Hypertension artérielle: une page se tourne!

Dernière mise à jour 26/10/12 | Article
Hypertension artérielle: une page se tourne!
L'industrie pharmaceutique n'a plus de nouvelles molécules pour traiter l'hypertension artérielle. Sous diagnostiquée, elle est pourtant un fléau tenace dans les pays occidentaux. Comment faire face? Réponses des professeurs Michel Burnier, Bernard Waeber et Antoinette Péchère-Bertschi.

Le petit monde de l’hypertension vit actuellement un tournant décisif. Après des années florissantes pendant lesquelles de nouvelles classes de médicaments antihypertenseurs ont été développées et mises à disposition des praticiens, nous assistons aujourd’hui à un changement important: les grandes compagnies pharmaceutiques se retirent progressivement du marché de l’hypertension, peu de nouvelles molécules innovatrices sont en phase avancée de développement et les génériques gagnent leur place au fil des ans. Il est donc évident que pour les années futures, nous devrons faire avec ce que nous avons et qu’il est temps d’innover d’une autre manière pour continuer d’améliorer la prise en charge des patients hypertendus!

Car, le constat de l’activité dans le domaine de l’hypertension reste mitigé et ne s’est guère amélioré ces dernières années. Plusieurs enquêtes suisses nous le confirment: un grand nombre de patients hypertendus ne sont pas diagnostiqués ou pas traités et, lorsqu’ils le sont, seul un patient sur deux a une pression normalisée. Ces chiffres ne sont pas propres à la Suisse et correspondent grosso modo à ce que l’on retrouve dans les pays environnants comme la France ou l’Italie. Ces derniers se sont cependant fixé des objectifs ambitieux pour les années à venir, soit 75% des patients hypertendus avec une pression artérielle normale en 2015. La Suisse devrait suivre l’exemple car elle en a également les moyens.

Mais que faire pour améliorer la prise en charge des patients hypertendus? Plusieurs pistes existent. Améliorer le dépistage de l’hypertension implique de mesurer la pression artérielle de sujets qui ne vont pas nécessairement chez le médecin et qui ne souffrent d’aucun symptôme. Ceci ne peut être réalisé que dans le cadre des activités des ligues de santé et des fondations de prévention qui pourraient être plus actives dans le domaine de l’hypertension artérielle. Améliorer le suivi des patients passera aussi par la collaboration avec les autres partenaires de santé comme les pharmaciens ou les infirmières à domicile. La situation suisse est telle que nous manquons de médecins généralistes et ces derniers doivent se battre sur tellement de fronts simultanés qu’il sera difficile de leur demander de faire plus dans le domaine de l’hypertension artérielle. D’autres pays, comme le Canada, qui manquent également de médecins généralistes, ont résolu une partie du problème en collaborant avec les pharmaciens et les infirmières, avec de très bons résultats. Cela implique cependant de gros efforts de formation (apprentissage de la mesure de la TA…) de collaboration et de respect mutuel dans l’intérêt du patient.

Certains verront peut-être le futur de l’hypertension artérielle dans les nouvelles technologies telles que la dénervation rénale ou la stimulation du baroréflexe carotidien qui sont au centre des discussions dans tous les congrès d’hypertension depuis deux ans. Si ces techniques sont prometteuses, en particulier la dénervation rénale, il est bon de rappeler qu’elles ne sont aujourd’hui réservées qu’aux cas d’hypertension artérielle résistant au traitement, ce qui représente environ 10 à 15% des patients hypertendus. En outre, la dénervation rénale nécessite un bilan préinterventionnel conséquent et un suivi régulier après l’intervention, car la majorité des patients dénervés ont encore besoin de médicaments pour maîtriser leur pression. Enfin, il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un traitement très coûteux. Il est possible que dans le futur, cette technique s’ouvre à d’autres indications que l’hypertension résistante mais pour cela nous avons besoin d’études cliniques prospectives et contrôlées bien conduites. Mais gare aux mirages, car il est peu probable que ces nouvelles techniques résolvent tous nos problèmes d’hypertension.

Dénervation rénale: Le traitement consiste à interrompre l’activité des nerfs à destinée rénales par application de courant électrique de faible intensité contre la paroi des artères rénales. Cette action sur l’activité nerveuse rénale peut entraîner une diminution de la tension artérielle.

Baroréflexe: La stimulation des récepteurs dans la carotide (baroréflexe) par une augmentation de la pression dans la carotide provoque une stimulation du nerf vague responsable d’une diminution de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle.

Source

Revue médicale suisse, n° 353, septembre 2012.

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