Chrononutrition: mieux comprendre l’impact des rythmes sur le métabolisme

Dernière mise à jour 06/06/19 | Article
Le Prix Leenaards 2019 pour la recherche médicale translationnelle a récompensé un projet lausanno-genevois qui propose d’étudier les rythmes biologiques liés à l’alimentation afin de mieux comprendre les troubles métaboliques tels que l’obésité et le diabète.

Pendant des millénaires, l’être humain a vécu en suivant les rythmes imposés par la nature, que ce soit pour son sommeil ou les aliments qu’il consommait. Mais après l’invention – entre autres – de l’électricité, de la télévision, d’internet et des smartphones, la tombée de la nuit ne signifie plus grand-chose pour les milliards de Terriens qui vivent en milieu urbain. De même, les étals des supermarchés ne reflètent plus les saisons depuis bien longtemps. Fini les repas pris à des horaires fixes, chacun fait donc comme il peut ou comme il veut, avec une nourriture disponible à toute heure du jour et de la nuit, ou peu s’en faut. Mais quelles sont les conséquences sur l’organisme, dont de nombreuses fonctions sont, elles, régies par des rythmes stricts? La dérégulation de nos modes de vie pourrait-elle avoir un lien avec l’explosion du nombre de maladies métaboliques observée dans la majorité des pays du globe? Réajuster la prise alimentaire sur nos rythmes biologiques peut-il être bénéfique pour la santé?

Le projet de recherche qui vient de recevoir le Prix Leenaards 2019 pour la recherche médicale translationnelle devrait apporter de précieuses réponses à ces questions. «Quand il s’agit de prise alimentaire, la plupart des conseils se focalisent uniquement sur la quantité et le type de calories ingérées, or il est fort probable que le moment auquel on ingère les aliments et la fréquence à laquelle on se nourrit aient un impact sous-estimé jusqu’ici», relève Tinh-Hai Collet, médecin chef de clinique dans le Service d’endocrinologie, diabétologie et métabolisme du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), qui codirige ces recherches. Avec deux consœurs, il a développé un protocole qui évaluera chez des volontaires l’existence d’une désynchronisation entre rythme de vie et horloge interne, ainsi que le rôle de ce décalage dans la survenue de problèmes métaboliques.

Explorer de nouvelles voies

«Nous ne pouvons que constater que les conseils hygiéno-diététiques que nous donnons ne sont pas efficaces pour tout le monde, même chez les patients qui les suivent avec assiduité. Il est donc temps de tenter d’explorer d’autres voies», justifie le Dr Tinh-Hai Collet. Les volontaires, dont le recrutement commencera dans les prochaines semaines, répondront à un questionnaire afin de déterminer leur chronotype, c’est-à-dire savoir s’ils sont plutôt lève-tôt ou couche-tard. Des analyses sanguines permettront ensuite d’établir des profils biologiques et d’identifier les personnes présentant des perturbations métaboliques. «La partie novatrice de notre approche repose sur l’analyse, via une biopsie de peau, des horloges biologiques des participants», souligne le spécialiste.

Cette technique, utilisée au laboratoire de la Dre Charna Dibner du Département de médecine et physiologie cellulaire et métabolisme de l’Université de Genève (UNIGE), consiste à étudier l’expression de gènes présents dans les cellules de la peau et dont l’activité reflète celle des différentes horloges qui régissent le fonctionnement de nos cellules. «On parle souvent de notre horloge interne. Or il y a certes une horloge principale, mais l’on sait aujourd’hui que toutes nos cellules ne suivent pas le même rythme. Nous allons donc pouvoir entrer dans le détail des mécanismes moléculaires à l’œuvre.»

Chaos des rythmes post-partum

Le trio de chercheurs a notamment choisi d’étudier la désynchronisation entre rythmes sociaux et rythmes biologiques chez des jeunes mères, atteintes ou non de diabète gestationnel pendant leur grossesse. «On voit clairement que dans les semaines après l’accouchement, il y a un gros chaos concernant les rythmes de ces femmes, que ce soit pour le sommeil ou l’alimentation», explique la Pre Jardena Puder, du Service d’endocrinologie, diabétologie et métabolisme du CHUV. Les résultats de cette recherche, menée sur trois ans, devraient permettre de mieux comprendre les bouleversements métaboliques dans cette période clé de la vie des femmes, et peut-être d’identifier celles qui sont le plus à risque afin de leur proposer des stratégies de prévention.

L’assiette des suisses à la loupe

En 2017, grâce au soutien du Fonds national pour la recherche suisse (FNS), le Dr Tinh-Hai Collet et son équipe ont lancé SwissChronoFood, un projet de recherche participative proposant à des volontaires, adultes et adolescents, de remplir un carnet alimentaire virtuel en photographiant le contenu de leurs assiettes avec leur smartphone durant plusieurs semaines. Pour un sous-groupe de 64 personnes, atteintes d’un ou plusieurs éléments du syndrome métabolique (diabète, hypertension, hypercholestérolémie, etc.), cette phase d’observation a été suivie d’une phase d’intervention. Répartis aléatoirement en deux groupes, les patients se sont vus proposer soit des conseils nutritionnels classiques, soit en plus une «restriction alimentaire chronologique» leur indiquant une fenêtre temporelle durant laquelle ils devaient se nourrir. Cette étude, menée en partenariat avec l’Inselspital de Berne, se terminera d’ici quelque mois. Les résultats devraient être publiés courant 2020.

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Paru dans Planète Santé magazine N° 34 - Juin 2019

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