Un verre par jour, c’est bon pour le cœur mais pas pour le reste

Dernière mise à jour 20/10/15 | Article
Un verre par jour, c’est bon pour le cœur mais pas pour le reste
La consommation légère d’alcool a des effets bénéfiques sur le système cardiovasculaire. Mais ce bienfait ne pèse pas lourd face aux risques qu’une forte consommation régulière fait peser sur la santé.

De quoi on parle

Une consommation modérée d’alcool, soit un ou deux verres de vin par jour, a un léger effet protecteur sur la santé en diminuant le risque de maladies cardiovasculaires. Mais de nombreux autres effets négatifs font que les experts se refusent à conseiller aux non-buveurs de commencer à consommer de l’alcool.

A l’heure où le chasselas se récolte et se presse revient la sempiternelle interrogation: un verre de vin par jour, c’est bon pour la santé? Réponse: oui et non. Il faut en effet distinguer d’une part ce qu’on sait des effets du vin sur l’organisme à titre individuel et ce qu’on observe au niveau de la population. Mais surtout, il faut faire la différence entre les substances contenues spécifiquement dans le vin, et l’alcool lui-même.

A l’échelle de l’individu, les chercheurs examinent depuis vingt ans les propriétés du resvératrol (voir infographie), une molécule contenue dans la peau du raisin, des framboises et d’autres baies, de même que dans le cacao. Chez l’animal, il a montré des multiples effets positifs, allongeant la vie de levures ou celle des souris soumises à un régime riche en graisse.

Bon pour le microbiote

«L’effet positif constaté sur l’organisme est le même que celui produit par l’activité physique, améliorant le métabolisme des graisses et des sucres et diminuant la résistance à l’insuline (l’hormone qui règle le taux de sucre dans notre sang, ndlr)», remarque Thierry Favrod-Coune, médecin alcoologue au Service de médecine de premier recours des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Toutefois, le mécanisme précis par lequel le resvératrol agit n’est pas encore bien établi et fait par ailleurs l’objet de controverses. Entre autres pistes, une équipe espagnole a montré en 2012 une influence du vin sur les bactéries qui vivent dans notre système digestif, le microbiote intestinal. Après une consommation quotidienne de vin rouge ou de vin rouge désalcoolisé durant vingt jours, les dix sujets testés ont vu certaines bactéries augmenter dans leur intestin et d’autres diminuer. De même, leur tension artérielle et leur taux d’inflammation s’étaient réduits. Les polyphénols comme le resvératrol semblent donc avoir des effets bénéfiques sur la santé, selon le Dr Favrod-Coune.

«Mais, de même que les autres recherches sur le resvératrol, il ne s’agit que d’éléments prometteurs, dont la validité n’implique pour l’instant que la science fondamentale, reprend-il. Chez l’homme, il n’y a encore aucune certitude à ce sujet. Contrairement à l’exercice physique dont on est chaque jour plus certain des bienfaits.»

Quand on regarde par contre les populations dans leur ensemble, les preuves d’un effet bénéfique de l’alcool sont plus solides. Les grandes études ne s’intéressent d’ailleurs en général pas seulement à la consommation de vin, mais à la quantité d’alcool ingérée. Peu importe que la substance soit fournie à l’organisme par du vin, de la bière, du whisky ou une autre boisson.

Protecteur pour les vaisseaux

«L’étude de ce type la plus complète conclut qu’un ou deux verres standards d’alcool par jour diminue la mortalité globale et la mortalité liée aux maladies cardiovasculaires», explique Idris Guessous, médecin et épidémiologue aux HUG. Ce dernier poursuit: «On parle de courbe en «J». Vous courez un risque plus haut de 25% si vous êtes abstinent que si vous avez une consommation modérée. Dès que la consommation dépasse le stade modéré, le risque augmente considérablement.»

