La guérison d’une fracture demande des mois de patience

Dernière mise à jour 18/12/17 | Article
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Le champion de MotoGP Valentino Rossi a repris la compétition trois semaines après s’être cassé la jambe. La particularité de sa discipline l’y a aidé, mais s’il avait chuté, les conséquences auraient pu être graves.

De quoi on parle?

Le 31 août dernier, le septuple champion du monde Valentino Rossi est victime d’une double fracture tibia-péroné. Au cours d’un entraînement, il heurte violemment une pierre avec sa jambe droite. Opéré dans la foulée, «The Doctor», comme on le surnomme, crée la surprise en participant au Grand Prix d’Aragon à peine trois semaines plus tard. Malgré quelques douleurs, il se classe cinquième à seulement six secondes du vainqueur. Devant la gravité de la blessure, sa performance hors du commun intrigue.

Une chute, un choc… et c’est le drame. Particulièrement redoutées des athlètes, les fractures peuvent les obliger à arrêter leur activité un certain temps, voire à mettre un terme à leur carrière sportive. Deux types de fractures touchent régulièrement les sportifs. La fracture de fatigue, qui est liée à une surcharge, d’une part. Contrairement aux idées reçues, l’os est une structure dotée d’une certaine élasticité. Une trop grande sollicitation peut donc aboutir à une fracture: les os subissent des microtraumatismes répétés, se fragilisent et finissent par céder.

À l’image de l’accident du champion de MotoGP Valentino Rossi, les sportifs peuvent d’autre part subir des fractures aiguës. Il s’agit dans ce cas d’un choc à haute énergie qui casse l’os en plusieurs parties. Une blessure relativement fréquente chez les adeptes de sports mécaniques, mais aussi d’équitation, de sports de combat ou encore de ski, qui comportent un risque important de chute. La double fracture tibia-péroné de «The Doctor» est donc un scénario bien connu de la médecine du sport, qui nécessite la plupart du temps une opération.

Opérer pour stabiliser

Se prémunir des fractures de fatigue

Le sport est à la mode. Sur Internet, les blogueurs et autres stars d’Instagram sont nombreux à promouvoir un «lifestyle» basé sur une pratique intensive du sport. Conséquence: une nette augmentation de patients souffrant de fractures de fatigue. «Beaucoup de gens se mettent au sport de manière intensive mais sans véritable préparation ni coaching, confirme le Dr Mathieu Assal. Ils ne sentent pas leurs limites et s’exposent donc à des blessures.» Pour éviter de surcharger son organisme, il est donc important d’être à l’écoute de son corps et d’augmenter progressivement les charges. Après un effort intense, il est primordial de respecter une période de récupération permettant aux tissus de se régénérer. Sans quoi, les os, trop sollicités, risquent la fracture. «Le corps a une formidable capacité d’adaptation, commente le spécialiste. Mais pour atteindre un objectif sportif, il faut savoir l’y conduire petit à petit. Il n’y a pas d’effort sans récupération.»

Le tibia et le péroné sont les deux os qui constituent la jambe humaine. Le tibia, très épais, porte 90% du poids du corps. Le péroné est plus fin et ne porte que les 10% restants. Sa fonction principale consiste à assurer la stabilité de la cheville. «Le tibia est un os particulièrement solide, remarque le Dr Finn Mahler, directeur médical du Swiss Olympic Medical Center de l’Hôpital de La Tour à Meyrin (GE). Si le choc est assez puissant pour le casser, le péroné cède également. Cela explique que l’on observe très souvent une double fracture, du tibia et du péroné.» Pour traiter ce type de blessure, la priorité est de stabiliser la fracture afin de permettre la formation d’un cal osseux. Il s’agit d’un processus de réparation naturel, qui prend au minimum trois mois. En fonction de la gravité de la blessure et de l’âge du patient, le traitement est basé soit sur la pose d’un plâtre, soit sur la fixation de la fracture par une opération.

