De petits accidents dans la culotte

Dernière mise à jour 15/01/13 | Article
De petits accidents dans la culotte
Une femme sur quatre a déjà souffert au moins une fois d’incontinence. Vite oubliées pour certaines, vraiment gênantes pour d’autres, les fuites urinaires ne sont pas de ces sujets dont on aime parler. Pourtant, des solutions efficaces existent pour y remédier. Et si on levait le voile ?

Il n’y a pas que les enfants qui mouillent leur culotte. L’incontinence urinaire touche également les adultes, et notamment les femmes. Il s’agit même d’un symptôme relativement fréquent dans cette population, puisqu’environ une femme sur quatre a eu au moins un épisode d’incontinence dans sa vie. Contrairement aux idées reçues, l’incontinence n’est pas l’apanage des femmes mûres. Certes, les plus de cinquante ans sont les plus sujettes, mais les trente à quarante ans ne sont pas épargnées. Taboue l’incontinence? C’est en tout cas un sujet délicat à aborder, alors qu’il existe des traitements efficaces pour y remédier (lire plus bas).

Si le problème est fréquent, la gêne occasionnée par ces fuites involontaires est en réalité variable selon les femmes, comme l’explique le Dr Chahin Achtari, médecin chef du service de gynécologie du Centre hospitalier universitaire vaudois à Lausanne (CHUV): «Certaines femmes chez qui c’est occasionnel s’en accommodent et n’en parlent pas forcément à leur médecin. Chez 10% d’entre elles en revanche, les fuites altèrent la qualité de vie, pour des raisons à la fois sociales et d’hygiène. Dans ce cas, il est important qu’elles consultent un médecin. Lorsqu’on ne peut plus sortir sans savoir où on pourra aller aux toilettes ou si on abandonne les activités qui supposent un effort physique, parce qu’elles pourraient entraîner des pertes d’urine, alors c’est problématique», relève le spécialiste.

Qu’est-ce qui m’arrive?

L’incontinence est un terme général qui recouvre en réalité plusieurs types de causes, dont les deux principales sont:

L’incontinence dite «d’effort » ou «de stress»

Physiologiquement, l’incontinence d’effort est liée à un défaut de la fonction de l’urètre, le canal par lequel l’urine s’écoule. En temps normal, ce muscle reste fermé et résiste aux pressions qui s’exercent sur le périnée et la vessie. Il s’ouvre «à la demande» lorsqu’on va aux toilettes. Lorsque le muscle est affaibli ou qu’il a perdu ses attaches ligamentaires, l’augmentation de la pression sur la vessie entraîne des fuites urinaires  involontaires. Un simple éternuement, un fou rire, le soulèvement d’une charge suffisent à l’écoulement de quelques gouttes.

L’incontinence d’urgence

Chez une femme sans problème particulier, la vessie se contracte une fois pleine pour la vidange. Mais dans le cas d’une incontinence d’urgence, la vessie souffre d’instabilité et se contracte inopinément, même si elle n’est pas pleine. Les personnes qui ont une vessie hyperactive ont de la peine à retenir leurs urines et ont des besoins urgents. Elles doivent aller aux toilettes fréquemment, parfois tous les quart d’heure. Chez certaines, ces urgences s’accompagnent de fuites.

L’incontinence mixte

Dans certains cas, en particulier chez les femmes âgées, on observe un mélange des symptômes, soit des besoins irrépressibles, accompagnés de fuites lors d’un effort.

Pourquoi est-ce que j’ai des fuites?

Les causes de l’incontinence d’effort

Avec l’âge, l’urètre, le tube musculaire par lequel s’écoule l’urine, s’affaiblit naturellement. Sa résistance et sa tonicité diminuant, il est moins résistant aux pressions dues à l’effort. D’autres facteurs de risque peuvent contribuer à cet affaiblissement: la grossesse, l’accouchement par voie basse, l’utilisation de forceps, la répétition des accouchements, accoucher d’un gros bébé, mais aussi la toux chronique, la constipation chronique et le surpoids, notamment.

