Contrôler son poids via le Net sans virer à l’obsession

Dernière mise à jour 09/09/14 | Article
Contrôler son poids via le Net sans virer à l’obsession
Balance connectée, fourchette vibrante, compteur de calories, les objets qui aident à contrôler son poids se multiplient. Utiles ou accessoires?

Elle enregistre les kilos jour après jour, dessine la courbe de poids, celles de l’indice de masse corporelle (IMC) et du taux de tissu graisseux. Ces informations sont consultables sur Internet ou sur des applications pour smartphone. Elle, c’est une balance connectée. Qu’il faut se procurer d’urgence? Pas forcément.

Tout d’abord parce qu’une surveillance étroite de son poids, très tentant avec ce genre d’accessoire, n’est pas recommandée, explique le Dr Dominique Durrer, spécialiste en nutrition et auteure de plusieurs ouvrages sur la question: «Se fixer un poids idéal et se focaliser sur le verdict de la balance peut devenir une obsession et mener à des troubles du comportement alimentaire.» Sans compter que se peser trop souvent donne des informations trompeuses.

Calcul de l'IMC et du tour de taille

Il n’y a pas de poids idéal, mais plutôt une zone de poids normale définie par l’indice de masse corporelle (IMC) dont la formule est: le poids (en kilos) divisé par la taille (en mètres) au carré. Les médecins s’appuient sur cette référence pour repérer un excès ou une insuffisance pondérale et pour évaluer les risques pour la santé.

Valeurs de l’IMC

Inférieure à 18,5: poids insuffisant (maigreur).

De 18,5 à 24,9: poids normal.

De 25 à 29,9: surpoids.

Supérieure à 30: obésité.

Mais cet indice ne suffit pas pour déterminer si l’individu a, ou non, un poids sain, car il ne tient pas compte de la répartition des graisses, de la constitution et de la masse musculaire. On lui associe alors la mesure du tour de taille avec un ruban à placer à mi-distance entre la dernière côte et la pointe de la hanche, à la fin d’une expiration normale. La présence de graisse intra-abdominale est un facteur de risque de diabète et de maladies cardio-vasculaire.

Valeurs du tour de taille

Chez l’homme:

Inférieur à 94 cm: risque faible.

Entre 94 et 102 cm: risque accru.

Supérieur à 102 cm: risque très élevé.

Chez la femme:

Inférieur à 80 cm: risque faible.

De 80 à 88 cm: risque accru.

Supérieur à 88 cm: risque très élevé.

Les variations de poids aiguës et soudaines ne sont en effet pas dues à une augmentation de la graisse mais à la rétention de liquide. «Manger très salé peut faire prendre un kilo d’un jour à l’autre tandis qu’une forte mobilisation des réserves en glycogène lors d’une performance physique diminue drastiquement nos réserves en eau, donc notre poids, poursuit-elle. Enfin, une femme peut prendre jusqu’à deux kilos d’eau avant ses règles.» Pour toutes ces raisons, on ne devrait se peser qu’une fois par mois, en tout cas pas davantage que toutes les deux semaines, de préférence le matin à jeun, en sous-vêtements et après avoir été aux toilettes.

En revanche, avoir l’historique de son poids en mémoire s’avère intéressant, reprend le Dr Durrer, et «cela peut être source de motivation si on souhaite perdre deux ou trois kilos. Mais pour un objectif plus élevé, il est préférable de se faire suivre par un professionnel qui saura interpréter les variations. Dans ce contexte, la balance connectée peut jouer un rôle positif de relais avec le patient.» Autre indication intéressante fournie par la balance, le suivi du poids durant la grossesse qui, même si le calcul de la masse grasse et de l’indice de masse corporelle s’en trouve faussé, permet de détecter une prise ou une perte de poids rapide, symptôme potentiel d’un problème médical sérieux (pré-éclampsie, par exemple).

Le tissu adipeux

Taux de graisse, mesure imparfaite

Grâce à la bio-impédance (mesure de la résistance des tissus biologiques par l’envoi d’un courant électrique), le taux de graisse peut également être estimé par la balance connectée. Une impulsion électrique de faible intensité est envoyée dans le bas du corps et déduit, selon la résistance qu’elle rencontre (davantage dans les tissus gras que dans les muscles, riches en eau), le taux de graisse. Si cette donnée est utile quand on veut perdre du poids, l’estimation est imparfaite.

«Quand la graisse est localisée sur le haut du corps, le taux de graisse risque d’être sous-évalué car le faisceau électrique n’atteint pas le tronc, explique le Dr Durrer. A l’inverse, il sera surévalué quand celle-ci se concentre sur les fesses et les cuisses. Seules les balances professionnelles sont vraiment fiables, celles munies de deux électrodes que l’on tient dans les mains et qui vont mesurer la graisse dans les bras et le tronc.»

Vrai ou faux?

Qui dit obésité dit mauvaise santé.

Faux. Une personne obèse qui entretient sa forme physique à raison de trois heures par semaine ou de plus de 10000 pas par jour a moins de risques de mortalité qu’un patient sédentaire de poids normal. Conclusion: il est plus important d’agir sur l’activité physique que sur le poids pour être en bonne santé.

Le sport fait perdre du poids.

Faux. Le sport affine la silhouette, mais ne fait pas forcément perdre des kilos. En bougeant plus, la composition corporelle se modifie: plus de muscles, moins de centimètres et de graisse.

Plus on vieillit, plus on grossit.

Vrai. C’est le cas pour 75% de la population. Plusieurs facteurs sont en cause: diminution de l’activité physique avec l’âge, changements hormonaux, facteurs héréditaires, etc. Si elle n’est pas forcément souhaitable, une prise de poids progressive de 10 kilos entre 20 et 60 ans est néanmoins courante et tolérable.

Les régimes font grossir.

Vrai. Les restrictions alimentaires ponctuelles ne font que renforcer l’envie des aliments bannis et exposent à des crises de boulimie. De plus, au niveau métabolique, en se restreignant, on réduit peu à peu sa dépense énergétique. Pour continuer à maigrir, il faudra alors manger toujours moins au risque de grossir à nouveau.

Oublier les calories

Des applications s’intéressent, elles, à l’alimentation. Elles permettent de répertorier (par code-barres, photo ou base de données) ce que vous avalez avec, en temps réel, les informations nutritionnelles et le nombre de calories. Si l’activité physique est enregistrée, elles peuvent signaler les calories dépensées. A priori, veiller à son équilibre alimentaire a du bon, mais, prévient le Dr Durrer, «se focaliser sur les calories peut engendrer un comportement obsessionnel à l’égard de l’alimentation (aliments tabous, régimes, effet yo-yo, etc.).

Pour perdre du poids, on conseille plutôt de manger en «pleine conscience», c’est-à-dire de mâcher lentement et d’être à l’écoute de ses sensations de faim, de plaisir et de satiété, etc.» Enfin, la fourchette qui vibre quand on mange trop vite n’est pas si saugrenue, estime la spécialiste, car elle aiderait à «prendre conscience de la façon dont on mange».

  

2 objets, 1 application

Fourchette connectée HAPIfork, env. 90 fr.
En vente sur www.hapi.com/fr
(Image:DR)                       

Balance connectée
Smart Body Analyzer, Withings, env. 170 fr.
En vente sur www.withings.com/fr
(Image: DR)

Lifesum.
Application gratuite disponible sur iOS et Android. (Image: DR)

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