Comment arrêter la vape?
Apparu il y a une vingtaine d’années, le vapotage s’est largement répandu, séduisant notamment les jeunes par le design coloré des dispositifs et la variété des arômes. Aujourd’hui, plus de 100millions de personnes vapotent dans le monde, dont 86 millions d’adultes et au moins 15 millions d’adolescents âgés de 13 à 15 ans, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Dans un contexte de lutte accrue contre le tabagisme, la vape semble même s’être imposée comme une alternative acceptable à la cigarette traditionnelle. En Suisse, le tabac cause encore près de 9500 décès chaque année et constitue le principal facteur de risque de nombreux cancers et maladies cardiovasculaires.
Selon des rapports de synthèse réalisés notamment en Angleterre, la vape serait environ vingt fois moins nocive. L’absence de goudron et de combustion de tabac explique en grande partie ce constat. Il ressort en effet des connaissances scientifiques actuelles que la vapeur, composée principalement de propylène glycol, de glycérine végétale, de nicotine éventuellement et d’arômes, est moins toxique que la fumée de cigarette. Cela vaut toutefois à condition de changer la résistance métallique de l’appareil toutes les deux à trois semaines pour éviter l’apparition de composés néfastes comme le monoxyde de carbone. Malgré tout, des effets indésirables peuvent se manifester, voire persister, notamment des irritations des voies respiratoires et de la sphère ORL (oto-rhino-laryngologie).
Dépendances multifactorielles
«Quand on parle de cigarette électronique, il est essentiel de distinguer les dispositifs sans tabac de ceux qui utilisent du tabac chauffé et qui sont à éviter», souligne le Dr Thierry Favrod-Coune, médecin responsable de l’Unité des dépendances aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). «Même sans tabac, le vapotage peut entraîner une dépendance comparable à celle de la cigarette traditionnelle en raison de la nicotine que contient le liquide», précise l’expert. Inhalée, la nicotine atteint le cerveau en quelques secondes, stimulant la libération de dopamine, un neurotransmetteur associé au plaisir et à la récompense. C’est ce qui favorise l’installation rapide d’une dépendance et l’apparition de symptômes de manque en cas d’usage répété et de forte concentration de nicotine dans le liquide. À cette dépendance physiologique s’ajoute celle du geste, à savoir l’habitude de vapoter pendant les pauses ou en cas de stress, qui rend l’arrêt plus difficile. Les arômes, qu’ils soient fruités ou mentholés, renforcent encore l’attractivité du produit. En masquant l’amertume de la nicotine, ils participent au plaisir et au maintien du geste, tout comme le «hit», cette sensation connue des personnes fumeuses, qui se produit dans la gorge. Enfin, la facilité d’usage joue un rôle important: perçue comme moins nocive et rechargeable, la vape peut conduire à une consommation plus fréquente et à une exposition accrue à la nicotine.
Arrêter par étapes
Mais alors, comment arrêter? «La prise en charge est similaire à celle du tabagisme, avec la possibilité propre à la vape de réduire très progressivement le taux de nicotine du liquide», explique le Dr Favrod-Coune. L’objectif est ainsi de procéder par paliers, en passant par exemple de 20mg/ml à 15, puis 10, jusqu’à atteindre zéro, à un rythme adapté à chacun.
Si cette stratégie ne suffit pas, des substituts nicotiniques médicaux peuvent être proposés, en associant un patch à une forme rapide de nicotine (gommes, pastilles, sprays, inhalateurs), disponibles en vente libre. Un accompagnement peut être sollicité en pharmacie ou auprès de structures spécialisées, comme le Cipret ou stop-tabac. En troisième intention, des médicaments à base de cytisinicline, de varénicline ou de bupropion peuvent être prescrits par un médecin. Certains sont remboursés, sous conditions. Des stratégies visant à remplacer l’acte de vapoter (mâcher un chewing-gum par exemple) peuvent également être utiles pour favoriser l’arrêt total de la vape.
S’il n’existe donc pas de solution universelle pour arrêter la vape, plusieurs chemins sont possibles. Comprendre les mécanismes de dépendance, avancer par étapes et, si nécessaire, se faire accompagner augmente les chances de se libérer durablement de cette habitude.
TOUT INTERDIRE?
Quinze ans après le lancement des vastes campagnes internationales contre le tabac, le nombre de fumeurs a diminué de 200 millions dans le monde, pour atteindre 1,2 milliard en 2024, selon un rapport de l’OMS publié en octobre 2025. Si elle salue les progrès réalisés, l’agence onusienne alerte sur la «contre-offensive» de l’industrie du tabac, qui multiplie les nouveaux produits nicotinés et cible particulièrement les jeunes. Elle appelle donc les États à durcir leur réglementation. Certains ont choisi la voie radicale, comme le Mexique, qui a rendu le vapotage illégal.
Une option qui divise les experts. «Avec les connaissances actuelles, interdire le vapotage sans agir en parallèle sur le tabagisme pose problème», estime le Dr Thierry Favrod-Coune, médecin responsable de l’Unité des dépendances aux HUG. En Suisse, une telle mesure n’est pas à l’ordre du jour. À noter toutefois le cas particulier des «puffs». Déjà en vigueur à Genève et en Valais, l'interdiction de la vente de ces appareils jetables devrait bientôt s'étendre à toute la Suisse suite à une décision fédérale.
Remarques : Journaliste : Juliette Galeazzi (juliette.galeazzi@gmail.com)
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