Des pistes pour prévenir les «bitures express»

Dernière mise à jour 02/12/14 | Article
Des pistes pour prévenir les «bitures express»
La consommation d’alcool sous forme de binge drinking est presque devenue la norme chez les jeunes. Le phénomène est inquiétant, mais différentes mesures de prévention existent.

La consommation d’alcool en Suisse a discrètement baissé durant ces dix dernières années. Mais deux phénomènes inquiètent: la diminution de l’âge des consommateurs et la modification du mode deconsommation, avec une priorité donnée au binge drinking. Le but de la «biture express» est d’atteindre un état d’ébriété avant même de sortir. Il est parfois lié à des conséquences tragiques telles que des relations sexuelles subies ou non protégées ou encore des accidents.

Dans l’enquête Health Behaviour in School-Aged Children (HBSC 2009-2010), réalisée tous les quatre ans auprès d’un échantillon représentatif d’écoliers d’environ 40 pays d’Europe et d’Amérique, 12% des garçons et 8% des filles de quinze ans en Suisse indiquent avoir eu leur premier épisode d’ivresse avant l’âge de treize ans. A quinze ans, 27% des garçons et 20% des filles ont déjà été ivres au moins deux fois dans le passé.

Une étude auprès des jeunes recrues romandes (moyenne d’âge: 19 ans) a montré que plus de 75% d’entre elles avaient eu un ou plusieurs épisodes de binge drinking dans le mois précédant l’enquête.

Les risques à court et long terme

L’alcool est le comportement à risque ayant le plus grand impact sur la mortalité et la morbidité des jeunes en raison des risques à court et à long terme. Si les données sont inquiétantes, c’est parce qu’un à deux binge drinking par mois à l’adolescence sont associés à une augmentation importante (2 à 6 fois) du risque de dépendance à l’alcool et de difficultés psychosociales à l’âge adulte. Ces jeunes courent également un risque cinq à dix fois plus élevé que les autres de faire un séjour aux urgences en lien avec leur consommation d’alcool.

Les outils de prévention

En matière de prévention, la priorité est de retarder l’âge de la première consommation au minimum jusqu’à 16 ans, et si possible jusqu’à 18, voire 20 ans, et de favoriser la modération de la consommation d’alcool.

Il est important de pouvoir discuter en famille de la consommation d’alcool dès que les jeunes y sont exposés dans leur environnement. Il s’agit en particulier de prévenir les accidents sous l’effet de l’alcool, soit de ne pas conduire ou être le passager de quelqu’un qui aurait bu. L’initiation à la consommation d’alcool dans le cadre familial est à éviter si elle implique une consommation plus précoce que naturellement.

Plusieurs études montrent que c’est la combinaison de différents niveaux d’intervention qui est la plus susceptible d’apporter un bénéfice sur la santé des adolescents.

Parmi ces mesures figure l’information transmise par les parents. Une enquête genevoise a montré, contre toute attente, que les jeunes attendent de leurs parents qu’ils s’intéressent à leur consommation d’alcool et leur fixent des limites.

L’information peut aussi être diffusée par des professionnels dans les écoles ou dans les lieux de rassemblement de jeunes, tels que les maisons de quartiers, le Semestre de motivation, les Jeunesses campagnardes. L’intervention en milieu festif (gestion de la consommation, prévention de l’excès) est également prometteuse, particulièrement lorsqu’elle est faite par d’autres jeunes.

La plupart des jeunes étant en contact avec un médecin de famille au moins une fois par an, ce dernier est bien placé pour intervenir. Il joue un rôle essentiel pour identifier les jeunes présentant un comportement de binge drinking (ainsi que ceux consommant tabac ou cannabis) et individualiser les messages de prévention auxquels ils ont déjà été exposés dans d’autres contextes.

Au niveau structurel, la prévention passe par une politique plus restrictive d’accès à l’alcool pour les jeunes et une élévation de son prix.

Plusieurs sites internet, dont www.addictionsuisse.ch, www.fegpa.ch, www.ciao.ch, www.raidblue.ch ou encore www.bemyangel.ch permettent par ailleurs aux jeunes et aux parents de s’informer.

Adresses utiles

Lorsque la consommation entraîne déjà des conséquences graves, les jeunes peuvent être aiguillés vers:

  • le médecin de famille;
  • un psychiatre ou un psychologue privé formé dans ce domaine;
  • une structure spécialisée offrant un cadre rassurant et adapté à son développement;
  • les services des hôpitaux universitaires ou cantonaux;
  • une structure dédiée spécifiquement aux jeunes telle que la Consultation santé jeunes à Genève ou l’UMSA à Lausanne, qui regroupent une équipe multidisciplinaire constituée de médecins, de psychologues et d’autres intervenants formés aux problèmes liés aux substances.

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Référence

Adapté de «Prévention des alcoolisations aiguës à l’adolescence: quel rôle pour le médecin de famille», Dr Dagmar M. Haller, Unité de médecine de premier recours, Faculté de médecine, Université de Genève et Unité santé jeunes; Dr Thierry Favrod-Coune, Unité des dépendances en médecine de premier recours, HUG; Dr Charles Dvorak, Médecine générale, Président de la Commission des programmes Sentinella; Dr Lilli Herzig Institut universitaire de médecine générale, Université de Lausanne. In Revue Médicale Suisse, 2014;10:1062-7. En collaboration avec les auteurs.

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