Comment expliquer cet effet bénéfique? Par un effet protecteur de l’alcool contre les maladies du cœur et des vaisseaux. «Un faisceau de données montre qu’il augmente le bon cholestérol sans augmenter le mauvais. Son action est peut-être même supérieure à celle des médicaments», résume le Dr Guessous. Il faut le répéter cependant: ce gain n’apparaît que lors d’une consommation légère à modérée, soit pas plus d’un verre d’alcool par jour pour les femmes et deux pour les hommes (lire encadré). «Si on ne considérait que les maladies cardiovasculaires, nous serions assez à l’aise pour recommander une consommation modérée», concède le spécialiste. Sauf que l’alcool crée une dépendance et que sa consommation présente de nombreux autres risques pour la santé.

«Un verre», c’est combien?

Un verre standard contient10 g d’alcool pur. Cela correspond à: 

  • Une bière (5°) de 25 cl 
  • Un verre de vin (12°) de 10 cl 
  • Un apéritif (20°) de 6 cl 
  • Un alcool fort (40°) de 3 cl 

Selon l’OMS, une consommation d’alcool excessive consiste à boire plus de 21 verres standards par semaine pour un homme (ou plus de 5 verres par occasion), et 14 pour une femme (ou plus de 4 verres par occasion), ou de ne pas observer 2 jours sans alcool dans la semaine, ou de boire dans des circonstances inadéquates (grossesse, travail, conduite,…), sans être dépendant. 

La consommation légère à modérée étudiée pour son impact éventuellement positif sur la santé est une consommation quotidienne maximale d’un verre pour les femmes et de deux verres pour les hommes.

Alcool et cancer, un lien avéré

L’exemple du cancer est parlant. «La consommation régulière d’alcool augmente significativement le risque de cancer de la bouche, de la langue, du pharynx, de l’œsophage et du foie, détaille Sandrine Faivre, professeure d’oncologie au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), de 4 à 5 fois par rapport aux non-buveurs. L’alcool irrite les muqueuses avec lesquelles il est en contact et perturbe leur fonctionnement. Après deux ou trois décennies d’exposition, cette irritation locale peut faire apparaître des cellules cancéreuses.

Le danger est avéré pour certains organes comme le foie au-delà de deux verres quotidiens pour les femmes et au-delà de trois à quatre pour les hommes.» Sans compter la synergie avec le tabagisme, ajoute-t-elle: si on fume et boit régulièrement, les risques ne s’additionnent pas mais se multiplient. On court ainsi quatre fois plus de risque qu’en ne faisant que fumer ou que boire.

Les dangers de l’alcool sont multiples

S’il n’y avait que le cancer, et les maladies cardiovasculaires… Mais l’impact négatif d’une consommation excessive d’alcool couvre un spectre énorme, détaille le Dr Thierry Favrod-Coune. Elle provoque des maladies du système digestif (gastrites, pancréatites ou atteintes du foie) et du système nerveux (pertes de mémoires à court et long terme, affaiblissement intellectuel, atteinte des nerfs périphériques). Elle a aussi des conséquences psychiques (anxiété, dépression, troubles du sommeil). De même, la dépendance et la perte de contrôle ont des impacts personnels et professionnels importants. Sans compter l’incidence fréquente d’une alcoolisation dans les accidents, les violences diverses, voire les délits.

Malgré un léger bienfait en termes de réduction de la mortalité, l’augmentation d’autres risques, notamment sociaux, empêche donc les spécialistes de recommander à des personnes qui ne boiraient pas d’adopter un verre quotidien. «Tout juste peut-on dire aux personnes qui ont déjà une telle consommation qu’elles peuvent la poursuivre», conclut le Dr Favrod-Coune.

La controverse à ce sujet a cependant toutes les chances de se poursuivre, remarque Idris Guessous: «Elle dure depuis trente ans car nous ne pouvons pas, pour des raisons éthiques, réaliser un grand essai clinique qui exposerait aléatoirement des personnes à l’alcool ou à un placebo. Or, sans cette méthode, il est impossible d’affirmer que la consommation d’alcool est la seule différence entre les personnes comparées.»

En collaboration avec

Le Matin Dimanche

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