Cancers du sein: les nouvelles stratégies anti-métastases

Dernière mise à jour 12/06/12 | Article
Femme se tenant un sein
«Avoir plusieurs fers au feu». Voilà une expression qui est en train de prendre tout son sens en cancérologie. La démonstration vient d’en être apportée par de nombreux travaux scientifiques présentés à San Antonio du 7 au 10 décembre 2011. C’est dans cette ville que s’est tenue la 34ème édition du San Antonio Breast Cancer Symposium (SABCS), le plus important des congrès consacrés aux cancers du sein.

Traiter un cancer ne se résume plus à tenter de détruire la tumeur. C’est aussi s’attaquer à l’environnement proche de cette tumeur, et tout particulièrement aux cellules de défense du malade qui facilitent la dissémination de l’affection. On constate, en effet, que les cellules cancéreuses bénéficient de « complicités » plus ou moins voulues de la part de nombreux éléments de notre système de défense. C’est particulièrement vrai dans le cadre de l’essaimage de cellules tumorales à partir de la lésion d’origine, ce qu’on appelle des métastases.

De nombreux événements se produisent dans l’environnement immédiat de la tumeur ; à commencer par des signes d’inflammation chronique. Il y a aussi un remodelage des structures voisines, avec fragilisation de barrières naturelles. Enfin les vaisseaux sanguins et lymphatiques sont le siège d’une intense activité. Ces tissus inflammatoires sont infiltrés par des globules blancs, surtout des lymphocytes et des macrophages. Normalement ces globules blancs participent à la défense de l’organisme. Ils devraient donc n’avoir de cesse d’attaquer le processus cancéreux. Or on sait qu’ils font quasiment le contraire ! Priorité doit donc être donnée à la chasse à ces traitres !

Aujourd’hui les recherches ciblent tout particulièrement les macrophages qui semblent favoriser la formation des métastases. Ces macrophages, sous l’influence d’autres cellules de notre système de défense (les lymphocytes CD4) libèrent des substances qui jouent des rôles différents, mais nuisibles à l’organisme. Ils libèrent en particulier des facteurs de croissance qui vont stimuler la croissance des cellules tumorales et favoriser leur migration vers d’autres parties de l’organisme, comme les os, les poumons ou le cerveau. La présence en excès des macrophages va ainsi réduire les réponses des cellules cancéreuses aux traitements, qu’il s’agisse de la chimiothérapie ou de la radiothérapie.

L’équipe de Lisa Coussens (université de Californie, San Francisco) a mené des recherches sur des prélèvements obtenus par biopsies chez des femmes atteintes de cancers du sein. Ces fragments de tumeurs ont été mis en culture et greffés sur des modèles animaux. L’objectif était si possible de démontrer qu’en rétablissant l’équilibre dans le microenvironnement de la tumeur on arriverait à rendre cette dernière plus sensible à la chimio et à la radiothérapie, en provoquant une forme de « suicide » des cellules cancéreuses.

Dans ce cadre plusieurs molécules expérimentales sont testées, l’une étant le PLX-3397. Cette molécule, prise par voie orale, joue sur des mécanismes très particuliers du fonctionnement des macrophages ; elle en réduit l’activité. Ainsi le rapport entre les macrophages et les lymphocytes CD8 se modifie en faveur de ces derniers, cellules nécessaires à la défense de l’organisme et opposées à la présence de la tumeur. Les modèles animaux ont montré qu’on arrivait ainsi à faire disparaître jusqu’à 85 % des métastases cancéreuses. L’évaluation du PLX-3397 va bientôt débuter chez deux mille femmes atteintes de formes très avancées de cancer du sein et porteuses de métastases.

Toujours dans le cancer du sein cette démarche d’un traitement ciblé sur le microenvironnement tumoral a déjà apporté des résultats concrets avec l’utilisation des biphosphonates. Un membre de cette famille de molécules - l’acide zoledronique - utilisé à l’origine pour renforcer des os déminéralisés, a démontré des vertus anti tumorales dans plusieurs études. L’acide zoledronique aiderait à détruire les cellules cancéreuses qui cherchent à coloniser l’os et aussi la moelle osseuse, d’où elles peuvent ensuite essaimer. Les derniers résultats dans ce domaine ont été présentés à San Antonio par l’équipe autrichienne de Michael Gnant, (université de Vienne). Cette équipe a montré que cette molécule associée à des antihormones permettait de réduire le risque de récidive et la mortalité associée à ce cancer.

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