Coup d’accélérateur pour la médecine personnalisée

Dernière mise à jour 02/07/17 | Article
Coup d’accélérateur pour la médecine personnalisée
Avec l’ouverture du premier centre de génomique de Suisse à Genève, l’arc lémanique mérite plus que jamais le surnom de «Health Valley». Equipé de séquenceurs à haut débit ultraperformants, le centre doit répondre à la demande exponentielle de décryptages d’ADN et accélérer l’avènement de la médecine individualisée.

La santé est à l’aube d’une révolution. La connaissance de l’ADN joue un rôle croissant en médecine. Dans un très proche avenir, le traitement de pathologies comme les cancers, le diabète, voire l’obésité, passera par la lecture du code génétique du patient, de sa tumeur ou de sa flore intestinale. Certains scientifiques affirment que le décodage du génome –soit l’ensemble du matériel génétique d’un individu– pourrait même devenir dans une dizaine d’années un examen de routine, à l’instar des prises de sang.

«Big data»

Cette masse d’informations va venir grossir le flot mouvant et dynamique des données numériques produites en quantités massives par la société: le fameux «big data». Ce dernier forme peu à peu un reflet virtuel du monde réel. Constituant un véritable pendant numérisé de millions d’individus, il comprend leurs paramètres biologiques, données de santé, déplacements, comportements sociaux, habitudes alimentaires, données environnementales, etc.

L’ADN numérisé de populations entières sera ainsi intégré à un univers digital structuré, calculable et configurable à volonté. Cette perspective ouvre un champ d’expérimentation totalement nouveau, d’une richesse inouïe et à la portée des clics des scientifiques du monde entier. C’est de là que pourra émerger, dans les années à venir, une pratique médicale personnalisée et prédictive, selon les spécialistes.

Arc lémanique à l’avant-garde

En créant, au Campus Biotech à Genève, le plus important centre de génomique de Suisse, l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), l’Université de Genève (UNIGE) et les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) se situent résolument à l’avant-garde de cette révolution. En effet, si le centre doit répondre à la demande croissante de séquençages d’ADN, son objectif est également de favoriser l’avènement de la médecine de précision, pierre angulaire de la santé personnalisée. «Le centre a aussi pour mission d’élaborer des méthodes d’analyse de données, de mener des projets de recherche translationnelle et de former des chercheurs et des cliniciens dans ces nouvelles disciplines. Un clinical board, composé de délégués de chaque hôpital universitaire suisse, assure la validité tant des méthodes que des équipements», souligne le Pr Manolis Dermitzakis, directeur du centre de génomique et professeur de génétique à la Faculté de médecine de l’UNIGE.

ADN et ARN

Dès cet été, les séquenceurs du centre de génomique vont décrypter quelque 60 à 80 génomes entiers en moins d’une semaine. «Les services médicaux ne vont pas pour autant renoncer au séquençage de gènes spécifiques. Il est question ici de très gros volumes et de génomes entiers. A noter que le centre analysera également l’ADN des tissus cancéreux et du microbiote, soit les micro-organismes dont les individus sont porteurs», précise le Pr Denis Hochstrasser, chef du département de médecine génétique et de laboratoire aux HUG et vice-recteur à l’UNIGE.

Ethique pas oubliée

Les aspects éthiques n’ont pas été oubliés, précise le Pr Jacques Fellay, professeur à l’EPFL et au CHUV et codirecteur du centre de génomique: «Nous voulons aussi nous assurer que chaque étape vers une médecine plus précise, intégrant le décryptage du génome individuel, bénéficie aux patients, respecte le cadre légal en vigueur et s’inscrit dans un dialogue permanent avec la société.»

Futur leader européen

A terme, le centre de génomique de Genève va employer au moins une quarantaine de collaborateurs, dont une quinzaine de bioinformaticiens. De plus, il coordonnera les travaux de centaines de cliniciens et chercheurs de Suisse pour faire progresser la recherche et la pratique clinique en matière de génomique. Hub national en génomique, il a pour ambition de devenir un leader en Europe dans ce domaine. Son lancement a bénéficié de l’important soutien financier d’une fondation genevoise.

______

Article repris du site  pulsations.swiss

A LIRE AUSSI

Génétique
Génétique: nous n'héritons pas de nos quatre grands-parents de la même manière

Génétique: nous n'héritons pas de nos quatre grands-parents de la même manière

De quoi notre identité génétique est-elle faite? La réponse la plus simple serait «de notre famille»....
Lire la suite
Don du sang
L’ABC des groupes sanguins

L’ABC des groupes sanguins

Que signifient les lettres et les signes qui désignent notre groupe sanguin? Combien y en a-t-il? Les...
Lire la suite
Caisse et assurance maladie
Chirurgie de l’obésité: quelle prise en charge par l’assurance de base?

Chirurgie de l’obésité: quelle prise en charge par l’assurance de base?

La chirurgie de l’obésité est prise en charge par l’assurance-maladie de base à certaines conditions....
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
genetique_expliquer_complexite

Génétique: expliquer simplement la complexité

Reconnue dès les années 1970 aux États-Unis, la profession de conseiller en génétique ne compte encore que huit représentants en Suisse romande. Présidente de l’Association suisse créée en 2016 et conseillère au Service de médecine génétique des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), Anne Murphy estime que ce métier va connaître un fort développement dans les années à venir.
genetique_service_cancers

La génétique au service des cancers

Les cancers sont des maladies génétiques, car ils résultent d’une atteinte de certains gènes dans les cellules tumorales.
Big data: pour le meilleur et pour le pire

Big data: pour le meilleur et pour le pire

Les données, désormais produites en masse, sont à l’origine de l’essor de la médecine personnalisée.
Videos sur le meme sujet

Big data: que doit-on savoir? Faut-il en avoir peur?

De plus en plus de données sont accumulées dans les instituts de recherche et les hôpitaux, avec la promesse de pouvoir les exploiter pour améliorer des soins de santé et la compréhension des maladies.

Qu'est-ce que le génome humain?

Tous les êtres humains sur la terre ont un génome, aussi appelé patrimoine génétique.

Comment décode-t-on le génome?

Moins de trois minutes pour comprendre comment on peut séquencer l'ADN d'un individu grâce à sa salive, à son sang ou à son tissu musculaire.