L’EPO n’est pas qu’une hormone qui dope les sportifs

Dernière mise à jour 10/12/12 | Article
L’EPO n’est pas qu’une hormone qui dope les sportifs
La révélation récente du dopage à l’EPO du cycliste Lance Armstrong a fait scandale et remis en question tout son parcours sportif. Comment fonctionne cette hormone dopante et et pourquoi est-elle si difficile à détecter? Explications du Professeur Pierre-Yves Martin.

L’EPO, naturellement présente dans notre corps

L’érythropoïétine (EPO) est une hormone fabriquée par les reins. Elle stimule l’érythropoïèse, un mécanisme qui a lieu dans la moelle osseuse et qui engendre la formation des globules rouges, responsables du transport de l’oxygène dans le sang vers les tissus et cellules du reste du corps.

Quand l’organisme fonctionne bien, l’érythropoïèse est proportionnelle à nos besoins: si nous perdons du sang et subissons une baisse du taux de nos globules rouges (on parle alors d’anémie) ou si l’apport d’oxygène est insuffisant (on parle alors d’hypoxie, comme c’est le cas en altitude), l’EPO augmente et stimule l’érythropoïèse afin d’assurer la même quantité d’oxygène dans le corps. Si l’anémie est corrigée (par exemple si nous bénéficions d’une transfusion sanguine ou si nous redescendons en plaine), l’EPO diminue et l’érythropoïèse n’est plus stimulée (cf. figure ci-dessous).

 

Utilisation thérapeutique

En 1977, l’EPO recombinante humaine (r-huEPO) est inventée : c’est la première hormone humaine fabriquée de façon industrielle.

Elle a été créée afin de traiter les patients souffrant d’anémie et d’insuffisance rénale qui entravent la production d’EPO endogène. Ces maladies se caractérisent en effet par un hématocrite (pourcentage du volume des globules rouges par rapport au volume plasmatique) insuffisant, entraînant un apport déficient d’oxygène vers tous les tissus du corps. L’EPO de synthèse a donc considérablement changé le traitement de ces maladies dans la mesure où elle remplace l’EPO endogène manquante. Son invention a permis de diminuer les transfusions sanguines habituelles,  beaucoup plus pénibles, et les maladies qui y étaient reliées. Son utilisation s’est ensuite étendue à d’autres pathologies causant de l’anémie.

Une fonction dopante chez les sportifs

Le pourcentage normal de l’hématocrite varie entre 37 et 47%. Il est un peu plus élevé chez les hommes que chez les femmes.

Chez les patients souffrant d’anémie, ce taux peut atteindre des données très basses allant jusqu’à 20% seulement, engendrant chez eux une fatigue considérable et de graves risques cardiaques.

Lors d’un effort physique, trois critères déterminent la qualité de la performance: le débit cardiaque, l’aptitude à extraire l’oxygène pour l’utiliser dans les muscles et la capacité des globules rouges à le transporter. Les sportifs ont donc rapidement compris que l’EPO de synthèse était le moyen idéal pour influencer ce dernier.

L’hormone est rapidement détournée de sa fonction médicamenteuse et utilisée comme produit de dopage dans les sports d’endurance, tels que le cyclisme ou la course à pied. Son injection peut se faire de façon sous-cutanée ou par voie intraveineuse.

L’effet bénéfique de l’EPO sur les capacités physiques est déjà bien connu des sportifs par le biais de l’entraînement en altitude, dont le mécanisme est similaire : tous deux accélèrent la formation de globules rouges, accroissant ainsi l’oxygénation du sang et améliorant considérablement la performance sportive.

Des effets secondaires parfois très graves

Lors d’un entraînement en altitude, ce processus se fait de façon naturelle et proportionnelle aux besoins de notre corps, la production d’EPO endogène étant régulée par des senseurs internes qui stoppent sa production quand elle n’est plus nécessaire. Ce n’est pas le cas avec l’EPO exogène, qui augmente le nombre de globules rouges au-delà de la norme. Lors d’injections non-contrôlées et trop importantes d’EPO, l’hématocrite peut atteindre des sommets vertigineux (certains cyclistes ont été contrôlés avec des taux d’hématocrite à 60% !) et avoir des effets très sérieux sur la santé.

En effet,  en augmentant son volume de globules rouges, le sang devient beaucoup plus visqueux et coagule plus facilement. La personne se voit exposée à un risque très fort d’hypertension artérielle et de thromboses (dues à la formation de caillots). Les accidents cardiovasculaires sont également beaucoup plus fréquents. On suspecte également l’excès d’EPO de favoriser certains cancers.

La majorité de ces effets secondaires ne surviennent pas tout de suite après l’injection de l’EPO dans l’organisme (même s’il existe des cas de malaises après l’injection), mais environ 4 à 6 semaines après, au moment où l’hématocrite augmente : ce laps de temps correspond au temps nécessaire pour que l’érythropoïèse ait lieu. C’est aussi la raison de l’intérêt de l’EPO pour le dopage : le temps que le taux de globules rouges augmente, il n’y a presque plus aucune trace de l’hormone injectée dans l’organisme. Le produit dopant est donc pratiquement impossible à détecter, d’autant plus qu’il est très similaire à l’EPO endogène. La détection de l’EPO exogène n’a d’ailleurs été possible qu’au début des années 2000, ce qui explique pourquoi c’est surtout dans les années 1990 que le dopage a été le plus important.

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