Le risque d’AVC est-il plus élevé chez les personnes souffrant de migraines?

Dernière mise à jour 20/06/14 | Article
Le risque d’AVC est-il plus élevé chez les personnes souffrant de migraines?
Des chercheurs américains mettent en évidence l’existence de petites lésions cérébrales «silencieuses» chez les personnes migraineuses. Que faut-il en conclure?

Des crises répétées de migraines peuvent-elles ou non avoir des conséquences vasculaires cérébrales? C’est une question que se sont souvent posée les personnes qui souffrent de ces «orages vasculaires». D’autant plus que les accidents vasculaires cérébraux (AVC) frappent de plus en plus tôt. En Suisse, ils représentent la troisième cause de mortalité –et la première cause d’invalidité acquise après l’âge de 60 ans.

Au vu de ces chiffres, un grand nombre de chercheurs s’intéresse aux facteurs de risque des AVC. Depuis plusieurs années, différentes équipes ont pointé du doigt la migraine (sans pouvoir véritablement arriver à une conclusion).

Mal de tête ou véritable migraine?

Il ne suffit pas de souffrir de maux de tête pour être migraineux. Tout comme les spécialistes de neurologie, l’Organisation mondiale de la santé établit une distinction claire entre la véritable migraine et la simple «céphalée de tension». Cette dernière est de loin la plus répandue (selon l’OMS, plus de 70% de la planète en souffre de manière épisodique). La véritable migraine ne touche que 15% de la population mondiale. La douleur d’une «céphalée de tension» est différente de celle d’une céphalée migraineuse: plus diffuse qu’en cas de migraine, elle est aussi continue et non pulsatile, d’une intensité faible ou moyenne et sans signes digestifs associés.

Dans le cas des AVC, les chercheurs s’intéressent à un type particulier de migraines, celles dites «avec aura». De quoi s’agit-il? On estime qu’environ une personne sur cinq qui souffre de migraine observe la présence d'une «aura» immédiatement avant l'apparition des maux de tête. Ces «auras» sont des effets visuels qui peuvent prendre la forme d'éclairs lumineux, de lignes aux couleurs vives ou d'un dédoublement de la vue. Dans certains cas, la personne se sent affaiblie ou éprouve des difficultés d'élocution. Ces symptômes disparaissent le plus souvent après 15 ou 30 minutes pour être remplacés par des douleurs constrictives et, dans certains cas, des nausées graves.

Doublement du risque

C’est dans ce contexte qu’il faut replacer la nouvelle étude publiée dans Stroke,  revue de l’Americain Heart Association(1). Ce travail a été mené par un groupe de médecins et de chercheurs américains dirigés par le Dr Teshamae Monteith, spécialiste de neurologie à l’Université de Miami. Les auteurs se sont tout particulièrement intéressés aux infarctus cérébraux silencieux (ICS): petits AVC d’origine ischémique (blocage d’une artère par un caillot) qui ne provoquent aucun symptôme mais qui sont néanmoins détectables à l'imagerie cérébrale. Ces AVC silencieux sont un facteur de risque reconnu d’AVC symptomatiques ultérieurs.

L’étude a été réalisée à partir des données de la Northern Manhattan Study, réunissant 3228 volontaires. Parmi eux, 546 participants ont été étudiés, âgés en moyenne de 71 ans: 104 personnes à antécédents de migraine et 442 témoins. Les chercheurs ont comparé les données d’imagerie par résonance nucléaire fonctionnelle, et ils expliquent observer un doublement des ICS chez les participants migraineux. L’aura n’y est toutefois pas nécessairement associée.

Exercice physique et alimentation équilibrée

«Le risque d'AVC ischémique chez les personnes souffrant de migraine reste faible, résume le Dr Teshamae Monteith. Toutefois, les patients qui souffrent de migraines et présentent des facteurs de risque vasculaires doivent respecter un mode de vie qui réduit le risque d'AVC, c’est-à-dire, pratiquer de l'exercice et suivre un régime alimentaire faible en graisses et riche en fruits et légumes». Autant de recommandations qui recoupent les conseils prodigués aux migraineux pour éviter les crises.

Le fait de soigner sa migraine pourrait-il permettre de repousser les risques d’AVC? L’étude publiée dansStroke pose effectivement la question de l’opportunité d’un traitement préventif pour réduire le nombre et la gravité des migraines, de manière, autant qu’il est possible, de réduire le risque d'accident vasculaire cérébral ou d’infarctus cérébral silencieux. C’est le prochain objectif des auteurs: étudier l’effet du traitement sur ​​la réduction du risque.       

(1) Un résumé (en anglais) de cette étude est disponible ici.

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