Sida: mille rapports sexuels pour une contamination

Dernière mise à jour 12/06/12 | Article
Une banane avec un préservatif
C’est la conclusion statistique moyenne d’une étude menée dans plusieurs pays africains. Au-delà, cette étude confirme le rôle majeur des antirétroviraux dans la prévention de la transmission au sein des couples sérodiscordants.

Un groupe de médecins et de chercheurs américains et africains vient de fournir pour la première fois une synthèse précise et concrète concernant les risques de contamination (hétéro)sexuelle du virus du sida. Leurs résultats sont depuis peu disponibles sur le site du Journal of Infectious Diseases, Ils confirment une série d’éléments déjà connus confortent pour l’essentiel les principaux messages de prévention diffusés depuis l’émergence de cette pandémie. Ils mettent aussi clairement en lumière le rôle essentiel joué la «charge virale» (quantité de virus présente dans le sang et les liquides biologiques) du partenaire infecté vis-à-vis de celui qui ne l’est pas. Ils rappellent enfin l’importance qu’il faut accorder (en complément du préservatif et de la circoncision) aux traitements antirétroviraux. Ces derniers permettent en effet de réduire cette charge et donc le risque de contamination par voie sexuelle.

Cette étude a été conduite sous la responsabilité du biostatisticien James P. Hughes (Université de Washington, Fred Hutchinson Cancer Research Center; Seattle) travaillant ici en collaboration étroite avec des médecins hospitalo-universitaires de Johannesburg et de Nairobi ainsi que du Rwanda et de Zambie. Le financement a été assuré par la Fondation Melinda & Bill Gates ainsi que par les Instituts nationaux américains de la santé. Les autorisations éthiques avaient été fournies par les institutions ad hoc. Au total les auteurs ont analysé les données résultants d’une étude prospective conduite sur 3 297 couples homme-femme séro-discordants (un partenaire infecté, l’autre pas) au moment de leur recrutement. Des prélèvements réguliers ont été effectués pour mesurer la charge virale des partenaires infectés ainsi que des tests génétiques pour confirmer le cas échéant la transmission du VIH à son partenaire. De nombreuses données étaient d’autre part recueillies concernant le nombre et la fréquence des rapports sexuels, le recours aux préservatifs masculins ou la pratique de la circoncision. Durant la durée de l’étude 86 contaminations ont été recensées.

Après analyse de l’ensemble de leurs données (et en tenant compte de tous les possibles biais comportementaux et statistiques) les auteurs démontrent de manière statistique le poids respectif de différents facteurs sur lesquels il est possible de peser pour réduire le risque de transmission du VIH par voie sexuelle. Chez les personnes infectées il s’agit du recours au préservatif et du niveau de la charge virale (à réduire grâce aux antirétroviraux). Chez les partenaires non infectés il s’agit du traitement des diverses autres infections sexuelles (dues à herpes simplex virus 2 et au trichomonas, ulcères génitaux, infections vaginales ou cervicales) ainsi, chez les hommes, que du recours à la circoncision ; autant de lésions qui correspondent à des taux élevés de transmission virale.

En pratique cette étude conclut (ce ne sont là que des moyennes statistiques) à un taux de transmission du VIH dans les couples séro-discordants à environ 1 pour 900 actes sexuels. Plus la charge virale chez le partenaire infecté est élevée et plus le risque de transmission est élevé. L’homme infecté apparaît deux fois plus susceptible de transmettre le VIH qu’une femme séropositive à son partenaire non infecté. Cette différence semble due à la différence de charge virale entre hommes et femmes. Enfin les résultats confirment et rappellent que les préservatifs masculins restent la meilleure protection contre le VIH avec, dans cette étude une réduction de 78% du nombre de transmissions chez les couples qui y ont le plus fréquemment recours.

Cette étude est importante à différents titres, observe le Dre Alexandra Calmy (consultation de maladies infectieuses, VIH/SIDA, Hôpitaux universitaires de Genève) Tout d'abord, il est utile de pouvoir connaitre le taux de transmission du VIH par acte sexuel - ceci nous permet de mieux estimer la dynamique de l'épidémie, et également de projeter avec plus de précision les effets éventuels de mesures préventives. Dans cette étude, le taux de transmission du VIH se monte à 1 ou 2/1000 par acte sexuel. Ce taux est relativement bas, et peine d'ailleurs à expliquer la rapidité avec laquelle la pandémie du VIH/Sida s'est répandue, notamment sur le continent africain. Mais surtout, l'étude démontre une nouvelle fois le rôle majeur de la charge virale dans la transmission du VIH.»

Le Dre Calmy souligne que depuis près de dix ans, les données concordent pour démontrer cette relation entre charge virale du VIH et transmission. «Cette relation est maintenant chiffrée: chaque augmentation de 10 fois de la charge virale s'accompagne d'un risque triplé de transmission du virus. Ainsi, même si les méthodes préventives classiques (utilisation du préservatif, circoncision si l'homme est le partenaire non infecté, ou encore traitement précoce des maladies sexuellement transmissibles) sont efficaces. Quant au traitement antirétroviral (trithérapie) du partenaire infecté par des antirétroviraux il est la clef de voûte des mesures préventives. Une étude publiée l'an dernier avait évalué l'impact du traitement antirétroviral dans les situations de couples sérodiscordants, et avait démontré une efficacité de plus de 96%.»

Désormais une question pratique se pose: faut-il initier le traitement antirétroviral plus précocement que le seuil communément admis selon les recommandations OMS et Européennes (soit 350 CD4) ? Cela pourrait certainement être une mesure préventive importante chez les couples dont un des partenaires n'a pas encore été infecté. Il faut espérer que ces traitements plus précoces puissent avoir un impact non seulement sur la santé de celui qui les reçoit, mais également sur la santé des couples, et de la population en général. Or ceci ne sera possible que si le financement de la lutte contre VIH/Sida dans le monde bénéficie d’un soutien substantiel et durable.

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