Faisons contrepoids à l’obésité

Dernière mise à jour 18/11/14 | Article
Faisons contrepoids à l’obésité
En Suisse, 300 000 enfants souffrent d’un surpoids, mais une minorité seulement bénéficie d’un programme spécialisé. Or, un dépistage précoce et une prise en charge multidisciplinaire permettraient d’enrayer l’épidémie et d’éviter que la maladie ne s’installe à l’âge adulte.

Dans un environnement qui favorise peu l’activité physique et où les tentations sucrées sont partout, le surpoids est une menace réelle.

En Suisse, 300 000 enfants sont touchés. Bien qu’il existe des programmes spécialisés dans presque tous les cantons, dans les faits, faute de place, seulement quelques centaines d’enfants bénéficient d’une prise en charge adaptée. A Genève, le programme de soins Contrepoids, s’adresse aux enfants, aux adolescents et aux femmes enceintes souffrant d’importants problèmes de poids.

Intervention très précoce

L’accent est mis sur la population jeune et sur les femmes enceintes avant tout pour prévenir la persistance de l’obésité à l’âge adulte, comme l’explique Nathalie Farpour-Lambert, pédiatre, spécialiste en médecine du sport aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et présidente de la Task Force européenne contre l’obésité: «Avant l’âge de six ans, l’enfant a trois chances sur quatre de guérir de son obésité, tandis qu’à l’adolescence seul un enfant sur quatre réussira à réduire son surpoids».

S’il faut intervenir très précocement, c’est parce que les habitudes de vie se mettent en place pendant l’enfance déjà. Aussi, il semblerait qu’une fois l’obésité installée, un nouvel «équilibre» métabolique se constitue avec l’excès de poids. Pour des raisons encore méconnues, il est difficile de retrouver un poids sain. De plus, contrairement aux idées reçues, l’embonpoint chez les enfants n’est ni naturel ni éphémère. Au contraire, la pédiatre rappelle que le taux d’obésité tend à augmenter avec l’âge.

Les spécialistes encouragent même une prévention très précoce, durant la grossesse et même avant. «Il semblerait que le milieu hormonal et métabolique dans lequel baigne le fœtus ait un impact sur le poids de l’enfant. La présence d’un diabète gestationnel ou d’une obésité durant la grossesse augmenterait en effet de 50% les risques d’obésité à l’âge de 10 ans». Pour les mêmes raisons, le poids avant la grossesse serait déterminant et devrait, selon Nathalie Farpour-Lambert, faire l’objet d’une attention toute particulière.

L’enfant et sa famille

Quand l’excès pondéral est là, plusieurs stratégies seront mises en place, non pas pour faire à tout prix maigrir l’enfant, mais pour instaurer des habitudes plus saines et favorables à une maîtrise du poids.

Les approches se veulent pluridisciplinaires, l’obésité ayant des causes multifactorielles, aussi bien en lien avec le mode de vie qu’avec des facteurs plus psychologiques. Les spécialistes préconisent ainsi une prise en charge globale, incluant l’enfant et sa famille. On sait par ailleurs que «les enfants qui ont un parent obèse ont 40% plus de risque de l’être et 80% quand les deux parents sont concernés», illustre la spécialiste genevoise.

Une approche multidisciplinaire

Plutôt qu’une grande révolution, c’est la technique des petits pas qui est privilégiée.

Concrètement, il s’agira par exemple d’intégrer de l’activité physique au quotidien, par des déplacements à pieds, à vélo ou par des ballades; d’encourager la pratique d’un sport dans un milieu qui tienne compte des possibilités de l’enfant; de considérer les possibles liens entre alimentation et émotions ainsi que des facteurs de stress éventuels au sein de la cellule familiale. Aussi, à table, les parents seront rendus attentifs à l’importance de limiter les boissons sucrées au profit de l’eau, et à celle de préparer des repas maison, plutôt que de proposer de la nourriture industrielle, riche en sel, en sucres et en mauvaises graisses.

Toutefois, nuance Nathalie Farpour-Lambert, la famille n’est pas la seule responsable d’une obésité: «C’est généralement tout l’environnement de l’enfant qui est toxique et qui favorise la prise de poids. L’urbanisme, l’augmentation du trafic, des accidents, la multiplication des écrans, l’alimentation transformée et industrielle, sont autant de facteurs sur lesquels il faudrait agir pour pouvoir enrayer cette épidémie».

 

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