qui vise à corriger les dysfonctionnements du nez. «Dans de nombreux cas, l’obstruction nasale est due à une déviation –le plus souvent congénitale, plus rarement consécutive à un traumatisme– de la cloison nasale. Cette déviation entraîne des difficultés pour respirer par le nez qui peuvent être très gênantes, notamment lors de la pratique d’un sport», explique le Dr Marco Delmi, spécialiste ORL et médecin agréé au Groupement hospitalier de l’Ouest lémanique (GHOL). Il arrive aussi que la gêne respiratoire soit due à des cornets inférieurs (sortes de cylindres qui filtrent l’air) hypertrophiés. «L’intervention, qui peut être combinée à la septoplastie, consiste alors à diminuer leur volume pour améliorer la circulation de l’air». Contrairement à la rhinoplastie, il n’y a quasiment pas de douleurs post-opératoires ni d’hématomes visibles au niveau du visage et les mèches sont enlevées le lendemain de l’intervention. «Pour que le patient soit satisfait du résultat, l’indication opératoire doit être bien posée en tenant précisément compte des plaintes exprimées par ce dernier», souligne le Dr Delmi.

«J’ai l’impression d’être une enfant de 8 ans qui découvre le monde»

Coline, 28 ans

«Ma vie a clairement changé. J’ai enfin pu reprendre une vie normale». Depuis qu’elle a subi sa chirurgie du nez, Coline revit. C’était il y a près de deux ans, aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), après plusieurs années d’«errance médicale». «J’ai dû voir beaucoup d’ORL avant d’être prise au sérieux. On me disait souvent que la déformation de mon nez n’était pas suffisante pour intervenir, alors que j’étais très gênée dans ma respiration. En hiver, lorsque j’avais le rhume, j’étais obligée d’inspirer par la bouche. Au printemps aussi, j’avais constamment le nez bouché. Lors d’une consultation aux HUG, le médecin a pu constater, avec un simple miroir, que l’air passait plus facilement dans une narine que dans l’autre et il a accepté de m’opérer». Le mauvais fonctionnement de son nez est lié, selon Coline, à plusieurs traumatismes. «Enfant, je suis tombée dans les escaliers et mon nez s’est abîmé au niveau du cartilage. Depuis cet événement, j’ai eu une bosse assez prononcée. Ensuite, la pratique sportive et le fait de m’être pris les portes du train plusieurs fois sur la figure n’ont pas amélioré les choses». En effet, sa cloison nasale, enfoncée et déviée, l’empêche de respirer correctement et la prive d’un grand nombre de sensations olfactives. «Aujourd’hui, je découvre de nouvelles odeurs», se réjouit-elle.

Son visage, lui, n’a pas énormément changé, mais juste assez pour lui redonner un visage harmonieux: «L’aspect esthétique était secondaire, mais cela a été un gros bonus de l’opération, reconnaît-elle. Je ne voulais pas un autre nez, juste le même nez sans la bosse». Une intervention que la jeune femme était impatiente de subir. Si le premier réveil a été difficile, cela en valait la peine. «Lorsque j’ai vu le résultat, une semaine et demie après, j’ai eu les larmes aux yeux. J’ai pleuré de pouvoir respirer à nouveau. Cette sensation est indescriptible», conclut-elle.

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Paru dans le Quotidien de La Côte le 06/06/2018.

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