La fatigue chronique de l’ado traitée grâce à internet?

Dernière mise à jour 05/05/12 | Questions/Réponses
La fatigue chronique de l’ado traitée grâce à internet?
Le traitement par échange d’e-mails pourrait être une solution pour les jeunes en souffrance. C’est ce que suggère une étude sur le syndrome de fatigue chronique chez l’adolescent.

Un groupe de chercheurs de l’Université d’Utrecht a mis au point un traitement par internet du syndrome de fatigue chronique chez l’adolescent. Utilisant des techniques cognitivo-comportementales, la thérapie (Fitnet) se fait par échange de mails entre les ados et leur thérapeute. Les parents sont également impliqués dans la démarche. Dans une étude comprenant cent trente-cinq adolescents, les auteurs ont comparé l’efficacité du même traitement dispensé soit en ligne, soit dans des entretiens classiques. L’avantage revient sans conteste à Fitnet. Les symptômes pris en compte –absentéisme scolaire, fatigue, douleurs diffuses– sont nettement améliorés par cette méthode, alors que la thérapie en cabinet donne des résultats médiocres. Les traitements en ligne seraient-ils l’avenir de l’adolescent? L’avis de Philippe Stephan, médecin-chef du service de psychiatrie de l’enfant et l’adolescent à Lausanne.

Comment expliquer que, dans le cas du syndrome de fatigue chronique chez l’adolescent, des soins par internet s’avèrent nettement plus efficaces qu’une thérapie classique?

Philippe Stephan: Il faut un peu relativiser l’impact de cette étude, très restreinte quant au nombre de participants. Et surtout établir exactement ce que recouvre le terme de syndrome de fatigue chronique. Un diagnostic utilisé essentiellement dans les pays anglo-saxons et qui peut recouvrir différents problèmes. Cela dit, l’idée de s’adresser aux adolescents par leurs moyens de communication est bonne. Cela peut constituer un levier intéressant. Par exemple pour un jeune qui a de la peine à sortir de chez lui, que ce soit en raison de phobies ou de douleurs. Mais dans le lien thérapeutique sur le long terme, l’identification, la rencontre avec le thérapeute est fondamentale.

La fatigue chronique serait une cause importante d’absentéisme à l’école. Arriver à renvoyer les ados en classe, n’est-ce pas une victoire?

Cette méthode, basée sur une approche cognitivo-comportementale, permet à l’adolescent d’agir, de retrouver une sorte de maîtrise lui permettant de penser «je m’en sors tout seul». Il s’agit plus de rééducation que de compréhension. Cela lui convient car il n’aime pas comprendre, il préfère «faire». Mais tout dépend de ce que recouvrent ses symptômes. S’agit-il d’une fatigue due à une maladie virale, de phobies, de dépression, d’un problème de consommation de substances, d’une démotivation globale? Le moyen thérapeutique choisi dépend de la cause des symptômes. Et, pour moi, le syndrome de fatigue chronique isolé ne veut rien dire, en particulier à l’adolescence.

Car l’adolescence est un processus en mouvement. Une métamorphose à tous les niveaux, aussi bien physique que psychique. Le cerveau subit des modifications importantes, les neurones changent, leurs circuits aussi. Les troubles psychologiques n’échappent pas à cette dynamique, on ne peut les englober dans un diagnostic figé et général. Il faut donc traiter les ados en souffrance au cas par cas.

Dans les pays anglo-saxons, le syndrome de fatigue chronique chez l’adolescent fait l’objet de beaucoup d’attention. Chez nous, il n’existe pas. Comment est-ce possible?

De tout temps, l’expression de la souffrance a été assujettie à la culture et à des effets de mode. Actuellement, les Anglo-Saxons imputent beaucoup de souffrances à la fatigue chronique. Et comme toujours, lorsque l’on découvre une maladie nouvelle, l’effet placebo est très important. D’où, peut-être, le succès de l’étude hollandaise pour traiter ce syndrome.

Utilisez-vous internet dans vos consultations à Lausanne?

Les consultations ne se font pas par e-mails, mais nous travaillons par exemple avec les avatars, les jeux vidéos, cela fonctionne très bien. Il s’agit toutefois d’un moyen de médiation, un peu comme le dessin, et non d’un but en soi.

_________

  

    

Extrait de :

Check-Up. Les réponses à vos questions santé
de Marie-Christine Petit-Pierre
Ed. Planète Santé / Le Temps, 2014

            

A LIRE AUSSI

Être parent
Sexualité: quand l’enfant s’éveille

Sexualité: quand l’enfant s’éveille

Les parents se sentent souvent démunis face aux comportements et questions des jeunes enfants qui découvrent...
Lire la suite
Coliques
Bébé

Dix gestes pour apaiser son bébé en cas de coliques ou pour rendre son bébé heureux!

Un bébé qui pleure met ses parents en émoi, les poussant à en chercher la raison: a-t-il faim?
Lire la suite
Haut potentiel
Ces personnes au potentiel hors norme

Ces personnes au potentiel hors norme

Plus qu’un phénomène de librairie, l’intelligence à haut potentiel est une réalité pour environ 2 à 5...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
ados_crise

Ados, survivre à leur crise...et à la nôtre

Et si l’adolescence était aussi une période de grande remise en question pour les parents? C’est le postulat de Nino Rizzo, psychologue et psychothérapeute à Genève et auteur de «Parents d’ados. Une crise peut en cacher une autre», aux éditions Médecine & Hygiène. Interview.

Le pédiatre, c’est aussi pour les grands?

Entre 16 et 18 ans, le jeune s’émancipe, sur tous les plans. Et quitte son pédiatre, ce qui se prépare.

L’adolescence, un temps pour expérimenter

L’adolescence est la période des expériences. Pour un jeune, ni plus tout à fait un enfant, ni encore un adulte, c’est un moment privilégié mais difficile, surtout dans le contexte social et professionnel actuel, marqué par des perspectives d’avenir incertaines.
Videos sur le meme sujet

L'adolescence: ce n'est pas une maladie

Comment bien traverser la période de l'adolescence ? Réponses avec le Professeur Pierre-André Michaud.

Prise de risque: chercher ses limites

On voit de plus en plus de vidéos sur Youtube ou Facebook qui montrent des comportements à risque. Deux experts nous expliquent pourquoi les jeunes sont attirés par les risques et pourquoi ils ne pensent pas toujours aux conséquences de leurs actes. Ils donnent aussi des pistes pour éviter que ces comportements prennent de mauvaises tournures.

Obésité: kilos d’ados

L’épidémie d’obésité et d’excès de poids dans son ensemble, touche 20% des enfants et adolescents. 5% des enfants sont obèses.