Allergique aux chats. Pourquoi?

Dernière mise à jour 08/08/13 | Article
Allergique aux chats. Pourquoi ?
C’est la plus fréquente des allergies humaines aux animaux. Et elle vient de livrer ses secrets. C’est là un espoir pour ceux qui, amoureux des félins domestiques, ne peuvent les supporter.

C’est peut-être Charles Baudelaire (1821-1867) qui a le mieux parlé du chat, cet «orgueil de la maison». Il écrit:

«Leurs reins féconds sont pleins d'étincelles magiques,
Et des parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin,
Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.»

Ce sont là autant d’éléments qui peuvent aider à comprendre pourquoi on peut leur être allergiques. Une situation doublement douloureuse pour «les amoureux fervents et les savants austères» dont le système immunitaire se révolterait en présence de leurs poils. Un travail international vient ici de lever le voile sur ce qui demeurait un mystère. Il vient d’être publié dans le Journal of Immunology1 par une équipe réunissant des chercheurs du Karolinska Institute ainsi que des Universités de Cambridge et du Massachusetts. Dirigés par Jurgen Herre et Clare Bryant ces médecins, vétérinaires et biochimistes explique être parvenus à décrypter l’ensemble des mécanismes moléculaires qui sont à l’origine de ce phénomène.

Le déclencheur de cette réaction en chaîne est connu. Et contrairement à une idée largement répandue, ce ne sont pas les poils de chats, mais leurs squames. Squames? On désigne ainsi de microscopiques particules de peau provenant de la couche la plus externe de l’épiderme. Ces squames (du latin squama, écaille - et qui donne desquamation, écailler) sont laissées à proximité de l’homme par les chats (comme d’ailleurs par d’autres animaux domestiques). Dans le phénomène bien spécifique de l’allergie «au chat», le système immunitaire humain réagit par erreur à ces squames. Il perçoit  (à tort) en elles une forme de menace qui  déclenche de manière immédiate une forte production d’histamine. Et cette dernière va provoquer les différents symptômes bien connus, respiratoires, oculaires et cutanés de l’allergie.

Les auteurs de la publication du Journal of Immunology rappellent que la plupart des molécules allergisantes sont des protéines. Chez le chat, la protéine responsable des allergies les plus sévères est celle présente dans les squames et dite «Fel d 1» - sa structure en trois dimensions peut être vue ici. Ces auteurs ont procédé, sur des cultures de cellules, au décryptage moléculaire de l’action de cette protéine et notamment son action sur un récepteur dénommé TLR4.

Sans entrer dans des détails trop complexes, il apparaît que cette protéine n’active pas aussi simplement qu’on pouvait l’imaginer les mécanismes de défense du système immunitaire humain. Elle doit d’abord se lier à une autre catégorie de molécules pour que la réaction allergique puisse commencer. Les chercheurs expliquent d’autre part avoir mis en évidence un mécanisme voisin pour ce qui est de l’allergie au chien domestique (Canis familiaris), et ce via la protéine Can f 6 de la famille des lipocalines. Selon eux, «Fel d 1» et «Can f  6» appartiennent à un même groupe de protéines allergènes et ne sont pas à elles seules suffisantes pour déclencher les réactions allergiques aux chats ou aux chiens. En d’autres termes, les squames de ces animaux domestiques n’expliquent pas tout, loin s’en faut.

Deux conclusions peuvent ici être tirées. La première est que le chat n’est pas pleinement responsable des allergies qu’il peut déclencher; ce dont tous les amoureux des chats, allergiques ou pas, se doutaient un peu. La seconde est que des traitements pourraient être développés afin de bloquer ces réactions allergiques en jouant sur l’un ou l’autre des acteurs protéiques de la chaîne des réactions qui viennent d’être décryptées. Des essais cliniques seraient déjà en cours testant l’efficacité de candidats-médicaments. Il restera ensuite à étudier une question curieusement sous estimée, celle de l’allergie des chats à l’homme. Une allergie qui  (Baudelaire dixit) poussent peut-être parfois ces «amis de la science et de la volupté» à «chercher le silence et l’horreur des ténèbres».

 1 Un résumé (en anglais) de ce travail est disponible ici.

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