La puberté des filles démarre plus tôt qu’il y a vingt ans

Dernière mise à jour 13/03/13 | Article
La puberté des filles démarre plus tôt qu’il y a vingt ans
Une fillette, disant avoir 9 ans, a accouché au Mexique.

De quoi on parle?

Les faits

Dafne, une fillette mexicaine qui disait avoir 9 ans, a donné naissance à un bébé le 27 janvier dernier. Elle a ensuite quitté son domicile, sans prévenir les autorités. Le père supposé, 17 ans, est également en fuite.

Le bilan

Il semble que Dafne ait menti sur son âge. D’après des études anthropologiques, elle aurait 12 ou 13 ans. Par ailleurs, des tests ADN ont révélé que le géniteur était son beau-père.

L’histoire d’une fillette mexicaine de 9 ans devenue mère en janvier dernier a suscité l’étonnement et la consternation dans le monde entier. Il apparaît aujourd’hui que Dafne a menti et qu’elle serait âgée de 12 ou 13 ans. Malgré tout, cette affaire vient rappeler que certaines fillettes connaissent une puberté précoce. Un phénomène bien réel, dont elles souffrent souvent.

Pour les jeunes filles, la puberté se manifeste par le développement des seins et une soudaine poussée de croissance. C’est le signe de la mise en marche d’un mécanisme qui conduira, deux ou trois ans plus tard, aux premières règles marquant le début de la période de fécondité. «On ne sait toujours pas exactement ce qui déclenche cette centrale hormonale», constate Dorothea Wunder, médecin-chef de l’Unité de médecine de la reproduction et d’endocrinologie gynécologique du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

Quoi qu’il en soit, une fois le processus engagé, l’hypophyse entre en action. Cette petite glande située à la base du crâne se met à sécréter des gonadotrophines. «Ces hormones stimulent les ovaires, qui deviennent actifs et produisent des œstrogènes, lesquels, à leur tour, induisent le développement pubertaire», explique Franziska Phan-Hug, chef de clinique à la division de diabétologie et d’endocrinologie pédiatrique de l’Hôpital de l’Enfance à Lausanne. En parallèle et avec un petit temps de retard, d’autres hormones, secrétées par les glandes surrénales, stimulent la pousse des poils pubiens.

Précoce avant 8 ans

Habituellement, cette cascade de réactions démarre entre 8 et 13 ans. Si elle commence avant 8 ans, la puberté est qualifiée de précoce. Cette notion est relative car le développement des filles se fait de plus en plus tôt. En 1830, la puberté devait être beaucoup plus tardive puisque les premières règles apparaissaient vers 17 ans! En 1960, c’était aux alentours de 13 ans – c’est à peu près le même âge aujourd’hui. En revanche, depuis deux décennies, l’âge du début de la puberté, lui, semble avoir baissé. Ce décalage n’a rien d’étonnant pour Franziska Phan-Hug. En effet, dit-elle,«il faut distinguer les pubertés précoces qui progressent rapidement de celles qui débutent tôt, mais évoluent ensuite très lentement et dont les règles surviennent à un âge normal».

Pourquoi une telle évolution au cours des siècles? La première cause évoquée est l’amélioration des conditions socio-économiques et de l’alimentation. «Quand la nutrition est assurée, la fertilité peut démarrer plus tôt», commente le Dr Phan-Hug. On pointe aussi du doigt la présence dans l’environnement de perturbateurs endocriniens qui agissent sur l’équilibre hormonal, comme le bisphénol A inclus dans de nombreux emballages en plastique. Par ailleurs, l’augmentation de l’obésité chez les enfants jouerait un rôle, car «le tissu adipeux induit des déséquilibres hormonaux», précise Dorothea Wunder.

Les facteurs ethniques – incluant la génétique et le mode de vie – jouent par ailleurs un rôle majeur dans le déclenchement de la cascade hormonale. Aux Etats-Unis, les fillettes noires ou d’origine hispanique sont beaucoup plus touchées par une puberté précoce que les autres. Physiologiquement parlant, le cas de la petite Mexicaine Dafne n’a donc rien d’exceptionnel.

Traitement lourd mais bien supporté

Le fait d’être pubère avant 8 ans «augmente, à l’âge adulte, c’est-à-dire à long terme, le risque de développer un cancer du sein», souligne Dorothea Wunder. Mais sinon, la puberté précoce en tant que telle n’a pas de conséquences sur la santé physique. En revanche, elle peut avoir un fort impact psychologique pour les fillettes concernées (lire l’encadré).

Lorsque des parents constatent que leur fille fait une puberté précoce, mieux vaut consulter. D’autant que le développement prématuré des glandes mammaires, surtout quand il progresse rapidement, peut cacher une maladie plus grave, comme une tumeur de l’hypophyse ou des ovaires, ou encore un autre problème hormonal. A l’inverse, il peut traduire une pseudo puberté précoce: les seins et les poils pubiens commencent à pousser, puis plus rien ne se passe pendant quelques années.

Quant à la puberté précoce proprement dite, il est possible de la traiter. «Lorsque l’hypophyse se réveille, il secrète les hormones par à-coups, explique la pédiatre. On prescrit donc des médicaments qui stimulent la production de ces hormones en continu, ce qui freine la puberté.» Ce traitement est assez lourd puisqu’il «nécessite une injection toutes les trois semaines», mais il est bien supporté et le développement pubertaire reprend son cours normal lorsqu’on l’arrête. Ce qui conduit nos deux spécialistes à inciter les parents des enfants précoces «à en parler avec leur pédiatre».

Puberté et fécondité

Quand la tête ne suit pas le corps

Décalage

Les seins qui se développent, une brusque poussée de croissance: les filles voient soudain leur corps se transformer. Ce bouleversement a un impact psychologique d’autant plus important s’il arrive de façon précoce. Avec la puberté, «on entre dans une dynamique de transformation, précise Josée Despars, psychologue en pédopsychiatrie de liaison au CHUV. Non seulement physiologique, mais aussi psychologique, car plus l’enfant est jeune, plus le décalage peut être important entre la maturité biologique et la maturité psychologique».

Tout peut changer aussi dans le regard des autres. Les fillettes «existent tout à coup avec un corps sexué, ajoute la psychologue. Cela peut susciter des commentaires ou des moqueries, mais aussi leur valoir des sollicitations» qui ne sont pas en rapport avec leur esprit d’enfant. Certaines peuvent réagir par un repli. D’autres, surtout si elles sont issues de milieux psychosociaux défavorisés et qu’elles souffrent d’une carence affective, sont à la recherche d’une protection. Elles peuvent alors adopter des «conduites qui leur font courir le risque d’être abusées ou «utilisées» sur le plan sexuel». Tout laisse supposer que la petite Mexicaine était dans ce cas. Mais en outre, elle a vécu une grossesse et donné naissance à un enfant à seulement 12 ou 13 ans. «Même pour une femme adulte, l’accouchement est un événement majeur en soi, souligne Josée Despars. Pour une enfant, il s’agit d’un événement difficile à imaginer, à comprendre et à vivre et qui peut donc représenter un traumatisme.» De plus, la relation avec un nouveau-né demande une maturité et un équilibre psychologiques important qui peuvent manquer à une mère qui est elle-même encore une enfant. «L’entourage joue alors un rôle central pour le devenir du bébé», conclut la psychologue.

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