Le jouet intelligent est celui qui amuse l’enfant

Dernière mise à jour 14/12/12 | Article
Le jouet intelligent est celui qui amuse l’enfant
A Noël, les parents se creusent la tête pour combler leurs enfants.

De quoi on parle?

Les faits

Chaque année, à l’approche des Fêtes de Noël, les parents sont confrontés à la difficulté de trouver un jeu qui soit à la fois ludique, donc apprécié par l’enfant, et éducatif, pour stimuler son intelligence. Car jouer participe à son développement cognitif.

Il ne vous reste que quelques jours pour trouver le cadeau de Noël idéal pour vos enfants et autres neveux ou filleules. Si les grands magasins débordent de jouets en tous genres, les parents se trouvent devant un dilemme: faut-il choisir celui qui amusera le plus l’enfant ou celui qui se montrera davantage éducatif? Tout le monde, évidemment, est à la recherche du jeu qui présente les deux qualités. C’est d’ailleurs ce qu’ont compris les fabricants qui ne cessent de vanter par réclames interposées le caractère «intelligent» de leurs produits. Un argument de vente pas toujours faux, mais qui mérite d’être nuancé.

Exploration et expérimentation

Activité favorite des enfants, le jeu est également l’élément central de leur développement cognitif. «Il est une fenêtre sur leur développement intellectuel, langagier, émotionnel et social, explique le Pr Eliane Roulet-Perez, médecin-chef de la neuropédiatrie au Centre hospitalier universitaire vaudois. Il est à la fois le miroir de leur développement cérébral et son moteur.» Tout petits déjà, les enfants explorent les possibilités de jeu avec des objets simples. Ainsi, un bébé saisit une cuillère, la met dans sa bouche ou la tape contre la table. Ensuite, son rapport à l’objet évolue. Vers 15 mois il commence à utiliser cette cuillère pour manger, et à 18 mois, il l’utilise pour donner à manger à une poupée, ayant compris qu’elle peut aussi nourrir les autres. Il entre alors dans le jeu de la réciprocité.

Passé 2 ans, c’est l’heure du vrai jeu symbolique. Un bout de bois devient subitement un pistolet ou une brosse à dents. Puis au fur et à mesure que l’enfant grandit, les mécanismes se sophistiquent. «D’une simple expérimentation d’objets, le jeu devient subtil et symbolique. C’est en ce sens qu’il est à la fois le reflet et le moteur du développement», souligne la spécialiste.

Entre 3 ans et 10 ans, les bambins sont en pleine phase d’éveil, la quête parentale du jeu intelligent a donc pleinement son sens. Que faire alors pour s’y retrouver? «En résumé, un jeu peut être considéré comme intelligent tout simplement parce qu’il est ludique, qu’il est adapté à l’âge de l’enfant, qu’il le stimule, lui donne l’impression de pouvoir le modifier, de le construire et d’en faire quelque chose, explique le Dr Dante Trojan, pédopsychiatre et responsable de l’Unité ambulatoire péri-hospitalière du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent (SPEA) des Hôpitaux universitaires de Genève. Jouer doit être un espace de fantaisie et d’inventivité pour les bambins. Le cadeau idéal est simplement celui qui lui donne le pouvoir de s’exprimer.»

Le jouet intelligent est celui qui amuse l’enfant

Jouets en bois ou jeux vidéo?

Au rayon des jeux qui ont la cote auprès des parents en recherche de pédagogie, ceux en bois (de préférence faits à la main…) tendent à s’imposer. Leur simplicité semble être une garantie d’amusement intelligent. A côté d’eux, les tablettes et autres jeux vidéo, avec leur foisonnement d’images et souvent de sons, donnent l’impression d’abrutir notre progéniture. Sans se montrer aussi catégorique, le Dr Trojan rappelle que le matériau des jouets et la manière de les donner ne sont pas négligeables: «Nous avons une impression différente quand nous tenons dans les mains un jouet en bois (nos représentations en font tout de suite quelque chose de naturel, de traditionnel, qui nous relie donc en partie à notre propre passé) que lorsque nous tenons dans les mains un jouet en plastique, peut-être plus «artificiel». De son côté, l’enfant appréciera le cadeau davantage parce qu’il vient du Père Noël ou des parents que parce qu’il est en bois.»

Quant aux tablettes et aux appareils électroniques, l’expert souligne qu’en 2012 il ne faut pas se limiter à les stigmatiser. «La différence entre un livre et une tablette est que le livre est plus chaud, il a une odeur, je peux le toucher, le modifier, explique-t-il. Tandis qu’une tablette est plutôt froide, plate et bidimensionnelle. Dans l’idéal, il faut garder une alternance entre les deux et se rappeler que le défaut de la tablette vient des amusements contraignants qu’elle propose, ne laissant pas la possibilité d’avoir une place active (d’inventivité, de construction, de modification) dans le jeu.»Même pour les jeux vidéo, une méfiance absolue représente, selon le Dr. Trojan, une réaction exagérée: «C’est, une fois de plus, une question de bon sens, sachant qu’une quantité limitée de jeux vidéo n’exclut pas d’autres types de jeux.»

Beaucoup plaire à l’enfant, un peu à l’adulte

En résumé, un bon jeu est celui qui plaît beaucoup à l’enfant et un peu aux parents. Il doit surtout stimuler la fantaisie. Sur ce plan, les poupées, les Playmobil, les dînettes et les jeux de société sont parfaits. Il ne faut pas non plus oublier l’importance du geste lui-même. «Offrir un cadeau signifie à l’enfant: je pense à toi quand tu n’es pas là, et j’ai envie de te donner quelque chose qui te fera plaisir», continue le pédopsychiatre. Et sachez qu’il n’est pas dramatique de céder s’il veut absolument le «must have» dont il a vu les publicités dix fois par jour à la télé. Mais résister et rechercher l’originalité est une meilleure idée. «Un parent à l’écoute de son enfant qui pense que son cadeau lui fera plaisir a très peu de chances de se tromper. Il doit se faire confiance!» ajoute le Dr Trojan. Avant de conclure que le jouet est avant tout un cadeau, que l’enfant interprète ainsi: «Je joue avec, je m’amuse, je joue avec les autres, mais je joue aussi avec le cadeau que j’ai reçu. Ce jouet me rappelle et me fait penser à la personne qui me l’a offert. Il devient alors un objet qui transmet un message émotionnel à l’enfant (et à l’adulte) et permet ainsi un lien émotionnel. Voilà la plus belle qualité du jouet!»

Laissons-les croire au Père Noël

Les enfants ont besoin de vivre dans un monde de rêve et de fantaisie. Un monde qu’il faut à tout prix protéger, estime le Dr Trojan, pédopsychiatre aux Hôpitaux universitaires de Genève. Ils découvriront tôt ou tard que le Père Noël n’existe pas. En attendant, il faut les laisser y croire. Et le jour fatidique venu, les parents n’ont pas à s’inquiéter ou à culpabiliser de leur «mensonge». Il s’agit simplement d’une vérité autre qui respecte l’univers merveilleux de l’enfant.

Poupées et petites voitures

Même si les parents laissent le choix à leurs enfants entre les jeux et les jouets «pour filles» ou «pour garçons», la grande majorité des filles optent spontanément pour les poupées et les garçons se tournent massivement vers les petites voitures. Cela n’a rien d’inquiétant, selon le Dr Trojan, pédopsychiatre aux Hôpitaux universitaires de Genève: «Il ne faut pas avoir peur de cette différence qui est normale et saine.» Et même si filles et garçons ont leur préférence, ça ne les empêche pas de s’échanger les jouets.

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