C’est précisément le choix de la chirurgie qui a été retenu pour soigner la jambe de Valentino Rossi. La nuit suivant son accident, le champion a été opéré selon la technique de l’enclouage médullaire. «Le tibia est un os creux, relève le Dr Mathieu Assal, spécialiste en chirurgie du pied, de la cheville et de la jambe à Hirslanden Clinique La Colline (GE). L’enclouage médullaire consiste donc à insérer un clou, c’est-à-dire une sorte de tuteur, à l’intérieur de l’os du tibia (voir infographie). Cela permet de remettre les fragments d’os en place et de bloquer la fracture. » Loin d’être réservée aux sportifs, c’est une opération courante qui offre au patient une stabilité primaire optimale et suscite en général peu de douleurs.

Une fois le clou mis en place, il faut néanmoins attendre au minimum six semaines avant de pouvoir remarcher et trois mois pour que la blessure soit guérie. «Les os sont des tissus aux cycles de régénération très lents, explique le Dr Assal. Par conséquent, la guérison d’une fracture prend forcément du temps. Que l’on soit sportif ou non, cela ne fait aucune différence, il faut être patient.» À l’heure actuelle, il n’existe d’ailleurs aucune solution qui permette d’accélérer ce processus de guérison.

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Gérer le risque et la douleur

Dans ces circonstances, comment Valentino Rossi a-t-il donc réussi l’exploit de se remettre en selle seulement trois semaines après son accident? «Pour pratiquer son sport, il n’a pas besoin d’utiliser beaucoup ses jambes, remarque le Dr Finn Mahler. Il peut notamment gérer les freins, l’embrayage et les gaz au niveau du pouce. Du moment qu’il maîtrise la douleur, il peut se permette de mettre légèrement du poids sur sa jambe.» L’enclouage médullaire a donc offert à Valentino Rossi suffisamment de stabilité pour qu’il puisse tenir sur sa moto aussi peu de temps après son accident. Un exploit qui n’aurait toutefois pas été possible dans n’importe quel sport. «À titre d’exemple, le footballeur suisse Breel Embolo, qui souffrait d’une blessure de la même gravité, a dû attendre une année avant de pouvoir rejouer en compétition, souligne le Dr Finn Mahler. Chez les sportifs, la notion de performance est importante. Un athlète de ce niveau ne prend pas de risque s’il ne sent pas qu’il peut être performant.»

À noter toutefois que l’exploit de Valentino Rossi n’était pas sans danger. «Si on avait fait une radio de sa jambe trois semaines après l’accident, l’os n’aurait montré encore aucun signe de cal. Participer au grand prix était donc risqué. En cas de nouvelle chute, les complications auraient pu être graves, et la rémission beaucoup plus longue», analyse le Dr Mathieu Assal. Un patient lambda, même s’il se sent stable sur sa jambe fraîchement opérée, ne doit en aucun cas se lancer dans une activité sportive sans avis médical. «Valentino Rossi est une personne hors norme, souligne le spécialiste. Son seuil de douleur mais aussi ses motivations personnelles, sportives et financières restent hors du commun.»

Les fractures chez les enfants

Les enfants victimes de fractures sont beaucoup moins souvent opérés que les adultes, car leurs os se consolident plus facilement. Avant la puberté, le temps de guérison d’une fracture est quasiment divisé par trois. Chez un enfant en pleine croissance, l’os est le tissu qui croît le plus vite. Surstimulées par la croissance, les cellules sont déjà «au travail» et se montrent donc plus efficaces lors du processus de réparation. Par conséquent, les pédiatres optent pour le plâtre plutôt que l’opération. Cela permet notamment d’éviter les risques opératoires (comme les infections et les maladies nosocomiales).

Si, à la suite d’une chute, un enfant a très mal et refuse que l’on bouge son membre blessé, il s’agit peut-être d’une fracture. Avant de l’emmener dans un centre d’urgence pédiatrique, il faut tâcher d’immobiliser le bras ou la jambe atteint du mieux possible: c’est le meilleur moyen pour lutter contre la douleur et pour éviter que les lésions liées à la fracture ne s’aggravent. Pour cela, on peut par exemple déposer délicatement le membre sur un livre ou une planche de bois, le recouvrir de papier journal et attacher le tout ensemble avec un ruban adhésif de tapissier.

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Paru dans Le Matin Dimanche du 15/10/2017.

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