Etre migrant et adolescent: grandir entre deux mondes

Dernière mise à jour 11/01/13 | Article
Etre migrant et adolescent
Grandir… en voilà une tâche difficile. L’adolescence est un moment de nombreux changements: corporels et hormonaux mais également émotionnels et sociaux. Hors de son pays et de sa culture, cela peut être d’autant plus déstabilisant.

Grandir dans un milieu social

Grandir est loin d’être facile. Moments de doutes, de questionnements, de choix et de changements, l’adulte en devenir se confronte aux adultes autour de lui, pouvant être des modèles, ou à l’inverse des «contre-modèles». En Suisse, ce rôle est principalement attribué aux parents, enseignants, éducateurs, assistants sociaux et psychothérapeutes. Dans d’autres pays, cela peut être les parents, les anciens, les responsables religieux ou les autorités juridiques.

Rites culturels

Dans toute culture, l’adolescence est un moment-clé, un passage entre le monde de l’enfance et l’entrée dans le rôle de partenaire social et sexuel. De multiples questions voient le jour, et selon les cultures les réponses sont différentes. Il peut s’agir de rites d’initiation, du service militaire ou d’examens, par exemple. Lorsqu’un adolescent sort de la maison, les rites de protection sont eux aussi variés: des amulettes à l’entrée de la maison aux infinies recommandations parentales… Symboliquement, ce sont des conseils préventifs avant le franchissement du seuil de la porte vers l’extérieur, l’ailleurs, le monde des Grands.

Grandir dans deux milieux sociaux

Pour l’adolescent migrant, grandir représente un double challenge. Il peut se sentir étranger dans sa propre famille et être considéré comme étranger par les autres et sa société d’accueil. Dans sa recherche identitaire, il est confronté à deux appartenances : celle de sa famille d’origine et celle que lui propose son pays d’accueil. On pourrait parler «d’être en devenir métis» ou de «métis-âge».

Il semblerait que ce parcours identitaire se déroule en 3 phases: dans un premier temps, l’adolescent va s’identifier à l’un des deux pôles culturels (parental ou migratoire), au détriment de l’autre. Puis, lors d’une deuxième étape, il s’identifiera au second. Finalement, dans les meilleures situations, il parviendra à unifier les deux cultures et à se créer sa propre réalité, conciliant sa culture d’origine et celle de son pays d’accueil. Concrètement, le processus n’est pas si linéaire et les phases ne sont pas si distinctes, se chevauchant parfois et provoquant des périodes d’identification difficiles.

Se faire une place, mais sans parents

Pour les jeunes migrants qui arrivent en Suisse sans leurs parents, le métissage s’avère plus complexe en raison du manque de références culturelles du pays d’origine et de l’absence du cadre parental.

Il est important également de considérer le contexte de migration de ces jeunes, qui ont souvent vécu des expériences traumatisantes dans leur pays d’origine, durant le chemin jusqu’au pays d’accueil et en fonction des conditions d’accueil (notamment administratives). Ces traumatismes peuvent mener à des réactions de survie, parfois considérées comme pathologiques dans le pays d’accueil.

Trouver sa place dans un nouveau pays, une difficulté supplémentaire

Dans la période difficile qu’est l’adolescence, avec ses changements de repères multiples, l’adaptation à un nouveau contexte de vie est une difficulté supplémentaire. Elle peut se traduire par des maladresses et des angoisses, voire des comportements agressifs. Dans tous les cas, le pays d’accueil doit mettre en place des structures sociales (comme le groupe «Appartenances», à Lausanne). Finalement, le soutien des parents, les traditions d’origines et de la culture d’accueil peuvent aussi être des ressources positives dans le parcours du combattant qu’est l’adolescence.

Référence

Adapté de «Adolescence en migration, un métis-âge», par Philippe Conne, psychologue-psychothérapeute FSP à Appartenances, Lausanne. In Revue médicale suisse 2012;8:1279-81, en collaboration avec l’auteur.

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