Expériences de mort imminente: ce qu’en disent la médecine et la science

Dernière mise à jour 25/11/14 | Article
Expériences de mort imminente: ce qu’en disent la médecine et la science
Une large étude scientifique internationale éclaire d’une nouvelle manière les derniers instants des personnes qui «reviennent à la vie».

C’est une étude sans précédent. Elle vient d’être publiée dans la revue spécialisée Resuscitation1et relayée par le site médical Medscape2. Dénommée AWARE (pour AWAreness during REsuscitation), elle visait à analyser scientifiquement les états de conscience et les expériences dites «de mort imminente» (Near Death Experience – NDE). Cette expression désigne un ensemble de «visions» et «sensations» consécutives à une mort clinique. Les témoignages disponibles évoquent souvent la «sortie du corps», le «déroulement de sa propre existence à vitesse accélérée», la «vision d’un tunnel», d’une «lumière», et/ou le ressenti d’un «sentiment d'amour infini, de paix et d’union».

Discussions sur les hallucinations

L’étude a été dirigée par le Dr Sam Parnia (Université de l’Etat de New York, Stony Brook) Elle a été menée dans cinq hôpitaux situés au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en Autriche. Elle a inclus 330 «arrêts cardiaques ressuscités», dont 140 ont pu être correctement étudiés. Les patients (des hommes à 67%) étaient âgés en moyenne de 64 ans (avec des écarts allant de 21 à 94 ans). Chacun a été interrogé sur ses souvenirs du moment de l’arrêt cardiaque et de la réanimation qui s’en est suivie.

Ce travail vient, après d’autres, bouleverser des données tenues pour acquises quant à la définition de la mort associée à l’arrêt des fonctions cardiaque et cérébrale. L’équipe du Dr Parnia montre, à travers l’analyse des témoignages recueillis, que 39% des personnes concernées étaient en quelque sorte «éveillées» pendant leur arrêt cardiaque. De plus, les sensations visuelles et auditives qu’elles décrivent ne semblent pas être des hallucinations. Enfin, l’état de «conscience» semble pouvoir perdurer jusqu’à trois minutes après l’arrêt cardiaque.

Echappement des souvenirs

Selon les résultats d’un premier entretien, 85 des 140 patients «ont rapporté n’avoir aucun souvenir ni conscience de quoi que ce soit pendant leur épisode d’arrêt cardiaque. Et bien qu’aucun signe clinique d’un quelconque état de conscience n’ait été rapporté (pas de réponse motrice ni verbale à la douleur, yeux clos et score de Glasgow de 3/15)»2, les 55 patients restants ont décrit une sensation ou un souvenir, sans toujours pouvoir formuler précisément de quoi il s’agissait.

«Cela suggère que davantage de personnes pourraient, le cas échéant, avoir une activité mentale mais que leurs souvenirs leur échappent, soit en raison de lésions cérébrales consécutives à l’accident, soit en raison de l’effet délétère de la sédation sur la mémoire», commente le Dr Parnia3.

Souvenirs en détail

Plus tard, les chercheurs ont réinterrogé 101 patients sur les 140 participants à l’étude. Parmi les 85 personnes qui avaient déclaré ne pas avoir des souvenirs de l’arrêt cardiaque ont maintenu leurs versions.

Parmi les autres participants:

  • 9 ont rapporté «des "sensations" compatibles avec ce qui est décrit lors des NDE (lumière, impression de bien-être, etc.)»;
  • 46 «ont évoqué des souvenirs précis mais sans rapport avec les descriptions classiques des NDE»;
  • 2 «ont été capables de décrire l’épisode de l’arrêt cardiaque et de la réanimation avec des détails visuels et auditifs précis»2.

Hors de son corps

Le témoignage de l’un de ces deux patients est pour le moins surprenant. «Cet homme de 57 ans affirme être sorti de son corps et avoir observé la scène depuis un coin du plafond, résume le site internet Medscape. Il a décrit de façon précise les faits et gestes de l’équipe médicale, de même que l’utilisation du défibrillateur automatisé externe (DAE), dont il dit avoir entendu deux bips consécutifs. Fait étonnant: la description de la scène (y compris les paroles prononcées lors de la réanimation et la description physique de certains intervenants) rapportée par ce patient a été corroborée par l’équipe médicale. Plus surprenant encore: les deux bips du DAE "entendus" par ce patient ont permis d’évaluer la durée du phénomène de sortie de corps à trois minutes.

»Pour le Dr Parnia, "ce témoignage est d’autant plus significatif que, jusqu’à présent, les expériences en relation avec l’état de mort sont assimilées à des hallucinations qui surviendraient juste avant l’arrêt cardiaque ou lorsque le cœur repart à l’occasion d’une réanimation réussie. Dans le cas [de ce patient], une conscience de ce qui s’est passé a été mise en évidence pendant une période de trois minutes où le cœur était à l’arrêt. Ceci est d’autant plus paradoxal que le cerveau cesse de fonctionner dans les vingt à trente secondes qui suivent l’arrêt du cœur et que son activité ne redémarre pas tant que le cœur n’est pas reparti. De plus, les souvenirs précis, notamment visuels, de ce cas étaient totalement cohérents avec les événements réels."»2

Etudes à poursuivre

Pour son directeur, cette étude (la plus vaste à ce jour sur les near death experiences) «ne permet pas de conclure à la réalité ou à la signification des expériences d’éveil rapportées par certains patients, en raison de la trop faible incidence du phénomène de souvenirs visuels (2%). Mais elle ne permet pas non plus de les désavouer et requiert de poursuivre les études dans ce domaine.»

Selon ses auteurs, l’étude permet d’avoir de nouvelles informations sur ces NDE. «Contrairement à ce que nous pensons, la mort ne serait pas un instant donné, mais un processus potentiellement réversible», conclut Sam Parnia.

_________

1. Un résumé (en anglais) de la publication de Resuscitationest disponible ici.

2. Lire l’article de Stéphanie Lavaud, «Arrêt cardiaque: une étude objective les expériences de mort imminente», Medscape.

3. Une synthèse des résultats (toujours en anglais) faite par l’Université de Southampton est disponible ici.

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