Les causes de l’incontinence d’urgence

Dans la majorité des cas, on ne connaît pas la cause de l’incontinence d’urgence. Toutefois, on observe que cette hyperactivité de la vessie touche davantage les femmes mûres. L’âge est donc l’un des facteurs de risque, au même titre que des problèmes d’énurésie durant l’enfance ou une acquisition tardive de la propreté. Dans de rares cas, une maladie neurologique sous-jacente explique la présence de ce symptôme.

A qui en parler?

Les symptômes d’incontinence peuvent être abordés chez le gynécologue ou chez le médecin de famille. Ce dernier adressera sa patiente à un spécialiste (gynécologue ou urologue) qui travaillera en collaboration avec d’autres thérapeutes (physiothérapeute par exemple).

Comment me soigner?

Le traitement dépend du type d’incontinence et de la sévérité des symptômes.

Des séances de physiothérapie sont généralement prescrites en première intention dans le but de tonifier les muscles du plancher pelvien et de mieux contrôler sa vessie. Cette rééducation peut se faire par le biais de plusieurs techniques: les exercices de Kegel, le Biofeedback (introduction d’une sonde vaginale pour évaluer l’efficacité des contractions), l’électrostimulation (envoi de stimulations électriques pour provoquer des contractions des muscles du périnée). La nature des exercices dépend du type de symptômes. Dans le cas de l’incontinence d’effort, ils visent à renforcer la contraction musculaire pour éviter les fuites involontaires.

Dans le cas de l’incontinence d’urgence, la rééducation vésicale vise à pouvoir retarder la miction et éviter ainsi les besoins urgents. La prescription de médicaments (anticholinergiques), qui agissent sur les contractions anarchiques de la vessie, peut compléter le traitement de physiothérapie. Dans certains cas, le médecin prescrira l’application d’œstrogènes locaux pour renforcer les tissus, qui ont tendance à s’affaiblir avec l’âge et avec la survenue de la ménopause.

La chirurgie

En cas d’échec de la rééducation périnéale, le recours à la chirurgie sera envisagé. La pose de bandelettes par voie vaginale permet de soutenir l’urètre et d’améliorer la continence à l’effort. Les résultats sont durables, mais pas chez toutes les patientes. D’autres techniques existent, par exemple une suspension du col vésical ou des injections au niveau du sphincter urétral pour augmenter sa résistance.

L’injection de toxine botulique (connue sous le nom deBotox) dans la couche musculeuse de la vessie (le détrusor) permet de réduire la contractivité de cette dernière, à cause de l’effet paralysant de cette substance sur les tissus. Si la technique est efficace, ses résultats ne sont pas toujours durables. Le cas échéant, une nouvelle injection sera nécessaire. Plusieurs études ont démontré que le succès de cette méthode était comparable à la prise d’anticholinergiques.

Conseils

Comment prévenir les problèmes d’incontinence?
  • Préférer les sports doux (vélo, marche, natation) aux sports qui entraînent des chocs (course à pied, etc.).
  • Eviter les boissons irritantes (thé, café, boissons gazeuses) qui augmentent la réactivité de la vessie et donc les contractions.
  • Remédier au surpoids car l’excès pondéral augmente la pression sur la vessie et la zone pelvienne.
  • Renoncer au tabac, mauvais pour la santé et irritant pour la vessie.
  • Prévenir la constipation pour diminuer les efforts sur le plancher pelvien.

Le sport rend-il incontinent?

Généralement bon pour la santé, le sport n’a pas que des effets bénéfiques sur le corps. Une pratique intensive peut favoriser la survenue de problèmes d’incontinence d’effort surtout, comme l’explique le Dr Chahin Achtari, médecin chef du service de gynécologie du Centre hospitalier universitaire vaudois à Lausanne (CHUV): «Lors d’un effort physique, il se produit une augmentation de la pression sur la paroi abdominale et le plancher pelvien. Si la paroi abdominale est très musclée, c’est le plancher pelvien qui absorbe la plus grande partie de la pression et des chocs. L’augmentation répétée d’une telle pression va affaiblir la zone du périnée.» A cet égard, la course à pied, l’équitation, l’athlétisme, la gymnastique pratiqués de manière intensive sont les plus à risque. La pratique d’une activité douce, qui n’implique ni soulèvement de charge ni choc (marche, natation, vélo par exemple), peut être recommandée. De même qu’un espacement des entraînements.

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