Prise de poids et traitements du cancer du sein: quelques pistes de réflexion

Dernière mise à jour 15/06/19 | Article
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Afin d’encourager la poursuite de la réflexion, des actions et de la recherche, l’Observatoire des effets adverses a sollicité en tant qu’experte Isabelle Celardin, pharmacienne membre du Réseau cancer du sein. Dans le texte qui suit, elle propose plusieurs pistes.

Lors des traitements anticancéreux, parmi les nombreux effets secondaires ressentis, la prise de poids est à prendre en considération, non seulement au niveau de l’image de soi et de la lourdeur ressentie mais aussi à celui de l’effet important sur le métabolisme. Or, il est aujourd’hui reconnu qu’une augmentation de la masse grasse est un facteur de risque de développement de maladies métaboliques (résistance à l’insuline, cholestérol, hypertension, hypercholestérolémie, diabète, risque cardiovasculaire, graisse abdominale...).

Masse corporelle

Les œstrogènes jouent un rôle fondamental sur le contrôle de l’homéostasie énergétique et sur le métabolisme du glucose en contrôlant les besoins alimentaires, la consommation d’énergie et la distribution du tissu adipeux.

Sous traitements antihormonaux, la carence en œstrogènes prédispose à des dysfonctionnements métaboliques et a une incidence sur la composition corporelle et le rapport taille/hanche qui peuvent être amenés à changer.

La fatigue et les effets secondaires ressentis pendant les traitements anticancéreux favorisent la sédentarité et les choix alimentaires faciles (glucidiques, repas pré-préparés riches en calories).

Le fait de ne pas changer ses habitudes alimentaires en rapport avec les besoins énergétiques du corps qui sont moins importants, va conduire à une nouvelle distribution des graisses, selon les cas à une augmentation de la masse grasse.

En fonction de ces paramètres, on peut constater chez certaines femmes une prise de poids qui se traduit par un gain de masse grasse et une perte de masse musculaire, alors que d’autres voient leur masse grasse augmenter sans prise de poids. Plusieurs pistes peuvent mener à une réflexion et une prise en charge pour limiter ces risques et retrouver un poids de forme.

Insuline et inflammation

Les études ont mis en évidence des taux d’insuline plus élevés chez les femmes atteintes d’un cancer du sein. Une résistance à l’insuline va favoriser le mode de stockage des nutriments en défaveur de la production d’énergie cellulaire, ce qui peut induire une prise de poids. L’augmentation de l’adiposité est causée par une activation du système immunitaire provoquant un état inflammatoire à «bas bruit» qui favorise la résistance à l’insuline. Il faut donc privilégier une alimentation pauvre en sucres.

Une règle de base est de baisser l’apport en sucres rapides au profit des sucres lents. Les sucres rapides vont favoriser les pics d’insuline et le stockage alors que les sucres lents contenus dans les aliments à index glycémique bas vont être absorbés lentement par l’organisme et constituer des réserves d’énergie pour la journée et éviter les pics d’insuline.

Barrière intestinale

La chimiothérapie a une répercussion directe sur l’intégrité de la barrière intestinale en agissant défavorablement sur son renouvellement et sa régénération.

On a établi le lien entre l’hyperperméabilité intestinale, la prise de poids et la qualité du microbiote qui vont générer de l’inflammation et des perturbations au niveau de la digestion et de l’assimilation des nutriments.

En favorisant le passage des toxines dans le sang, l’hyperperméabilité intestinale aura un impact direct sur la détoxication hépatique et le bon fonctionnement du foie.

Il faudra donc optimiser les fonctions digestives en lien avec le microbiote pour éviter les fermentations excessives, améliorer le transit intestinal (lourdeurs, ballonnements, gaz, diarrhée, constipation).

Il est ainsi recommandé d’adapter, de mettre en place une diversification alimentaire riche en phytonutriments protecteurs du métabolisme (thé vert et lipolyse, curcuma…) et de veiller à la qualité et la quantité des portions alimentaires liées aux nouveaux besoins nutritionnels. Les produits issus de l’agriculture biologique, sans pesticides, herbicides sont donc à privilégier.

Activité physique

Il existe des preuves cohérentes que l’activité physique diminue après le diagnostic et que la réduction de la dépense énergétique est associée au gain de poids et de graisse.

L’exercice physique pendant et après les traitements, selon les possibilités de chacune, pourrait améliorer le profil métabolique et la composition corporelle, même sans perte de poids.

Coaching personnalisé

Afin de mettre en œuvre ces différentes recommandations, un coaching peut s’avérer d’une grande aide pour encadrer et accompagner la patiente dans cette démarche de santé.

Afin de proposer un accompagnement ciblé et adapté aux particularités de chacune, il faut tenir compte du type de traitement, de l’âge, de l’indice de masse corporel au moment du déclenchement de la maladie et de son polymorphisme génétique.

Il est nécessaire de poursuivre les recherches afin de préciser les pistes à suivre. Chaque personne aura une réponse individuelle aux différentes prises en charge et il faut en tenir compte. Dans ce sens, les futures études devraient explorer les modifications de la masse corporelle en lien avec le métabolisme, le microbiote et la résistance à l’insuline.

Le Centre du sein du CHUV offre une aide pour prévenir la prise de poids liée aux traitements

Dès juin 2019, le Centre du sein et le Service d’endocrinologie, diabétologie, métabolisme et nutrition clinique du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) à Lausanne relancent leur programme en trois modules visant à aider les patientes à limiter la prise de poids en lien avec les traitements pour le cancer du sein.

Le programme offre quelques apports théoriques indispensables et est animé par un oncologue, une endocrinologue, une diététicienne et une physiothérapeute. Les modules intègrent également les expériences et les questions des participantes telles que la manière de prévenir la prise de poids durant et après les traitements, le type d'alimentation à privilégier ou encore les solutions pour se sentir bien dans son corps face aux changements d’image corporelle.

Plus concrètement, le premier module, appelé Hormones et traitements, aborde les mécanismes par lesquels les hormones agissent et influencent le poids, l’impact des traitements de chimiothérapie et hormonaux sur la prise de poids et les risques nutritionnels en lien avec les traitements.

Le deuxième, Alimentation, traite des principes d’une alimentation équilibrée et de son rôle dans la prévention des risques nutritionnels en lien avec les traitements comme le maintien d'un poids stable.

Le troisième, Image corporelle et activités physiques, explore les relations entre poids, image corporelle et image de soi, les moyens envisageables pour se sentir mieux dans son corps et accompagner les éventuels changements ainsi que les effets bénéfiques de l’activité physique sur le poids.

Ce programme est ouvert à toutes les femmes concernées, qu'elles soient traitées ou non au Centre du sein du CHUV.

Inscriptions:

Centre du sein, CHUV - av. Pierre-Decker 2 - 1011 Lausanne

021/314 68 57

www.chuv.ch/centredusein

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Paru dans: Newsletter Observatoire des effets adverses, Association Savoir Patient, Juin 2019.

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