L’alimentation, une question sensible à l’adolescence

Dernière mise à jour 07/04/16 | Article
L’alimentation, une question sensible à l’adolescence
Depuis 10 ans, on constate qu’un nombre grandissant de jeunes souffrent de troubles du comportement alimentaire. Quels sont-ils et pourquoi apparaissent-ils à cette période de la vie? Le point avec la Dresse Françoise Narring, responsable de l’Unité santé jeunes aux Hôpitaux universitaires de Genève.

Quels sont les troubles du comportement alimentaire liés à l'adolescence?

Ils sont très variés. On connaît bien l’anorexie, mais il y a aussi, chez les préados, des troubles atypiques tels que l’évitement de certains aliments. Ils refusent par exemple de manger tout ce qui est rouge ou vert, d’avaler tout aliment solide ou, au contraire, liquide. Il existe aussi l’orthorexie, une obsession à manger «juste»… La boulimie survient en général plus tard dans l’adolescence.

Y a-t-il des adolescents à risques?

Il existe plusieurs facteurs de risques. Une personne de l’entourage proche du jeune, comme une tante ou une cousine, qui souffre d’anorexie en est un. Des parents obèses qui suivent un régime sont également un facteur qui influe sur le comportement alimentaire des ados et peut générer des troubles de type restriction alimentaire. Dans l’anorexie mentale, il existe également un facteur génétique. Si un jumeau est anorexique, le second court plus de risques de développer le même trouble. A cette part génétique s’ajoute une part familiale et environnementale. Les habitudes alimentaires familiales ont beaucoup d’influence, tout comme l’image de la femme telle qu’elle est véhiculée par les médias, la maigreur des mannequins, l’incitation à perdre du poids à chaque printemps ou encore la mode du «thigh gap» (l’écart entre les cuisses).

Pourquoi ces troubles surviennent-ils à l’adolescence?

C’est un moment de fragilité propice au développement des troubles du comportement alimentaire. A l’adolescence, le corps subit des changements, les filles prennent plus de masse grasse et les garçons plus de masse maigre. Certaines jeunes filles ont de la peine à accepter leur nouvelle image. Dans certains sports, par exemple, il est difficile de s’adapter à son nouveau corps. Cela peut entraîner des restrictions sur le plan alimentaire et la pratique plus intensive du sport. C’est l’inadaptation aux nouvelles sensations et à l’image qui pose problème.

Pourquoi ces troubles sont-ils en augmentation?

Parce que les adultes sont de plus en plus soucieux de leur poids et de perdre des kilos. Le nombre de personnes obèses augmente et, parallèlement, la tolérance face à la différence diminue. Or, à l’adolescence, les ados n’ont qu’une envie, celle de ressembler aux autres.

Quels sont les signes avant-coureurs?

En matière d’anorexie, c’est la difficulté à s’adapter, avec un blocage du développement et une volonté de ne pas grossir, de rester impubère. Entre 12 et 14 ans, il peut aussi y avoir une fascination pour le corps idéal et une certaine anxiété sur sa normalité: trop de seins ou de fesses. Il faut savoir que les troubles alimentaires restrictifs peuvent aussi être liés à des problèmes familiaux, scolaires ou à un deuil.

Quels sont les risques pour la santé?

L’anorexie a pour conséquence de stopper le développement corporel. A terme, elle provoque d’importantes carences et peut même aller jusqu’à la mort. La boulimie quant à elle entraîne l’ado dans un cercle vicieux. Les jeunes filles se lancent dans des régimes restrictifs parce qu’elles ne supportent pas leur image, craquent et reprennent les kilos perdus, ce qui aboutit à des compulsions alimentaires, à des vomissements ou à un surpoids puis à l’obésité.

Quelle aide solliciter?

En premier lieu, on peut s’adresser au pédiatre pour faire un bilan de santé et évoquer avec l’ado ce qui est normal, nocif ou sain. Le cas échéant, le pédiatre pourra l’aiguiller sur un service spécialisé, un(e) diététicien(ne) ou un(e) psychologue formé(e) en nutrition. Aux HUG, les traitements s’articulent autour de trois axes: la surveillance médicale et le travail individuel avec les adolescents, le travail avec les parents pour qu’ils puissent encadrer l’ado, et un travail psychothérapeutique avec le jeune.

Le rôle de la famille?

Le rôle de la famille est très important parce que la maladie touche l’adolescent mais aussi l’alimentation qui est quelque chose de familial. Le refus de manger certains aliments ou vouloir prendre son repas seul dans sa chambre perturbe toute la famille et a des impacts sur les frères et sœurs. Les repas peuvent vite se transformer en enfer lorsqu’un ado a des troubles du comportement alimentaire. Les parents peuvent se sentir pris en otage et réagissent souvent tard face à la toute-puissance de leur ado. C’est la raison pour laquelle, dans le cadre d’un traitement, nous cherchons à associer les parents qui doivent jouer un rôle d’encadrement. En matière d’obésité, ce sont les parents qui se mobilisent lorsque l’enfant est petit, mais à l’adolescence, ce sont les jeunes qui sont en demande.

 

 

 

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