Permis de conduire en sursis

Dernière mise à jour 23/11/20 | Article
pulsations_permis_conduire_sursis
En cas d’infraction grave ou de récidive, la restitution du permis de conduire passe par l’Unité de médecine et psychologie du trafic des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Le canton de Genève détient pour 2018 le triste record des accidents liés à l’alcool. Avec 8,1 cas pour 100’000 habitant·es, il devance le Valais (6,7) et Appenzell Rhodes- Intérieures (6,2). Ce genre de mésaventure est sanctionné par une amende salée et un retrait du permis de conduire. Et quand l’Unité de médecine et psychologie du  trafic (UMPT) des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) s’en mêle, la récupération du «bleu» peut prendre un tour inattendu.

Rattachée au Centre universitaire romand de médecine légale (CURML), cette unité est sollicitée par les autorités compétentes pour évaluer l’aptitude à la conduite lors de certaines infractions. Pas n’importe lesquelles. Il faut une alcoolémie de 1,6 pour mille et plus, des récidives, un délit de chauffard* ou la présence de drogue dans le sang (cannabis, cocaïne, ecstasy, etc.). Dans un autre registre, les personnes âgées ou celles qui souffrent d’une maladie induisant une inaptitude sont également évaluées par cette unité.

Analyses biologiques

Selon les cas, les examens sont menés par des médecins, des psychologues ou les deux. Pour une première infraction avec alcool ou drogue, le ou la médecin intervient seule afin de détecter une éventuelle addiction en s’appuyant sur des analyses toxicologiques. «Genève a été pionnier en Suisse avec l’introduction en 2018 d’un test sanguin plus fiable, impossible à falsifier  et prélevé sur le bout du doigt», souligne  la Dre Pauline Amann, médecin adjointe à l’UMPT (lire encadré).

De leur côté, les psychologues voient plus spécifiquement les responsables d’infractions multiples, les délits de chauffard, les automobilistes dont le permis probatoire a été annulé ou les élèves ayant raté trois fois l’examen pratique. Ces entretiens durent deux heures et visent à déterminer si la personne présente un danger sur la route.

Histoires de vie

«Quand de l’alcool ou des drogues sont impliqués, le profil de consommation est établi avec le concours des médecins. Sinon, le ou la psychologue évalue seule l’aptitude caractérielle : agressivité, conscience des risques, sens des responsabilités, etc.», explique Sylvie Joris Lambert, psychologue, responsable opérationnelle de l’UMPT. Si les entretiens ne sont pas un interrogatoire, il s’agit tout de même de confronter les déclarations aux faits. «On aborde les histoires de vie, les parcours scolaires ou professionnels. On revient sur les circonstances des infractions. L’idée est de vérifier si les gens en ont identifié les causes et intégré des stratégies pour les éviter», développe Sylvie Joris Lambert.

Et ensuite? Lorsque le risque de récidive est trop élevé, le rapport rendu au Service cantonal des véhicules est défavorable. La personne devra alors consulter un ou une psychothérapeute spécialisée en circulation routière, suivre un cours de sensibilisation ou encore entreprendre des soins en addictologie pour une durée minimum de six mois. «Heureusement, sur les quelque 650 cas expertisés en 2019, dont 85% étaient des hommes, les trois quarts ont bénéficié d’un rapport favorable», conclut la psychologue.

* Pour des vitesses limitées à 30, 50, 80 et 120 km/h, un dépassement de respectivement 40, 50, 60 et 80 km/h (retrait de permis de deux ans minimum).

Genève pionnière

C’est une première suisse. Le nouveau test PEth, utilisé à Genève, détecte avec une quasi-certitude la présence d’alcool, jusqu’à quatre semaines après sa consommation. «Le PEth se révèle plus efficace que l’ancien marqueur sanguin pour évaluer l’importance de la consommation ou une abstinence dans un contexte médico- légal», relève Julien Déglon, pharmacien toxicologue au laboratoire de toxicologie du CURML, à l’origine de cette innovation. La France et l’Angleterre, très intéressées, l’ont approché pour en savoir davantage.

______

Article repris du site  pulsations.swiss

A LIRE AUSSI

Cannabis
tendance_cbd_quoi

Tendance CBD: de quoi s'agit-il?

Entre 2011 – année de la modification de la loi sur les stupéfiants – et aujourd’hui, le cannabidiol...
Lire la suite
Alcool

Les excès d’alcool provoquent des arythmies cardiaques

Même ponctuelle, l’alcoolisation massive est délétère pour le cœur. Elle expose des personnes jeunes...
Lire la suite
Drogues
interview_luscher_addiction

«L’addiction et la dépendance sont deux choses différentes»

Ces phénomènes n’affectent pas le cerveau de la même manière. Éclairages de Christian Lüscher, neuroscientifique...
Lire la suite
Articles sur le meme sujet
Supp_La Côte_Addictions_Covid-19

Covid-19 et addictions

La pandémie a-t-elle influencé les consommateurs et précipité certains dans l’addiction? Éléments de réponse…
PULS_dry_january

Dry January: bonne ou mauvaise idée?

Une fois passé le Nouvel An, la règle du «Dry January» est simple: ne pas toucher à une goutte d’alcool pendant un mois. Analyse de cette campagne de prévention internationale avec le Dr Thierry Favrod-Coune, spécialiste en dépendances aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

PS38B_alcool_parents_dépendance

Alcool: des parents en dépendance

En Suisse, environ 100 000 enfants vivent avec un parent dépendant à l’alcool. Addiction Suisse sensibilise sur un sujet encore tabou.
Videos sur le meme sujet

Les médecins pourront prescrire directement du cannabis médical

Le Conseil fédéral veut faciliter lʹaccès au cannabis médical. Jusqu'à présent, il fallait passer par une autorisation exceptionnelle délivrée par lʹOffice fédéral de la santé publique (OFSP).

Les vertus du cannabis médical

Depuis 2011, la nouvelle loi fédérale sur les stupéfiants a ouvert la porte à une utilisation médicale de produits à base de chanvre.

Le comment du pourquoi: médicament et alcool

La consommation modérée d'alcool est-elle vraiment déconseillée avec la prise de médicaments?
Maladies sur le meme sujet
Foie

Cirrhose

La cirrhose et une maladie chronique du foie. Les cellules normales sont progressivement remplacées par une grande quantité de tissu cicatriciel, ce qui conduit à une diminution du fonctionnement de cet organe.