Attention, les reins peuvent souffrir en silence

Dernière mise à jour 04/05/22 | Article
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En Suisse, près d’une personne sur dix souffrirait d’insuffisance rénale chronique, une atteinte pernicieuse des reins ne donnant lieu à des symptômes que tardivement. Pour la contrer, deux alliés clés: le dépistage et l’hygiène de vie.

Hypertension artérielle, l’ennemie numéro un

Dans 80% des cas, lorsqu’une insuffisance rénale est détectée, elle s’accompagne d’hypertension artérielle. Un trouble qui peut autant en être la cause que la conséquence. En effet, en imposant une pression sanguine trop importante, l’hypertension artérielle met à mal la paroi de l’ensemble des vaisseaux sanguins et des organes. Au fil du temps, si rien n’est fait, certaines lésions, comme celles touchant les reins, peuvent être irrémédiables. Un cercle vicieux apparaît alors puisque les reins participent eux-mêmes à la régulation de la tension artérielle. D’où l’importance d’un contrôle régulier de la pression artérielle.

Si calculs rénaux ou infections des reins (pyélonéphrite) passent rarement inaperçus tant les douleurs qu’ils engendrent sont violentes, l’insuffisance rénale chronique se fait en général bien plus discrète, surtout dans les premiers temps de la maladie. Ses méfaits sont pourtant bien concrets, puisqu’elle est définie comme «toute altération de la fonction et ou de la structure des reins ayant des répercussions sur la santé». Sauf que deux obstacles apparaissent. Le premier: les reins ainsi affectés ne provoquent généralement pas la moindre douleur. À noter que le «mal aux reins» qui fait grimacer lors de certains mouvements relève le plus souvent de douleurs musculaires, sans lien avec les reins. Quant au second obstacle: les répercussions sur la santé de l’insuffisance rénale chronique s’initient elles aussi dans l’ombre. «Les reins sont notamment intimement liés au système cardiovasculaire. Ainsi, l’une des premières conséquences de l’insuffisance rénale chronique est la calcification des vaisseaux sanguins, mais ces lésions n’engendrent pas de symptômes immédiats», souligne la Pre Sophie De Seigneux, médecin-cheffe du Service de néphrologie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Autres impacts possibles de l’insuffisance rénale chronique, à plus ou moins long terme: anémie, hypertension artérielle, troubles du métabolisme ou encore accumulation de toxines dans le corps. Si elle n’est pas prise en charge à temps, l’insuffisance rénale peut évoluer vers un stade sévère et potentiellement fatal. 

De multiples missions

La raison de telles conséquences? Pour la comprendre, rapide détour par les multiples missions assumées par les reins. Derrière ces deux organes en forme de haricot nichés sous les dernières côtes, se cache un centre d’épuration vital. Au travers de l’urine qu’ils produisent, les reins éliminent les déchets du corps (toxines issues des processus cellulaires, notamment), normalisent les concentrations sanguines d’éléments tels que potassium et sodium, ainsi que les volumes de liquides circulant dans le corps. Et ce n’est pas tout: ils contribuent aussi à la santé osseuse via la transformation de la vitamine D, à la production des globules rouges ou encore à la régulation de la tension artérielle en synthétisant une enzyme, la rénine. 

Mais les reins peuvent dysfonctionner. Fait majeur: dans environ 75 % des cas, l’insuffisance rénale chronique relève de troubles plus généraux de l’organisme, tels que l’hypertension artérielle, le diabète ou l’athérosclérose. «Ces pathologies, et par conséquent l’insuffisance rénale elle-même, sont bien souvent directement liées au mode de vie. En tenir compte permet d’accéder à un levier majeur pour la prévention (lire encadré)», indique la Pre De Seigneux. Pour les 25 % restants, les causes sont spécifiques aux reins eux-mêmes: maladies immunologiques (à l’origine de glomérulonéphrites), génétiques (polykystose rénale par exemple) ou encore urologiques (tels que le reflux urinaire). 

Connaître ses facteurs de risque

Dès lors, quelles stratégies face à cette maladie aux multiples causes? «À ce jour, il n’existe pas de campagne de dépistage générale au sein de la population, mais la fonction rénale peut être évaluée assez facilement dans le cadre d’un bilan médical», rappelle la spécialiste. Et de préciser: «Le bilan s’établit généralement en associant les résultats d’une prise de sang, d’une analyse d’urine et de la mesure de la tension artérielle. Ce contrôle est à envisager régulièrement, selon son profil et surtout si l’on présente des facteurs de risque.» Parmi eux: hypertension artérielle, diabète, surpoids, antécédents d’affections rénales et antécédents familiaux. 

Qu’en est-il si une insuffisance rénale est détectée? «Le premier enjeu est d’en déterminer la cause et de voir dans quelle mesure il est possible de la traiter, indique la Pre De Seigneux. Le deuxième est d’évaluer l’état exact de la fonction rénale et la présence de dommages associés ailleurs dans le corps. La prise en charge se fait ensuite au cas par cas.» Le plus souvent, deux options se présentent selon l’avancée de la maladie. «Si elle est détectée suffisamment tôt, la stratégie est de freiner son évolution, résume l’experte. Les reins n’étant pas capables de se régénérer, il n’est pas possible de revenir en arrière et de "réparer" les tissus abîmés. Mais l’arsenal de médicaments à disposition s’est enrichi ces dernières années et les résultats peuvent être très bons, surtout si la prise en charge est précoce.» Si en revanche l’insuffisance rénale est sévère, bien souvent, une suppléance s’impose, par le biais d’une dialyse ou d’une greffe. «Ces deux démarches ne sont bien sûr pas anodines. La dialyse est une procédure efficace mais très lourde pour les patients; quant à la greffe, elle suppose que l’état de santé de la personne permette l’intervention et confronte à des délais d’attente de trois à quatre ans en moyenne», avertit l’experte. Et de conclure: «À l’instar des nouveaux médicaments disponibles pour les stades précoces de la maladie, des progrès sont attendus ces prochaines années pour les stades plus avancés. Parmi eux: des dispositifs de dialyse plus légers, voire implantables dans le corps, et du côté des greffes, la piste des xénogreffes notamment. Ces dernières, impliquant le recours à des organes d’animaux, soulèvent de multiples questions techniques et éthiques mais pourraient constituer une réelle musique d’avenir.»

Prendre soin de ses reins, c’est tous les jours!

Les besoins de nos reins apparaissent aussi simples que déterminants si on en tient compte. Tour d’horizon des stratégies à adopter au quotidien avec la Pre Sophie De Seigneux, médecin-cheffe du Service de néphrologie des HUG:

  • Adopter une alimentation variée, saine et équilibrée.
  • Veiller à une consommation quotidienne suffisante en fruits et légumes.
  • Éviter les excès de viande.
  • Limiter la consommation de sel. Par exemple, en supprimant le sel de cuisson, en évitant de resaler à table et en limitant les aliments riches en sel (plats industriels, charcuterie, fromage, etc.).
  • Boire suffisamment d’eau. La quantité idéale : 1,5 à 2 litres par jour.

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Paru dans Le Matin Dimanche le 24/04/2022.

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