La nutrition anti-inflammatoire, une piste à suivre

Dernière mise à jour 08/12/21 | Article
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Adapter son alimentation pour réduire les symptômes liés à une inflammation chronique, tel est l’objectif du régime anti-inflammatoire. Décryptage d’une tendance.

La peau, les articulations, les muscles, les organes internes et les différents systèmes de l’organisme peuvent être sujets à une inflammation, un processus (lire encadré) au cœur de nombreuses maladies chroniques et auto-immunes. Lorsqu’elle n’est pas maîtrisée, l’inflammation peut entraîner, selon l’affection en cause, des douleurs, des lésions cutanées et une fatigue générale. Autant de symptômes pouvant avoir un fort retentissement sur la qualité de vie.

Cellules adipeuses et système immunitaire

L’obésité, qui se définit par un indice de masse corporelle* supérieur à 30, est associée à un état d’inflammation chronique: «Le tissu adipeux blanc sécrète beaucoup de substances inflammatoires, elles-mêmes responsables de diverses perturbations au niveau du métabolisme des lipides et des sucres, par exemple sous forme de résistance à l’insuline», explique Sandrine Lasserre, diététicienne ASDD à SL NutriDiet et membre de l’Antenne des Diététiciens Genevois (ADiGe). L’inflammation chronique n’est pas sans conséquence sur la santé puisqu’elle expose à un risque accru de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires, ainsi que d’autres affections rhumatismales, comme la polyarthrite rhumatoïde.

*Calcul de l’indice de masse corporelle (IMC) : IMC = poids (kg)/taille (cm)2

La prise de médicaments en lien avec la pathologie incriminée ou l’éviction du facteur déclencheur (en cas d’allergie) sont souvent nécessaires pour réduire l’activité inflammatoire. Mais une autre piste thérapeutique se dessine aujourd’hui: la nutrition anti-inflammatoire. Des recherches scientifiques tendent à montrer son intérêt dans le cas de maladies chroniques, comme le diabète de type 1 ou le psoriasis, de maladies auto-immunes, telles que la polyarthrite rhumatoïde, la spondylarthrite ankylosante, le lupus érythémateux etc., voire même en cas de cancer. «Chez certains patients, note le Pr Thomas Hügle, chef du Service de rhumatologie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), on n’arrive pas à contrôler l’inflammation chronique par les médicaments. Un changement de régime alimentaire et une perte de poids peuvent en revanche changer la donne. On constate également une amélioration de l’état de la peau chez les personnes atteintes d’arthrite psoriasique, une maladie articulaire associée à un psoriasis.»

Végétal, naturel et complet

Derrière le concept d’alimentation anti-inflammatoire se cachent des principes nutritionnels en réalité assez basiques, comme en témoigne le Dr Dimitrios Samaras, médecin spécialiste en nutrition et consultant pour les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG): «Une alimentation saine est par essence anti-inflammatoire.» Celle-ci repose sur trois piliers: le végétal, le naturel et le complet. En effet, selon le spécialiste, «plus on va vers une alimentation végétale, plus on obtient un niveau d’inflammation bas et plus le risque de maladie chronique – diabète, hypertension artérielle et hypercholestérolémie – diminue. Un changement de style de vie et de nutrition peut suffire à revenir en arrière et normaliser une situation».

Comment l’expliquer? Les antioxydants présents dans les végétaux jouent vraisemblablement un grand rôle dans la diminution de l’inflammation, «grâce aux vitamines A, C, E, aux minéraux tels que le zinc, le magnésium, le sélénium et aux polyphénols», détaille Sandrine Lasserre, diététicienne ASDD à SL NutriDiet et membre de l’Antenne des Diététiciens Genevois (ADiGe). Les épinards, le chou, le brocoli, le gingembre et le curcuma sont à cet égard souvent vantés, mais pour le Dr Samaras, «baser son alimentation sur les végétaux est plus important que de valoriser tel ou tel aliment».

À bas les mauvaises graisses et le sucre en excès

Dans ce régime, la viande, rouge surtout, et d’autant plus si elle est transformée (charcuterie, jambon, etc.), est à limiter en raison de sa teneur élevée en graisses saturées. Car ces dernières, au même titre que le sucre, sont de grandes pourvoyeuses d’inflammation. «On s’est aperçu qu’on pouvait provoquer des rhumatismes chez des souris en leur donnant une nourriture très calorique. Dans leurs articulations, les macrophages – des cellules impliquées dans la défense contre les agents infectieux – regorgeaient de lipides et sécrétaient beaucoup de substances inflammatoires», décrit le Pr Hügle.

Manger sain, c’est également limiter les mets industriels – trop gras, trop sucrés et trop salés – et cuisiner soi-même afin de contrôler la qualité des produits de base. On peut ainsi privilégier les bonnes graisses (huiles d’olive, de colza, de lin, de noix, etc.) et les aliments complets (riz, farine, céréales), riches en fibres. «Car les fibres améliorent la composition du microbiote, qui va ainsi produire moins de substances inflammatoires», note le Pr Hügle. À ces principes nutritionnels, il faut encore associer une activité physique régulière en raison de ses vertus anti-inflammatoires reconnues.

L’inflammation sous la loupe

L’inflammation est une réaction normale du système immunitaire qui permet à l’organisme de se défendre contre les agents pathogènes (virus, bactéries, parasites, allergènes). Elle se caractérise par une prolifération de substances pro-inflammatoires – les cytokines – dans les tissus. Grâce à ces substances messagères, les cellules immunitaires peuvent communiquer entre elles afin de produire une réponse ciblée en fonction de la nature de l’attaque. Sur le plan des symptômes, l’inflammation provoque gonflement, chaleur, rougeurs et douleurs. Elle est susceptible de toucher tous les tissus, muscles, articulations et organes de notre corps. Lorsqu’elle persiste, elle devient nocive. Avec le temps en effet, elle peut entraîner le durcissement (fibrose) et la destruction des tissus ainsi que le dysfonctionnement des organes. «C’est un tueur mondial, si l’on pense à l’athérosclérose et aux maladies cardiovasculaires par exemple», commente le Pr Thomas Hügle, chef du Service de rhumatologie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Dans le cas des maladies auto-immunes, le système immunitaire se retourne contre l’organisme, l’inflammation étant dans ces cas non pas protectrice, mais destructrice.

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Paru dans Le Matin Dimanche le 05/12/2021

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