«Je n’aime pas les épinards!»

Dernière mise à jour 20/08/15 | Article
«Je n’aime pas les épinards!»
Jusqu’à l’âge de deux ans, tout allait pour le mieux, mais voilà que Tom refuse tout ce qui ressemble de près ou de loin à un légume. Caprices? Pas forcément. Parmi les explications possibles: la néophobie alimentaire. Un phénomène fréquent, agaçant peut-être, mais bénin et réversible.

«Oh non, pas des carottes… Je veux des pâtes!» Face à un enfant qui décrète du haut de ses deux ans et demi qu’il ne veut pas manger des légumes, inquiétude, désarroi, voire exaspération, ont tendance à s’entrechoquer dans la tête des parents. Et pour cause, difficile d’accepter ces refus systématiques, et surtout de faire l’impasse en toute quiétude sur les fruits et légumes indispensables à notre métabolisme. En deuxième position de la pyramide alimentaire, après nos besoins en eau, ils sont en effet une source essentielle de fibres, de vitamines et de minéraux. Un argument qui laissera a priori notre enfant de marbre.

Faire aimer les légumes? (Presque) un jeu d’enfant

Quelques gouttes de stratégies, un zeste de malice, une louche d’enthousiasme… Les conseils de Muriel Lafaille Paclet, diététicienne au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

Opter pour le déguisement

Tartes aux légumes, gratins, potages passeront mieux que des légumes présentés dans leur plus simple appareil.

S’amuser

Radis pour les yeux, concombre pour le nez, tranche de tomate pour le sourire et rondelles de carottes pour les joues!

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Le goût est aussi (et beaucoup) une question d’odeurs. Melon ou poire? Jouer aux devinettes les yeux cachés.

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Choisir ensemble les fruits au marché, les peser, les cuisiner.

Laisser la magie opérer

Ses copains se ruent sur la ratatouille? Effet d’entraînement garanti!

Alors comment faire face? «La première chose est d’accepter qu’entre deux et sept ans en moyenne, une phase de refus, certes pénible mais normale, se produit chez la plupart des enfants, explique Muriel Lafaille Paclet, diététicienne au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV)*. Elle va de pair avec le développement et l’apprentissage de l’autonomie. A table, cela se traduit par un rejet de certains goûts, odeurs, aspects, du fait même d’ingérer, ou encore un rejet vis-à-vis d’aliments nouveaux. On parle de néophobie alimentaire». Si les légumes en sont les premières victimes, ce n’est pas un hasard. Fibreux, parfois difficiles à mâcher, emprunts d’amertume ou d’acidité, ils ne font pas le poids face à un plat de coquillettes. A noter que certains fromages, poissons ou viandes peuvent aussi se voir rejeter sans ménagement.

Une attirance pour le fade

«Les enfants ont naturellement une attirance pour le fade, les aliments blancs ou beiges», confirme le Pr Benoist Schaal, chercheur au Centre des sciences du goût de l’Université de Bourgogne (France). La raison? Elle est innée! «A l’âge des premiers choix, les enfants s’orientent spontanément vers les mets d’apparence onctueuse et inoffensive, faciles à ingérer, à digérer et nourrissants, comme le riz ou les pâtes, tandis qu’ils rejetteront les textures plus difficiles et les goûts prononcés». En écho à la saveur douce du liquide amniotique? Très probablement.

Interprétation des 5 saveurs

Mais pour certains spécialistes, l’explication remonte à bien plus loin. Cette tendance serait le vestige de la quête vitale des aliments les plus riches et énergétiques possibles menée par nos lointains aïeux. Tandis que l’amertume rejetée des légumes ferait écho à une précaution ancestrale vis-à-vis de baies potentiellement toxiques. D’où notre attrait spontané, aidé par la publicité et la composition des plats cuisinés, vers les aliments gras, salés, sucrés. Sauf qu’aujourd’hui, sous nos latitudes aisées, l’effort pour se nourrir se résume plus souvent à ouvrir la porte d’un réfrigérateur qu’à risquer sa vie une lance à la main, crapahutant de rocher en rocher à la recherche d’un peu de gibier. Nous pouvons donc troquer sans crainte les mets gorgés de graisse ou de sucre au profit d’aliments plus sains, légumes en tête. Mais là encore, l’argument pourrait ne pas convaincre Tom.

Finesse et bienveillance

Par chance (pour nous, parents), le phénomène n’est pas inéluctable. «Cette tendance au rejet, dont le pic se situe entre deux et quatre ans, est compensée par une exposition antérieure, indique le Pr Benoist Schaal. Plusieurs travaux ont montré que les enfants exposés à des saveurs variées par le lait maternel ou lors des premiers mois de diversification alimentaire acceptaient plus facilement les aliments nouveaux. Le climat à table joue aussi énormément. Nous sommes des êtres omnivores, mais cela s’apprend. La finesse et la bienveillance des parents sont cruciales.»

Alors, quelle attitude adopter face au plat de carottes qui refroidit? «Proposer à l’enfant de goûter, sans pression ni menace, au risque sinon de renforcer son rejet», conseille Muriel Lafaille Paclet. S’il fait la grimace? «Il n’aime pas, c’est son droit, poursuit la spécialiste. L’idéal est de pouvoir discuter avec lui de ce qu’il vient de goûter et quelques jours ou semaines plus tard, lui re-proposer l’aliment». Car le goût ne cesse d’évoluer. «Des travaux ont montré qu’une exposition entre sept et neuf fois à un aliment finit par convaincre les papilles», précise le Pr Benoist Schaal.

Pour certains, la difficulté est plus profonde. Quand s’inquiéter? «Si on observe une cassure de la courbe de croissance, ou qu’un enfant refuse tout fruit, légume ou laitage, il faut consulter, recommande Muriel Paclet Lafaille. Le pédiatre, et si besoin une diététicienne, aidera à réajuster les apports et à trouver des parades pour éviter les carences.»

Interprétation du goût par le cerveau

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* Auteure avec Nicoletta Bianchi du livre A table. Guide-conseil pour l’alimentation en famille, Editions Babyguide, 2007.

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